Créativité avec le contre-jour

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Dans le monde complexe et fascinant de la photographie, les techniques d’éclairage et de composition se dévoilent tel un subtil ballet, chaque mouvement étant essentiel pour dépeindre l’essence d’une scène avec justesse. La prise de vue en contre-jour, une méthode audacieuse et envoûtante, se caractérise par la présence d’une source lumineuse dominante placée derrière le sujet, projetant ainsi des ombres profondes et des silhouettes saisissantes. Cette approche, délectablement sophistiquée, requiert une maîtrise certaine des paramètres techniques et artistiques afin de transcender les limites ordinaires de la représentation visuelle.

Je vous propose de découvrir les arcanes de cette pratique en explorant les diverses astuces et méthodes qui permettent de dompter l’omniprésente lumière et de la plier à votre volonté créative. De la gestion minutieuse de l’exposition à l’ajustement méticuleux du rapport de contraste, notre quête vous mènera au cœur des secrets bien gardés de cette technique empreinte de poésie.

Immersion dans un univers où la maîtrise de la lumière et l’équilibre délicat entre ombre et clarté vous dévoileront des horizons photographiques insoupçonnés et exaltants…

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Article mis à jour le 17/04/2023

Le contre-jour, une histoire de contraste

L’exploitation des conditions difficiles que sont les contre-jours permet d’obtenir des images que l’oeil ne peut souvent pas « construire » et amener à notre cerveau, du simple fait qu’il constitue à ce jour un système optique qu’aucun capteur numérique ne peut égaler en matière de dynamique et d’adaptativité à la lumière ! Du coup, les défauts de nos capteurs numériques vont, grâce à l’amplification (voulue et maîtrisée !) des contrastes entre hautes et basses lumières, jouer en votre faveur et amener la petite touche de créativité à nos images 🙂

Bourdon des prés (Bombus pratorum) dans les tournesols
Bourdon des prés à l’approche d’un tournesol
L’exposition a été faite sur le tournesol, et j’ai profité de l’arrière-plan
(une colline à l’ombre) pour obtenir un fond noirci !
EOS 5D + Sigma 500/4.5 EX HSM,
f/5.6, 1/1000ème, 500 ISO

L’explication principale de la différence de traitement entre l’oeil et le capteur tient au fait que l’oeil interprète la luminance de manière logarithmique, tandis que le capteur numérique, lui, « mesure » simplement la quantité de photons perçue dans chacun de ses photosites : au final, dans les basses lumières, la quantité d’informations est beaucoup plus faible que dans les hautes lumières (basse lumière = peu de photons, haute lumière = énormément de photons !)

On applique alors à l’échelle de luminance mesurée une courbe de transfert logarithmique, afin de ramener les mesures au plus près de celles que l’oeil réalise.

Info

On parle souvent de gris neutre 18% : cette valeur est simplement mesurée sur l’échelle logarithmique de la luminance, et correspond au gris moyen exactement situé entre le blanc et le noir… sur l’échelle linéaire (gris à 50% !)

L’idée va être de profiter en réalité de la faiblesse de nos capteurs, pour produire des images créatives, où hautes et basses lumières s’opposent de manière originale ou harmonieuse !

La base : la maîtrise de l’exposition

La prise de vue en contre-jour étant basée comme nous l’avons vu sur des histoires de contraste, le principe d’exposition pour obtenir des ombres chinoises est finalement assez simple : il suffit d’exposer pour les hautes lumières !

En effet, la mesure de lumière faite sur les zones les plus lumineuses de notre scène va engendrer, du fait de la dynamique (très) étriquée comparée à celle de nos yeux, un tassement drastique de l’information dans les basses lumières.

En d’autres termes, nous allons chercher – contrairement à ce que l’on voudrait par exemple faire lors d’une prise de vue dans une église pour mettre en valeur son architecture – à assombrir sciemment les ombres de manière à obtenir nos silhouettes découpées sur la lumière.

D’un point de vue pratique, le mode Spot va être notre ami : il permet en effet de mesurer la lumière sur un point précis (ou presque, avec 2 à 3% de la surface de l’image selon les appareils) et de ce fait autorise tous les écarts imaginables entre hautes et basses lumières sur les scène fort contrastées !

Aigrette garzette photographiée en mesure spot
L’utilisation de la mesure Spot a permis de bien exposer
l’oiseau, le trop fort contraste a assombri le reste !
EOS 5D + Sigma 500/4.5 EX HSM,
f/5.6, 1/1000ème, 100 ISO

Personnellement je l’utilise assez peu, préférant utiliser une mesure centrale pondérée en jouant sur la correction d’exposition (chacun ses mauvaises habitudes !!!)

Composer avec les formes

L’un des principaux usages créatifs en matière de contre-jour va être de jouer avec les ombres, et donc les formes. Une manière de dessiner les contours des sujets photographiés,  pouvant amener à de belles captures d’images qui n’auraient certainement pas la même teneur s’il n’y avait la présence du contre-jour.

Marié à des vitesses lentes sur des sujets en mouvement, on peut également obtenir des scènes sympathiques alliant mouvement et immobilité, parfaitement mis en valeur par le contraste général de la scène.

Hérons garde-boeufs perchés sur un arbre, en Camargue
Une vitesse modérée a permis de suggérer le mouvement sur le héron en envol
EOS 5D + Sigma 500/4.5 EX HSM + TC x1.4
f/8.0, 1/100ème, 400 ISO

On pourra également jouer sur la répétitivité d’un motif et accentuer les contours pour obtenir des images très graphiques : bien utile sur les végétaux !!!

