[Humeur] Les 30 ans de Géo… Un triste anniversaire pour les photographes !

09/03/2009 20 commentaires par Cédric G. +
Les 30 ans de Géo... ou la condamnation des photographes professionnels

Quand un magazine comme Géo, connu et reconnu pour la qualité de son iconographie depuis sa naissance voici 30 ans désormais, se met à « inviter » les amateurs à leur céder tous leurs droits sur leurs photographies… au détriment de ceux qui en vivent ! Un phénomène de plus en plus courant et qui gagne donc les titres emblématiques de la presse magazine 🙁

Au moment où de plus en plus de petits magazines recourent aux microstocks pour trouver de l’image à bas prix, à l’heure où le prix de la photo se voit réduit à peau de chagrin, menant de nombreux photographes à des situations difficiles, comment ne pas réagir face aux gros groupes d’édition qui eux aussi, se mettent à scier la branche de l’image qui a fait leur renommée depuis tant d’années ?

Comme d’autres de mes confrères, je vous invite à lire ci-dessous, le coup de gueule envoyé par Jean-François Leroy, l’animateur de Visa Pour l’Image Perpignan :

« Amitiés à tous. Prisma Presse cherche à tuer le photoreportage avec son site GEO.fr ! Il faut bien lire les conditions d’utilisation du site. Les bons amateurs seront ravis et flattés de mettre leurs photos sur le site de Géo et au vu de l’article 6 – 4 PRISMA pourra faire ce qu’il veut avec les photos.

Non seulement, ils seront privés de tous droits sur leurs images mais en plus à terme Prisma Presse pourra se passer des professionnels dans de très nombreux cas, c’est encore mieux que les photos libres de droits. C’est une honte, c’est intolérable ! Il faut absolument faire quelque chose et ne pas laisser passer cela. Merci de faire suivre à tous les photographes que vous connaissez (…)

Conditions d’usage de GEO.fr [ à lire ici ] :

6 – 4 En transmettant des photographies dans la rubrique Communauté Photo, vous autorisez à titre gracieux leur utilisation par le Groupe : Sur le Site, sur l’ensemble des sites édités par le Groupe et sur l’ensemble de ses sites partenaires, sous les formes suivantes :

  • Publication simple dans l’espace réservé à l’envoi de photographies,
  • Publication en tant qu’illustration d’un article sur un sujet associé,
  • Publication en tant qu’illustration d’une destination,
  • Publication en tant que reportage photo avec ajout de commentaires rédigés par un membre de l’équipe web du Site avec ou sans la collaboration du photographe,
  • Insertion en tant qu’illustration dans des reportages vidéo produits par le Site,
  • Publication en tant que vidéo après montage,
  • Publication en tant que fond d’écran téléchargeable par les internautes,
  • Publication en tant qu’économiseur d’écran téléchargeable,
  • Publication en tant que carte de vœux ou carte postale électroniques téléchargeables par les internautes. Ces cartes pourront être envoyées par mail,
  • Publication dans le cadre d’une campagne de promotion du Site,
  • Publication dans un format vignette (avec ou sans recadrage) dans le but de faire un appel vers un article, un dossier, une dest ou quelque contenu que souhaite promouvoir le Groupe. Dans ce cas exceptionnellement, en raison du manque de place, le Groupe s’autorisera à ne pas mentionner le copyright sous réserve qu’il soit accessible à un autre endroit du Site.

Dans des ouvrages édités ou coédités par le Groupe, sous quelques formes éditoriales que ce soit, à savoir notamment l’édition ordinaire, de luxe (a tirage limité ou non), de demi-luxe, reliée, illustrée, en clubs, critique, sous forme de fascicule ou dans une anthologie. Ces ouvrages pourront être vendus dans tous les circuits de distribution existants, au choix du Groupe »

(…)

En clair, toute image balancée sur leur site pourra se retrouver sur à peu près n’importe quel support non pas du magazine Géo, mais du groupe de presse et de ses partenaires ! Voilà qui signe quelque part l’arrêt de l’excellence d’un magazine dont le succès fut bâti sur l’image de qualité…

Tout ça pour dire que le recours à de telles clauses (abusives) se généralise un peu partout – il suffit d’aller faire un tour sur d’autres sites de magazines connus comme Terre Sauvage, notamment le réglement de leur fameux concours photo annuel – et de plus en plus de sites « communautaires » majeurs sur le web usent et abusent de l’illisibilité de leurs CGU pour se gaver et se couvrir sur le dos des internautes (pas toujours de la manière la plus habile d’ailleurs !) : STOP à ces pratiques douteuses !

