Affûts payants : entre mensonges et vérités !

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Il est des jours où je suis las de lire encore et encore les débats sans fin sur les affûts payants sur quelque groupes de discussion photo, connu ou pas, fréquenté ou non. Y circulent des idées fausses, des croyances et des légendes urbaines qui me rendent finalement bien triste : et si la photographie de nature devenait peu à peu une secte, une confrérie où l’argent et surtout la notion de plaisir étaient tabou ?

J’ai hésité à me « griller » définitivement de quelques forums en intitulant cet article « Affûts payants : le bal des faux-culs » mais je ne le ferai pas (ah zut : je l’ai écrit ! Au moins vous savez ce que j’en pense ! Bref 😀 )

À CONSULTER ÉGALEMENT : Pour en savoir plus sur le camouflage et les techniques d’approche

Aux origines…

Lorsque j’ai débuté en photographie de nature, la notion d’affût payant n’existait pour ainsi dire pas, ou se limitait (en France en tout cas) à ce que l’on appelle « les parcs animaliers » (qui sont quelque part des affûts payants, lorsque les animaux qui y sont visibles, à l’image de Pont-de-Gau en Camargue, sont des spécimens sauvages qui vont et viennent librement !) ; les « vrais » photographes (sic) se refusaient à utiliser ce genre de stratagème pour faire leurs photos, tandis que les professionnels le faisaient sous couvert (et à raison : il faut bien vivre !)

Il existait même (et ils existent encore !) des parcs animaliers gratuits, mais où les animaux sont en captivité ou en semi-liberté : à l’image du célèbre parc du Bayerischer Wald en Allemagne !

Ours brun sur un rocher
Ours brun, photographié dans la Parc National du Bayerischer Wald (captivité)

Internet aidant, et les revenus des photographes professionnels baissant (on remerciera au passage les microstocks), sont apparus au fil des années des stages photo nature, puis des séjours photo nature un peu partout en Europe, pour finalement arriver à un nouveau phénomène : les affûts payants !

Le concept est très simple : le photographe paye son séjour (nourri / logé / blanchi), et peut accéder librement à un certain nombre d’affûts mis à disposition. Les premiers à proposer ce genre de trip furent les finlandais (affûts aux ours notamment), suivis rapidement des norvégiens, puis les espagnols et les hongrois…

Très vite, deux phénomènes se sont alors produits, liés à un facteur malgré tout ce que l’on puisse dire, prépondérant en photographie en général, et en photographie nature en particulier : l’argent !

  • Une nouvelle génération de photographes est apparue : fortunés, pressés, ils ont mis les moyens que d’autres n’avaient pas pour très vite (trop vite ?) arriver à réaliser des photographies coûte que coûte, « comme les grands de la photographie de nature » ; ce phénomène existe dans bien des domaines, et n’est pas prêt de s’arrêter !
  • Les anciens ont vite vu dans les affûts payants, une « monétisation malsaine de la nature » : des débutants arrivaient en quelques jours, à réaliser les photographies qu’eux mettaient des mois (voire des années) à réaliser !

Les affûts payants : question d’argent ?

Finalement, on en revient encore et toujours à l’argent. Et s’il y a une chose qui ne choque pas celles et ceux qui voient le mal dans les affûts payants, c’est bien de « travailler » avec des boîtiers à 3000€ (ou plus) et des téléobjectifs à 6000, 7000 voire 8000€ (alors que d’autres font « presque » les mêmes photos avec des matériels bien plus modestes !)

Nul comparaison non plus avec le fait de pouvoir voyager, partir plusieurs semaines dans un pays lointain et faire son petit voyage personnel, là où d’autres n’ont d’autres choix que… de rester chez eux !

Au final, l’argument « pognon » est non recevable, eu égard au budget conséquent que tout photographe animalier est en mesure de mettre sur la table pour pratiquer sa passion, chacun à son niveau : ce n’est qu’une question de priorités.

D’ailleurs, la notion de « payant » est relative, car dans la plupart des cas, ces affûts (en tout cas une très grande majorité) sont proposés avec gîte, nourriture et services : on peut parfaitement imaginer qu’un séjour « sans affût » dans des conditions identiques soit d’un coût similaire !

