Technique : Photographier le chevreuil

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Portrait de chevreuil

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est le cervidé le plus courant en Europe occidentale. Chassé depuis des siècles, il a appris à craindre l’homme, qui avec l’éradication « quasi » totale de ses prédateurs naturels (lynx, loup, ours…) est devenu son principal régulateur. Sujet apprécié du photographe animalier, de part sa beauté, sa curiosité, ses mimiques, le chevreuil demeure un animal relativement simple à voir ou apercevoir. Mais le photographier est une autre histoire !

Petit état des lieux des pratiques pour optimiser vos chances d’immortaliser ce magnifique mammifère…

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Article mis à jour le 26/02/2023

Le chevreuil

Petit cervidé mesurant entre 60 et 70 cm au garrot, le chevreuil est un mammifère dont l’ère de répartition s’étend de l’Europe occidentale jusqu’en Asie (à noter que « chevreuil » désigne aussi, en français canadien, le cerf de Virginie, que l’on ne trouve pas sur notre continent !) ; on le trouve donc partout en France à l’exception des îles (Corse…) et bien évidemment dans tous les pays européen de manière plus générale.

Sa densité dépend essentiellement du type de milieu, et peut atteindre dans les régions les plus peuplées, 20 à 30 têtes par 100 hectares. Les femelles (appelées chevrettes) sont généralement beaucoup plus nombreuses que les mâles (appelés brocard). Les petits sont appelés faons jusqu’à l’âge de 6 mois, puis chevrillard jusqu’à ses 1 an (âge auquel ils s’émancipent généralement).

Chevrillard (petit du chevreuil) de l'année en bordure de route
Faon de chevreuil

Seuls les mâles portent des bois (je n’aborderai pas la différentiation des âges selon la pousse de ces derniers ou le nombre d’andouillers – qui d’ailleurs ne permet pas de discerner l’âge chez le chevreuil contrairement aux croyances !) ; une astuce à connaître pour reconnaître une chevrette d’un brocard ou jeune mâle : les femelles ont une tâche blanche au derrière en forme de coeur, tandis que les mâles l’ont en forme d’ovale !

Chevrette, depuis la voiture (on distingue le coeur inversé au derrière)

Ouïe, vision et odorat

L’ouïe du chevreuil est extrêmement développée : ses pavillons auditifs (plus de 25 fois plus grands que les nôtres) et l’orientation sélective de ses oreilles lui permettent de déceler un mulot grattant au sol à plusieurs mètres, et d’isoler efficacement le moindre bruit suspect !

Son odorat, 100 fois plus développé que le notre, est proche de celui du chien. En d’autres termes, il peut sans problème vous repérer à 200 mètres, si vous êtes « dans le vent » ! Par ailleurs, il est capable de déceler une odeur humaine laissée sur le sol ou sur une branche, même une heure avant son propre passage… Inutile de préciser qu’il est impératif de faire attention au sens du vent, voire de la moindre brise, lorsque l’on veut photographier le chevreuil !

Enfin, la vue du chevreuil, longtemps sujette à croyances diverses (comme celle des chats et des chiens d’ailleurs), est certainement son sens le moins développé. Doté d’une vision bichromatique, il est en quelque sorte daltonien et ne perçoit donc que le vert et le bleu, mais est très sensible aux contrastes. Doté d’un angle de vision monoculaire de 310° et binoculaire de 50°, le chevreuil possède donc une vision à large champs, mais voit plutôt mal à courte distance. Sa vision bichromatique implique par ailleurs une grande sensibilité à repérer les mouvements.

Astuce pour « simuler » la vision du chevreuil : il suffit à l’aide d’un logiciel permettant de travailler sur les couches RVB d’une image (Rouge/Vert/Bleu), de masquer la couche rouge !

Comportements

Le Chevreuil est un animal discret, d’autant plus qu’il est essentiellement forestier. Grégaires, les chevreuils peuvent se rassembler en milieu ouvert en hiver en groupes pouvant parfois atteindre la vingtaine d’individus. Sédentaire en forêt, l’adulte évolue sur un territoire de 30 à 60 hectares en moyenne (plus pour les mâles) qu’il conserve durant toute sa vie.