J’ai rêvé il n’y a pas si longtemps d’une parution dans le magazine Géo, et j’avais même durement travaillé sur un reportage en ce sens… Je me demande aujourd’hui vraiment pourquoi 🙁 ; quoi qu’il en soit, ma récente adhésion à l’UPC et à la SAIF ne font que conforter mon désir de me battre contre celles et ceux qui bafouent un peu plus les droits des photographes que nous sommes, amateurs ou professionnels !

Ils ont aussi réagit :

  • Un coup de gueule pour les 30 ans de Géo
  • Géo fête ses trente ans et condamne les photographes professionnels
  • National Geographics – J’étais photographe (non non il n’y a pas que Géo qui abuse ses lecteurs !!!)

BONNE NOUVELLE : Quelques heures seulement après « notre » intervention, la rédaction de Géo réagit et revoit en partie les coupables clauses… Je ne comprends par contre pas trop la réaction en ce qui concerne les photographes publiés et ceux qui ne le sont pas. Que l’on soient bien d’accord : une parution se mérite, point barre. Ce n’était pas l’objet de ce billet et il n’est pas frustrant de ne pas être publié dans l’un des plus beaux magazines français, c’est la règle du jeu et seuls les meilleurs le sont 😉

,

L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature

20 réponses sur [Humeur] Les 30 ans de Géo… Un triste anniversaire pour les photographes !

  1. Kilroy a écrit

    Pour le concours de Terre Sauvage, ça se passe sur le bulletin de participation qui se trouve ici : http://www.terre-sauvage.com/les...

    C’est un autre groupe de presse (Bayard), mais le principe est le même : acquérir les droits sur un grand nombre de photos de qualité (puisque soumises via un concours) gratuitement. Pour Bayard, c’est non-exclusif et pour deux ans "seulement"…

    A noter la présence du logo d’Objectif Nature sur le concours des 30 ans de Géo et sur celui de Terre Sauvage.

  2. Nico_Aveyron a écrit

    Ah la poubelle GEO!!!

  3. Thierry a écrit

    Envoie leur ton reportage !
    Ce sont 2 problématiques distinctes, qui cohabitent, d’accord….
    Mais le comble serait que ces pratiques malsaines sur la cession des droits de certaines photos dégoûtent ceux qui font du bon boulot d’aller de l’avant !
    Et puis quoi…Géo à réussi à passer le cap des 30 ans grâce aux reportages de qualité….je doute fort qu’elle puisse survivre à l’inexorable déclin de la presse papier en….publiant des photos gratuites….ça se saurait…
    Le vrai problème, pour Géo comme pour tous les magazines de la presse papier, c’est….les 5 ou 10 ans à venir. Qui existera encore ? sous quelle forme ?
    Et ce n’est pas en dévalorisant le produit phare (l’image et le reportage) qu’ils s’en sortiront. C’est typiquement une solution financière de "manager" essayant de survivre à court terme (maintenir la marge en réduisant les coûts à n’importe quel prix).
    Le débat fait rage en ce moment, notamment aux Etats-Unis, où les temps sont durs pour l’ensemble de la presse, et donc pour les photographes. Il y a même un site dédié à la disparition des magazines (magazinedeathpool).
    Souhaitons une longue vie à Géo ! A condition qu’elle se fasse avec les photographes et la photo, et pas contre.
    A propos : vous avez vu ces dernières semaines comment Facebook à été obligé de se rétracter face à l’ampleur du tollé et de retirer ses nouvelles CGU qui s’appropriaient justement les photos de tout ses utilisateurs ?