Affût payant et éthique photographique

Un autre angle d’attaque porte sur l’éthique photographique soi disant peu reluisante de celles et ceux qui pratiquent les affûts payants.

Je pense pour ma part (même si je n’ai pratiqué à ce jour que les affûts hongrois, qui sont au passage victimes d’une animosité sans égal – et peu compréhensible – de la part de leurs détracteurs) que seuls celles et ceux qui n’ont pas vécu un séjour en conditions réelles se permettent de juger faussement les gens qui vivent des affûts payants.

S’il est bien un objectif majeur dans les affûts payants, c’est la quiétude des animaux et l’assurance que les pratiquants auront un impact des plus limités sur l’environnement naturel dans lequel ils évoluent !

Geai des chênes (Garrulus glandarius) en train de prendre son bain dans une mare forestière
Hongrie (affût appartenant à Bence Mate)

En outre, les personnes que j’ai personnellement côtoyé sont toutes, sans exception, des naturalistes hors pairs et de fins connaisseurs de la nature et des animaux (ce qui est TRÈS LOIN d’être le cas chez la majorité des photographes, moi le premier !)

Pour en avoir discuté également avec des habitués des affûts payants, l’éthique tient une place prépondérante dans la pratique même de la photographie : il ne me viendrait pas à l’idée d’utiliser la repasse pour faire des photos d’oiseaux par exemple, car je sais que je ne maîtrise pas cette technique, ni les risques potentiellement encourus pas les oiseaux qui seraient attirés par les bandes sonores inadéquates.

Et bien pour la plupart des pratiquants de photo nature en affût payant, on retrouve plus ou moins le même phénomène : en l’absence d’expérience, il est préférable de passer par un « professionnel » pour l’approche des animaux. Deux avantages à cela : le premier, apprendre ces techniques (on apprend énormément lorsque l’on se rend dans des affûts payants), et le second, avoir la capacité de se concentrer sur la technique photographique !

Au final, les questions d’éthique sont à mon sens de fausses questions, car le photographe éthique « jusqu’au-boutiste » n’utilisera alors ni appâts (donc pas de mangeoires !), ni repasse, ni aucune autre technique destinée à tromper l’animal !

Guêpier posé sur une branche, dans un arbre fleuri – Sélectionnée au Festival de Montier-en-Der (2010)
Photographie réalisée hors affût, chez mon ami hongrois Bence Mate

Que l’on soient bien clairs, cela concerne AUSSI la notion de… photo au nid (ben oui !) : du fait, toute photo de guêpier d’Europe est à bannir désormais des concours, puisque 99% des photos de cet oiseau coloré sont faites à moins de 5 mètres des nids (idem pour les huppes fasciées de manière générale, pour les rolliers, parfois les martins pêcheurs, et bien d’autres espèces encore !)

Vous n’êtes pas d’accord ? Alors vous n’êtes pas « totalement » éthiques ! Car la notion même d’éthique n’a de limites que celles que l’on veut bien lui donner. Plus sérieusement : la seule éthique que se doit d’avoir un photographe de nature, c’est d’être honnête avec soi-même et avec les autres, et de limiter le dérangement des animaux : POINT BARRE !

D’où les deux règles essentielles et immuables de la photo nature :

  • Ne JAMAIS faire une photographie qui mettra un animal en danger ou en difficulté, ou le dérangera de manière importante
  • Toujours indiquer dans quelles conditions particulières sont réalisées les photographies

Sur ce dernier point, je soulignerai que l’honnêteté intellectuelle est une notion qui n’effleure pas le moins du monde certains photographes, quant aux modalités de réalisation de leurs photographies. Aussi je trouve important, ce serait-ce que par respect pour celles et ceux qui admirent les photographies des autres, de leur signaler quand les photographies sont réalisées en captivité (le sigle <c> est couramment utilisé pour indiquer les photos réalisées en captivité, par exemple)

J’ai toujours trouvé intéressant de connaître également les conditions de réalisation des photographies, et j’apprécie plus que tout celles et ceux qui partagent leurs techniques, car ils m’ont fortement inspiré pour réaliser, avec mon ami Cris, celles qui nous servent actuellement d’affût (gratuit !) : je m’efforce, depuis des années, à partager mes idées, mais j’apprécie et j’utilise aussi celles des autres !