Groupe de chevreuils en hiver

Les mâles ont un comportement territorial de février à août, ce qui peut occasionner des joutes souvent intéressantes au niveau photographique (lorsqu’on a la chance de tomber dessus !). Durant cette période, ils marquent par frottis et grattis leur territoire.

Brocard coursant une chevrette en période de rut
Durant le rut, et sous la pluie, un brocard court après une chevrette

Lorsqu’il est dérangé, il fuit généralement discrètement, mais peut aller jusqu’à donner l’alerte avec une sorte d’aboiement, à la manière d’un chien : « baaaaôôô » puis souvent « bâ bâ bâ bâ » (et quand le photographe entend ce cri devenant de plus en plus lointain et accompagné de cabrioles, il peut généralement ranger son matériel !!!) ; il arrive aussi qu’il aboie une fois pour « tester » ce qui lui semble étrange : dans ce cas, si c’est après vous qu’il aboie, pas d’affolement, et… aucun mouvement !!!

Le chevreuil est casanier : il aime son territoire ! De ce fait, il n’est pas rare de le revoir régulièrement (souvent dans les mêmes créneaux horaires) à ses endroits favoris. Ayant un système digestif de petite taille, il passe beaucoup de temps à se nourrir (entre 6 et 12 repas par jour), ce qui laisse l’occasion au photographe de le voir ou l’apercevoir plus souvent.

Chevreuil se nourrissant dans un chemin champêtre
Chevreuil se nourrissant dans un chemin champêtre

Son régime alimentaire se constitue au printemps de pousses d’arbres et d’arbustes dont il rafole des bourgeons (charme, frêne, noisetiers, sureaux, aulnes, résineux…) ; à l’automne, ce sont les baies qui constitueront l’essentiel de son alimentation (sorbiers, églantiers, merisiers… et parfois même champignons). En hiver, ce sont les ronces et le lierre qui auront sa préférence (en sous-bois notamment). Évidemment, il ne se privera pas des plantes fourragères et des fruits mis à sa disposition par l’homme, dans les cultures (essentiellement en plaine) !

On le trouvera donc la plupart du temps là où il se nourrit, en lisières, aux abords des grandes cultures et des prés, et parfois sur les « coupes à blanc » des exploitations forestières, au moment où les repousses prennent forme. Les abords d’une forêt clairsemée de clairières et bordée de cultures sera donc l’endroit idéal pour son observation !

Repérer le chevreuil

Pour ma part, habitant dans une région relativement bien fournie en gibier (et donc malheureusement beaucoup chassée 😐 ), je fais généralement mes repérages en voiture ! Au gré de mes balades, il n’est pas rare d’apercevoir ici où là quelques chevreuils broutant de jeunes pousses aux abords des bosquets ou clairières bordant les grandes cultures.

C’est plutôt très tôt le matin, ou en fin d’après-midi (voire à la tombée de la nuit) que l’on a le plus de chances de voir le chevreuil. Toutefois, dans les endroits les plus calmes, il ne rechigne pas à sortir en pleine journée (il m’est arrivé d’en photographier à 12h30 un beau dimanche de printemps !) ; je tâche généralement de passer plusieurs jours d’affilée au même endroit (sans m’arrêter bien évidemment) de manière à évaluer la fréquence de passage des chevreuils.

Hormis ses empreintes souvent laissées dans les zones boueuses ou aux abords des flaques dans les chemins, il existe différentes traces prouvant le passage du chevreuil, voire sa présence régulière sur un site. Les plus significatives sont les jeunes pousses, bourgeons et autres ronces, sectionnés de manière nette. Les ronces par exemple, peuvent trahir une présence régulière sur le site, si les rognures sont blanchâtres et humides. Si elles s’avèrent désséchées et bordées de marron, c’est que le site n’est plus fréquenté depuis un moment déjà.