  4. Hedjour a écrit

    Eh beh c’est de l’arnaque.
    Puis je savoir ce que les photographes ont contre les photos dites libres de droit ?
    (Si je puis me permettre de pinaillé elle autorise certain droit d’office mais pas tous).
    Mais là franchement c’est du VOL au titre du don. Quelqu’un qui ne lit pas tout préssé avec un "ami" qui lui dit viens rejoins la communauté … tu pourras poster et présenter tes photos pour avoir un avis averti dessus et il se retrouve à donner ces photos.
    En gros il ne reste plus qu’a boycoter le site de géo certain site de photos communautaire permettent de présenter ses photos et les soumettres au avis plus ou moins avisé tout en précisant les droits sous lesquels ont les publies :).

    En tout cas chapeau pour ce blog c’est un vrai plaisir de te lire.

  5. Manu a écrit

    Scoop, le redac’ chef de Géo pris sur le vif :

    Edit : lien mort

  6. Laurent du Béarn a écrit

    Suite à la publication de ces différents articles sur nos blogs respectifs, une partie des conditions d’usage viennent d’être modifiée (il faudrait encore quelques améliorations) mais c’est notable et à noter.
    http://www.geo.fr/geo-pour-le-ph...

  7. Vincent a écrit

    Non mais dejà les microstocks sont scandaleux, mais là on touche franchement le fond. Bon au moins, ce qui est bien avec le fond, c’est qu’on ne peut que remonter.

  8. Stéphane Evo a écrit

    Bonjour,

    Pratiques honteuses.
    Merci pour l’ info Cedric.

  9. Darth a écrit

    Quand j’ai lu ton billet, j’étais sur le point d’en écrire un pour soutenir ton message en renvoyant mes lecteurs sur ton blog.

    Mais je vois que GEO a fait une pirouette, on va dire qu’ils s’en sorte bien sur ce coup!

    Malheureusement, c’est le genre de chose qui arrive de plus en plus souvent, et c’est quelque chose bien triste.

    Ils compte sur l’égo de certain amateur pour remplir leur stocke photo.

    C’est le genre de message important à passer que d’être méfiant.

    Je ferais d’ailleurs un peu plus tard un article sur le sujet mettant en garde les gens sur ce genre de pratique, je leur expliquerais de faire un tour par ici pour voir ce qu’il en est.

    En tout cas merci de ta réaction rapide!

    (Ma brute est niveau 8 ce matin…vive Suisse Ider 😉 )

  10. Cédric Girard a écrit

    Une pirouette, effectivement, qui n’aura eu d’autre motif que les multiples réactions de part le web.

    Je trouve tout de même dommage d’en arriver là, même si je considère encore aujourd’hui Géo comme un magazine "qui fait rêver" le photographe que je suis.

    Et en espérant aussi qu’ils ne s’arrêtent pas, comme d’autres l’ont fait, au fait que je leur ai un jour un peu rentré dans le mou pour écarter mon travail ^_^ (de fait en ce moment, je travaille énormément avec la presse étrangère !)

  11. Eric a écrit

    Voir ses photographies sur un magazine comme géo… Bien tentant pour l’amateur en photographie que je suis, par exemple. Quel fierté ! Mais voilà, même l’amateur que je suis s’insurge contre cet état de fait. Fi des heures de travail effectuées sur le terrain, en post traitement et autre. Fi de l’investissement nécessaire en matériel. Fi des risques parfois pris. Fi de la reconnaissance envers des photographes sans qui, il faut le reconnaître, certains magazines ne seraient rien sans leurs images magnifiques. En plusieurs mots comme en un : c’est une honte ! Il faut s’insurger contre cette état de fait et ramener les choses à leur juste valeur. Photographes professionnels et amateurs, tenons bon contre ce genre d’exploitation

  12. Cathy B a écrit

    Merci de relayer aussi clairement cette info. Je viens de subir les foudres d’un commercial qui ne comprend pas pourquoi je refuse de lui céder presque gratuitement une photo pour lui servir de logo et image de marque. Il voulait une photo différente, pas comme dans les microstoks, mais il ne comprend pas pourquoi il aurait à la payer. Quand on constate comment la presse et certains sites se débrouillent pour se constituer une photothèque de qualité au détriment des auteurs, cela ne fait que renforcer l’idée qu’une photo n’a pas de prix (dans le sens "gratuit"). Pas joyeux!

