Technique : le flash, indispensable en photo subaquatique ?

19/05/2022 Aucun commentaire par Cédric G.

La photographie subaquatique, plus communément appelée photo sous-marine, fait partie des techniques que j’ai pu expérimenter ces dernières années, avec plus ou moins de succès, car il faut le dire : si cela reste de la photographie d’un point de vue théorique, en pratique, cela demande des connaissances et adaptations pour obtenir de bons résultats.

L’une des caractéristiques majeures de la photo subaquatique est l’impact de l’environnement – l’eau – sur la diffusion de la lumière. Cela rend la pratique un peu plus difficile que la photo en milieu ouvert, car il faut, de fait, gérer la lumière de manière totalement différente lorsqu’on évolue sous l’eau.

Si la prise de vue en lumière naturelle reste possible, elle est réservée aux photos en surface, car un phénomène implique l’utilisation de flashs quand on s’aventure dans les profondeurs : l’absorption de la lumière. Explications.

L’absorption de la lumière : un phénomène naturel

Comme vous le savez, la lumière blanche est composée de ce que l’on appelle le spectre des couleurs, allant de l’ultraviolet (violet pour la partie visible à l’oeil humain) aux infrarouges (rouge pour ce que nous pouvons voir).

Lorsque la lumière arrive dans l’eau, les vibrations provoquées par les photos agitent les molécules d’eau qui, excitées, absorbent une partie des rayons.

L’absorption de chaque couleur du spectre lumineux est lié sa longueur d’onde, allant du rouge au bleu, dans l’ordre des couleurs les plus rapidement absorbées : on parle d’absorption sélective des couleurs. En pratique, l’eau liquide absorbe donc toutes les longueurs d’onde du spectre de la lumière blanc, mais sur des distances métriques qui demeurent (approximativement) proportionnelles avec la longueur d’onde de chaque couleur.

Absorption sélective des couleurs sous l'eau

Absorption sélective des couleurs sous l’eau – © Wikimedia

Au final, dès 5 mètres de profondeur, le rouge n’est plus visible sous l’eau, et à 50m, seul le bleu reste visible ! Cela explique aussi pourquoi, lorsque vous regardez au travers d’un verre d’eau, l’eau reste transparente, puisque la taille du verre est très inférieure à la longueur caractéristique à laquelle le rouge disparaît.

Sous l’eau à faible profondeur, les couleurs (et plus particulièrement le rouge) auront bien tendance à manquer progressivement de contraste et d’éclat, au fur et à mesure que vous vous enfoncez dans l’eau.

Le fait que l’eau, dès 10m de profondeur, ne laisse plus passer que le spectre bleu, n’a rien à voir avec la couleur des océans vus de la terre ou du ciel. Ce bleu (par ailleurs uniquement visible les jours de beau temps) est avant tout lié au reflet du ciel dans l’eau.

Contrairement aux croyances, l’eau pure est un diélectrique (liquide isolant) : la lumière réfléchie ne dépend donc que de son indice de réfraction, qui est quasiment le même dans toute la lumière visible. La lumière réfléchie ne change donc pas de teinte, ce qui explique le reflet bleu du ciel.

Bien sûr, un autre paramètre vient s’ajouter au phénomène d’absorption sélective : celui de la charge en particules comme le plancton ou les sédiments, qui viendront filtrer plus encore la lumière et donc rendre l’usage de l’éclairage naturel difficile.

En très faible profondeur : lumière naturelle !

Qui dit faible profondeur (en eau claire), dit lumière naturelle ! Jusqu’à 1 mètre, la quantité de lumière pouvant atteindre les sujets peut être, par beau temps, suffisante pour réaliser des prises de vue réellement sympathiques, si vous avez la chance de bénéficier d’une grande clarté de l’eau.

En eau douce et notamment dans les lacs, la charge en particules est souvent moins importante, offrant une qualité de visibilité sous l’eau optimale pour la réalisation de photographies subaquatiques en préservant le rendu naturel et en mettant en avant le milieu subaquatique. Les photos en mi-eau, mi-air se prêtent particulièrement bien à ce type de photographie.

Truites photographiées en lac (lumière naturelle)

Truites photographiées en surface en lumière naturelle – © Emotion Picture

En rivière ou dans les mares, cela peut très vite devenir plus difficile, et il peut être utile de recourir à des subterfuges pour réaliser des images propres.

Si vous n’êtes pas équipé d’un caisson avec objectif macro et éclairage adéquat, une solution (sur certains sujets) peut être l’utilisation d’un aquarium après prélèvement temporaire du sujet (attention, la séance photo ne doit durer idéalement que quelques minutes afin de ne pas mettre en danger vos sujets !)

C’est ainsi que j’ai pu réaliser ces photographies d’imagos de grenouilles vertes dans un aquarium. Il aura fallu prélever un grand seau de lentilles d’eau (avec tous leurs habitants) et laisser décanter quelques minutes dans un aquarium en hauteur, afin de réaliser les clichés !