Poils de chevreuils coincés dans des barbelés
Poils de chevreuils coincés dans des barbelés

Les traces de passages (appelées « coulées »), dessinant des « chemins » d’herbes couchées sont aussi autant d’indices de sa présence, que ses crottes (appelées « fumées »), ses poils souvent laissés lors de passages sous les clôtures barbelées, ou encore les traces laissées sur les petits arbres lorsque le brocard, marquant son territoire, « fraye » en frottant ses bois, arrachant l’écorce et déposant son odeur.

Quid du camouflage ?

La réponse est simple : le chevreuil étant très sensible au contraste, donc aux nuances, il convient d’utiliser des vêtements se fondant dans l’environnement de manière « logique ». Éviter les tenues claires dans un environnement foncé (sous-bois, sol jonché de feuilles mouillées en automne ou en hiver…), et éviter les tenues foncées dans un environnement clair (tenues foncées dans les prairies herbeuses en été, souvent déséchées par le soleil !)

L’homme est depuis des siècles un prédateur du chevreuil : ce dernier a donc appris à le reconnaître, avec plusieurs signes distinctifs, notamment :

  • à sa stature verticale et ses jambes en « V » inversé
  • à ses mains et sa face claire
  • aux deux yeux juxtaposés sur le devant du crâne (comme tous les prédateurs chez les mammifères, alors que les « proies » sont dotées d’yeux couvrant un large champs de part et d’autre du crâne !)

Le camouflage doit donc être intégral, et doit couvrir les mains et le visage. On utilisera un filet ou un poncho pour « casser » la forme des bras et des jambes, et on évitera impérativement la position debout.

En tenue d'approche en hiver : camouflage total !
Exemple de tenue à motif réaliste, que j’utilise lors de mes approches hivernales.
Tenue non adaptée en plaine et/ou en été ! (photo Remy Courseaux)

Bien que l’on puisse parfaitement se contenter de tenues unies aux couleurs neutres, les tenues camo utilisées en chasse à l’arc notamment, s’avère très efficaces. Attention toutefois, les motifs réalistes (par ex. les camos de type « Advantage », « Mossy oak » ou « Realtree », que l’on trouve au rayon Chasse chez Décathlon) à textures détaillées, s’ils sont TRÈS efficaces à courte distance (<30m) font « tâche » à plus longue distance dès lors que le fond s’avère inadapté !!!

Les tenues les plus appropriées pour les cervidés sont celles offrant un motif destructuré et cassant les lignes verticales du corps, sans générer d’effets de « tâches » à longue distance (une référence parmi d’autres : les tenues de type Predator, très bien adaptées pour les cervidés à toutes distances, et pour tout type d’animaux à grande distance, mais plus « visibles » à courtes distances à la vision humaine)

Exemple de tenue Predator (ici le modèle Winter White, encensé par les chasseurs à l’arc)

Dernière chose et qui a son importance : la tenue choisie devra être SILENCIEUSE (donc exit les matières de type K-Way) et INODORE. Les chasseurs à l’arc stockent généralement leurs tenues de terrain dans un coffre ou un sac avec quelques branches de conifères prélevées en forêt ou dans un jardin ; ceci permet d’atténuer la présence d’odeurs ménagères.

Enfin, on évitera l’utilisation de lessives classiques (notamment à base de phosphates ou fortes en détergents) car elles déposent sur les vêtements des particules reflétant les ultra-violets, partiellement visibles par le chevreuil dans la pénombre (on pourra faire le test de la lampe noire, c’est assez étonnant !!!)

Je terminerai par une autre forme de camouflage, dite « extrême », que je vais prochainement tester et qui fera l’objet d’un article à part entière : le « camo 3D », avec les ghillies suit ! Ces drôles de tenues, initialement créées par les forces spéciales armées américaines et européennes pour leurs opérations d’infiltration, sont depuis quelques années reprises par les chasseurs à l’arc. D’une efficacité REDOUTABLE (on se déguise littéralement en arbuste !), elles s’avèrent néanmoins peu maniables et assez coûteuses. Mais quel pied 😀

Ghillie suit, ici sur le terrain
Avec ma ghillie suit, sur le terrain !