  13. sebastien a écrit

    ouais, c’est bien triste tout ça… la seule chose que j’espère c’est qu’il se retrouveront qu’avec des photos de merde sur leur site. comme ça au moins il seront bien forcer de continuer à aller les cherchers la ou elles sont. bon je sais je rêve, car cpombien d’amateur (voir même pro) ne lisent pas les texte imbuvable de ce genre de close??? et moi le premier. heureusement d’autre des blog tel que celui-ci nous relatent l’information avec des mots comprehensible et attractif pour nous mettre en garde
    un grand merci!

    seb

  14. Laurent du Béarn a écrit

    attention, l’erreur commise par pas mal sur l’article 6.2 de leurs conditions d’usage. Il est mal écrit mais il ne concerne pas les photos mais les posts, commentaires, etc., sur le site geo.fr. j’ai failli aussi me faire avoir mais en lisant l’article 6.2, on se rend compte que ce ne sont pas les photos qui sont concernées. Le seul article concernant les photos a été sérieusement remanié, c’est le 6.4. Même si certains points mériteraient encore d’être revu, il y a une sacrée évolution en 24 h puisque désormais les photos déposées sur la communauté geo.fr ne peuvent plus être utilisées pour les magazines, livres… Attention donc à la confusion entre le 6.2 qui parlent de contributions (posts, commentaires, etc., donc que des écrits) et le 6.4 qui ne concerne que les photos. C’est sur ce dernier qu’il y a eu des évolutions notoires en 24 h.

  15. Gabone a écrit

    On va ton vers la fin de La photo payante

  16. Cédric Girard a écrit

    Merci Laurent pour la précision. Il faut dire que "contribution" est un terme assez flou pour entretenir le doute !

    Je vais modifier l’article en conséquence.

  17. strati02 a écrit

    bonjour,
    encore une info qui fache (une de plus), que dire de plus.
    nos photos sont "travaillées" il y a les frait de transport quelque fois de logement tous cela merite "salaire".
    je comprends que certain veuille etre édité à tout prix, et bien pour cela il n’y a que le travail constant et assidu pour se faire une place dans une agence serieuse.
    pour cette revue je ne sais pas si c’est un groupe avec actionnaires, mais si c’est le cas il voudront le beurre et l’argent du beurre, c’est honteux la crise n’excuse pas tout.
    philippe

  18. Marc a écrit

    Je suis tombé sur cet article via le blog de Darth. Edifiant! Je me souviens avoir gagné le 3ème prix lors d’un concours photo organisé par le Festival Arbres et Lumières de Genève. Dans le règlement, il me semble qu’on autorisait l’utilisation de notre photo à toutes fins… Ceci dit, la valeur des lots était nettement supérieure à la valeur marchande de ma photo me semble-t-il… Alors, aurais-je dû ne pas participer?

  19. Cédric Girard a écrit

    Bonjour Marc

    En fait le problème est que les entreprises qui usent de ce genre de conditions abusives le font clairement pour se constituer des photothèques à moindre coût.

    Qu’est-ce qu’un 1er prix à 2000€ (et 10000€ de dotations) quand cela permet de récupérer des centaines d’images généralement d’excellente qualité et souvent réalisées (pour partie) par des photographes expérimentés ?

    Petit à petit les gens sont sensibilisés à ce genre de chose, et surtout les photographes amateurs (et professionnels évidemment). Mais il reste encore des efforts à faire !

  20. Phillipe a écrit

    Je serais tenté de dire que ces CGU n’ont aucune valeur juridique. D’une part elles dépassent allégrement l’entendement du droit français, d’autre part, sans signature à la mano ou véritable signature numérique (pas une simple IP) il n’y a aucune cession de droit effectuée. En gros, publiez une bonne photo sur un site Internet tiers qui va en faire un usage important, et le préjudice pourra devenir très interessant pour l’auteur. Il faut un préjudice important, celà va de sois, sinon c’est l’avocat qui se remplira les poches. 😉

Laisser un commentaire