Imago de grenouille en surface (lumière naturelle)

En milieu chargé ou dès 1 ou 2 mètres : l’éclairage devient indispensable

Si les conditions ne sont pas réunies pour privilégier la lumière naturelle, il est indispensable de recourir aux flashs ou aux phares de plongée, évidemment déportés. Il faut savoir que le rouge, par exemple, perd un tiers de son intensité dès 1 mètre de profondeur, et plus vous vous enfoncerez, plus il s’atténuera ! Ce sera sans compter par la charge en particules de l’eau, qui viendra filtrer la lumière et réduire d’autant la luminosité.

Si les derniers modèles de boîtiers numériques peuvent faire de véritables miracles à haute sensibilité, ils n’apporteront pas les couleurs perdues par l’absorption sélective de l’eau, et l’usage de filtres colorés n’y changera pas grand chose.

L’apport de lumière blanche via un dispositif d’éclairage est alors indispensable pour raviver les couleurs de vos sujets, et surtout bénéficier d’une lumière suffisante pour garder des vitesses d’obturation décentes (sous l’eau je vous conseille de ne pas descendre sous les 1/100ème de seconde…)

Si vous n’êtes pas à l’aise avec les flashs, il est tout-à-fait possible d’utiliser des phares de plongée (lumière continue) car les matériels actuels offrent des puissances importantes (les plus puissants atteignent 30000 lumens !) avec des autonomies importantes, en moyenne 2 heures d’éclairage.

Si le principal inconvénient de la lumière continue demeure l’intensité lumineuse instantanée beaucoup plus faible qu’un flash (ceci est également valable hors de l’eau), et que son principal usage demeure l’éclairage lors de la plongée, il est possible de l’utiliser, à faible profondeur, comme éclairage d’appoint. Vous devrez pour cela bien évidemment doter les phares de plongée d’accessoires adéquats, notamment des filtres de couleur, pour corriger les couleurs des sujets éclairés selon la qualité de l’eau. La gamme Bigblue, connue pour sa qualité, offre notamment une gamme complète de phares de plongée et d’accessoires adaptés.

Enfin, pour l’éclairage de l’environnement (afin de préserver l’ambiance autour de vos sujets), les phares de plongée constituent des solutions techniques intéressantes.

Quelques conseils pour réussir ses photos subaquatiques en lumière artificielle

Même si je ne suis pas (loin de là) spécialiste de la photo au flash ou au phare sous l’eau, il est possible de donner des conseils que je qualifierai d’évidents pour faciliter la prise de vue, et surtout obtenir un rendu objectivement meilleur de vos sujets photographiés sous l’eau en lumière artificielle.

Conseil n°1 : toujours utiliser des sources de lumière déportées

Qui dit lumière directe (par exemple flash intégré) dit particules en suspension visibles sur vos photos ! L’utilisation de lumières déportées permettra de grandement limiter le phénomène des « pétouilles » sur vos photos, tout en autorisant des réglages infiniment plus fins de l’éclairage.

L’usage de phares de plongée permet notamment de prévisualiser si l’éclairage posera des problèmes avec les particules en suspension.

Conseil n°2 : utiliser des flashs ou torches identiques !

Quand on utilise de la lumière artificielle, notamment sous l’eau, il est indispensable d’opter pour des flashs à minima de même série et fabricant, afin de garantir une homogénéité à la fois de la température de couleur, mais également des réglages mis à disposition.

Il sera beaucoup plus facile de régler des flashs (ou d’utiliser des phares de plongée) de même série avec une température de couleur et une technologie identiques, que des matériels hétérogènes, qui donneront des éclairages différents de part et d’autre de vos images ou nécessiteront des réglages particuliers de part et d’autre.

Conseil n°3 : utiliser les filtres adaptés selon la qualité de l’eau

Comme vu précédemment, l’utilisation de filtres de couleur permettra de corriger la qualité de l’éclairage selon la nature de l’eau dans laquelle vous évoluez.

Dans une eau bleue, un filtre donnant une lumière plutôt chaude permettra de corriger la dominante froide de vos sujets. Au contraire, dans une eau verdâtre (typiquement chargée en particules), un filtre froid permettra de rectifier les couleurs vers plus de naturel.

Conseil n°4 : le mode manuel, sinon rien !

S’il y a bien un milieu où l’appareil photo peut facilement perdre les pédales et faire n’importe quoi, c’est sous l’eau ! Le TTL pour les flashs, ou plus simplement la mesure d’exposition peuvent être réellement faussées au niveau de la cellule de mesure d’exposition, donnant au calculateur des données erronée, et un résultat qui ne correspondra pas à vos attentes.

Il est plus facile de prérégler votre boîtier en amont en mode manuel, afin d’obtenir le résultat escompté : cela présuppose bien évidemment que vous expérimentiez encore et encore les prises de vue, afin de trouver les bons réglages. Mais une fois obtenus, les résultats n’en seront que meilleurs.

Crapaud sous l'eau en période de reproduction

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L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature
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