Approche photographique

Lorsqu’il est établi qu’un endroit semble habituellement fréquenté par les chevreuils (voir paragraphe « Repérer le chevreuil »), j’entreprends un repérage de l’endroit (en leur absence !), en utilisant une méthode de préparation des billebaudes que j’applique régulièrement aux nouveaux « spots » susceptibles de m’offrir des sujets intéressants !

Cette méthode me permet de définir s’il faudra tenter une approche à l’occasion d’un passage en voiture, ou aller en billebaude en prévoyant un circuit de marche, ou s’il sera préférable de se poster à l’affût. Ce choix est généralement guidé par le terrain même où évoluent les animaux : dénivelé, orientation du vent, type de végétation. Par exemple, en lisière de feuillus il n’est pas conseillé de tenter de l’approche ou une billebaude, si le temps est sec !

Le moindre craquement de feuilles sèches sous vos pieds signalera votre présence, engendrant la fuite des animaux éventuellement présents. De la même façon, les geais des chênes (souvent présents en lisière) ne manqueront pas d’avertir le voisinage de votre présence par leurs cris railleurs : dans ce cas, un affût semble préférable !

Magnifique brocard à l'approche

Une fois l’endroit et la méthode définie, il convient de voir comment la lumière sera orientée à l’heure où vous devrez être présents, et quel couple focale/ouverture il conviendra d’utiliser pour réaliser les photographies dans les meilleures conditions (généralement le plus long et le plus lumineux possible !!! Sinon ça ne serait pas marrant 😉 ) et à quel endroit. On pourra évaluer un degré de « risque » selon l’arrière-plan voulu, par exemple, pour rendre plus belles les photos (la meilleure position d’un point de vue photographique n’étant souvent pas la plus optimale pour augmenter vos chances de réussite vis-à-vis de l’animal !)

Petites astuces à connaître :

  • Sur sol sec (donc bruyant), n’adoptez pas une démarche régulière, typiquement humaine : préférez avancer par petites séries de 3 à 8 pas (si possible sur la pointe des pieds), en faisant de fréquentes poses : ainsi, vous « imiterez » le bruit du déplacement d’un animal !
  • Si vous vous faites repérer (bruit, mouvement…), observer la « règle du quart d’heure » : immobilité TOTALE et silence TOTAL durant un bon quart d’heure ! Cela pourra vous sembler TRÈS long, mais pour le chevreuil non !
  • Lorsque le chevreuil doute sur quelque chose, il n’est pas rare qu’il se redresse d’un coup pour scruter ou sentir, puis qu’il rabaisse la tête comme pour brouter à nouveau… et se redresse d’un coup sec ! Cette feinte pourra être répétée jusqu’à 5 ou 6 fois de suite par l’animal, pour essayer de débusquer son éventuel prédateur (vous !)
  • Quand un chevreuil vous a repéré, et qu’il commence à détaller, tentez de… le siffler !!! J’ai personnellement réussi à faire REVENIR un jeune brocard à moins de 10 mètres avec cette méthode, brocard dont la curiosité l’a emporté sur la prudence (même si avec moi il ne risquait rien d’autre que de se faire tirer le portrait !!!). Plus généralement, cela permet d’arrêter le chevreuil dans sa course, pour une dernière photo au moment où il se retourne 😉

Conclusion

Sans entrer réellement dans les détails (rien de vaut sa propre expérience sur le terrain !), j’ai essayé de vous résumer brièvement les points intéressants pour optimiser vos chances de réussite dans la photographie du chevreuil. Animal attachant, curieux, ô combien excitant à approcher, à observer et à voir vivre, tout simplement ! Un résumé de l’article n’aurait pas de sens, puisqu’en lui-même il n’est qu’un résumé de ce qu’il faut savoir sur ce petit cervidé !

Je vous invite, si vous avez l’occasion d’expérimenter certaines astuces exposées ici, ou si vous avez d’autres trucs, de partager votre expérience dans les commentaires de ce billet !

Chevreuils en hiver dans un pré (Aube, France)
Chevreuils en hiver dans un pré

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