Feuilles de ronces givrées à contre-jour
Feuilles de ronces givrées au petit matin
Une sous-exposition et un contraste poussé en post-traitement donne un rendu très intéressant !
EOS 5D + Sigma 500/4.5 EX HSM,
f/5.6, 1/500ème, 200 ISO avec -0.6 IL en correction d’exposition

La géométrie sera notre troisième allié dans notre recherche photographique : un moyen simple d’obtenir des images sortant (un peu) de l’ordinaire, à l’image de cette grande aigrette dont le cou se recoupe avec un roseau 🙂

Grande aigrette et roseau
Grande aigrette et roseau
EOS 5D Mark II + Sigma 500/4.5 EX HSM,
f/5.6, 1/1600ème, 500 ISO

Composer avec le contraste et les couleurs

Si la forme joue un grand rôle dans la photographie, le fond – tout ce qui touche à la colorimétrie et au contraste – peut également apporter de l’eau à notre moulin à créer des images !

Il faut souligner que bien souvent c’est au post-traitement que se fera le gros du rendu final (en tout cas pour celles et ceux qui utilisent le format RAW, soit une majorité ! Non ?…).

Info

Tant qu’une image réalisée en post-traitement reste possible à réaliser moyennant des réglages boîtier directs que l’on a pas forcément pris le temps de faire, cela ne s’assimile pour moi pas à de la « triche ».

Le post-traitement est fait pour ça, et existait bien avant le numérique !

Le contraste est notre première arme : il permet d’amplifier encore plus les différentes entre hautes et basses lumières, et finement marié avec une balance des blancs légèrement « poussée », offre de nouvelles perspectives dans le rendu des images.

Mes premiers essais furent réalisés sur des images réalisées en fin de journée sur des écureuils en contre-jour. Les premières images, bien exposées sur les petits mammifères, ont été… supprimées ! En effet, leur fadeur et le côté brouillon des branchages ne rendait en rien la scène que j’avais sous les yeux.

C’est finalement en « pensant » ce que je pourrais faire de mes prises de vues, que j’ai finalement opté pour cette solution :

Écureuil en contre-jour dans un arbre
Écureuil en contre-jour (balance des blancs poussée à 7500K)
EOS 5D + Sigma 500/4.5 EX HSM,
f/5.6, 1/4000ème, 500 ISO, -0.3 IL en correction d’exposition

D’une image ratée si nous avions utilisé une exposition et un post-traitement normaux, on passe à une image finalement « voulue », qui souligne efficacement la présence d’un intrus dans les hautes branches des arbres !

Notre seconde arme sera la désormais célèbre balance des blancs, notion apparue avec le numérique et entrée dans les moeurs des photographes utilisant cette technologie. Comme vous le savez, la balance des blancs permet de moduler la température de couleurs, du froid (bleu) au chaud (orange/rouge).

Il est donc parfaitement possible, lorsque l’on pousse aux extrêmes son curseur, de modifier radicalement les images produites !

Je donnerai deux exemples simples. Le premier concerne l’un de mes oiseaux fétiches, la fameuse huppe fasciée (Upupa epops) qui agrémente outre mon avatar habituel, la couverture de mon premier livre sur la photographie animalièr.

Je ne vous resservirai pas ladite photo, mais un cliché d’ambiance réalisé en 2010 et où j’ai sciemment joué sur la balance des blancs pour modifier le rendu de l’image originelle !

Ambiance de Huppe fasciée
Huppe fasciée en ambiance (balance des blancs poussée vers 7800K)
EOS 5D mark II + 300/4 L IS USM,
f/4.0, 1/8000ème, 1600 ISO

D’une photo réalisée en fin d’après-midi, on passe à une image qui semble réalisée au coucher du soleil (nb : l’exposition n’a pas été retouchée puisqu’elle avait été sous-évaluée par l’appareil, trompé par le ciel laiteux…)

Le second exemple, moins extrême dans le traitement, mais au final tout aussi impressionnant, concerne une image réalisée au crépuscule dans le célèbre parc aux oiseaux de Villars-les-Dombes. La balance des blancs, légèrement poussée vers le bleu (froid), a permis d’obtenir un résultat très intéressant, bien que réalisé dans des conditions extrêmes de prise de vue (il faisait quasiment nuit !)

Cigogne blanche au crépuscule
Cigogne blanche au crépuscule
EOS 5D mark II + Sigma 120-300/2.8 EX HSM OS,
f/3.2, 1/20ème, 3200 ISO, -1 IL en correction d’exposition

Il est donc possible, sans aller dans les extrêmes du post-traitement et toujours sur des opérations globales portées sur les images, d’obtenir des effets sympathiques destinés à augmenter le côté créatif des photographies en contre-jour.

La photo en contre-jour, une technique à part entière

Tout ceci n’est qu’une petite brèche dans l’étendue des possibilités offertes par l’usage du contre-jour en matière de photographie de nature. J’affectionne pour ma part énormément cette technique, et en ai même fait parfois ma « marque de fabrique » sur certaines images 😉

Tipule du chou (Tipula oleracea) en contre-jour
Tipule du choux au lever du jour dans la rosée
EOS 5D + Sigma 150/2.8 EX HSM Macro,
f/5.0, 1/2000ème, 200 ISO

La créativité en photographie se résume à mes yeux à un seul mot : OSER !

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