Questions / réponses sur les affûts payants

Parce ce que ces croyances reviennent que trop souvent dans les échanges sur les forums et dans la vie du photographe, voici quelques (contre) vérités :

« Les affûts payants, c’est de la photo facile »
Il est clair que dormir 3 à 4 heures / nuit, passer des journées enfermé dans une cahute de 3m² sans bouger et gérer des lumières nécessitant l’utilisation de matériel professionnel (téléobjectifs lumineux + sensibilités élevées) relève de la plus grande facilité, et que tout débutant arrivera SANS PROBLÈME à réaliser des images ! Oui, des images… Mais des photos : c’est à voir 🙂

« Tu n’as aucun mérite à faire ces photos »
Oui, c’est vrai, ce n’est pas moi qui ai appuyé sur le déclencheur, qui ai réglé mon boîtier, mon trépied, mon télé, et qui ai attendu la bonne lumière avec la bonne attitude pour faire la photo ! Plus sérieusement : être à l’affût, payant ou pas, ne fait pas la photo : c’est le photographe et sa sensibilité propre qui font les photographies.

Tes photos, tu les as « achetées » finalement !
Ahhhhh non monsieur ! J’ai acheté un SÉJOUR photographique, avec la nourriture, l’hébergement, parfois même les services (lavage du linge, connexion internet, transport, etc.) ; et si par le plus pur des hasards, le séjour devenait gratuit, est-ce que cela changerait l’intérêt des photographies ?…

Ta photo, t’aurais du dire qu’elle était faite en affût payant : là, elle n’a plus beaucoup d’intérêt !
Et bien moi à partir de maintenant, toutes les photos faites avec les télés Canon Série L, j’en veux plus : j’ai pas les moyens, j’ai qu’un vieux Sigma ! Comment ça c’est pas pareil ?… Plus sérieusement : qu’est-ce que ça change à la photo ? Et si je l’avais faite dans un affût GRATUIT, mis à disposition par un ami ? Aurais-je eu plus de mérite ?…

Enfin bref : les remarques à deux francs six sous que l’on lit ici ou là sur les forums (ndlr : je précise que ce n’est plus mon cas, dans la mesure où j’en suis venu à ne plus montrer – quasiment – mes photographies, qu’elles soient ou non faites en Hongrie ou ailleurs…) ont de quoi énerver, voire vexer celles et ceux qui se sont donnés les moyens d’aller plus loin dans leur passion.

Pour conclure sur les affûts payants

Je terminerai ce billet quelque peu acide et « coup de gueule » (pas vraiment dans mes habitudes) par une note positive : ce que m’apporte personnellement de pratiquer une fois par an, les affûts payants (et notamment ceux de Bence Maté).

En premier lieu, une semaine où je déconnecte totalement avec ma vie « normale » : imaginez passer une semaine complète sans penser une seconde à votre boulot, sans avoir une once de stress, sans devoir prendre votre voiture, répondre au téléphone, perdre votre temps dans vos déplacements, subir la pollution de la ville…

En second lieu, l’occasion de se retrouver entre photographes, avec des pratiquants (très) expérimentés, naturalistes hors pairs, qui vont vous apprendre énormément, bien plus en une petite semaine, que tout ce que vous auriez pu apprendre en une année chez vous ! Une semaine à « parler photo », « penser photo », « vivre photo » : le pied total ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, on apprend énormément de choses à voir, pratiquer et observer avec d’autres photographes, d’autres techniques de terrain.

En dernier lieu, s’adonner à sa passion et PRENDRE DU PLAISIR.

Pour moi, la photographie c’est d’abord et surtout du plaisir : quand il n’y aura plus ce moment de bonheur lié à l’acte photographique et sa conséquence, l’image, alors peut-être faudra-t-il penser à passer à autre chose… Mais ce n’est pas prêt d’arriver 🙂

ET VOUS, QUEL EST VOTRE AVIS SUR LA QUESTION ?

Bonus : Une liste (non exhaustive) d’affûts payants sur le forum Beneluxnaturephoto

Rougegorges photographiés en affût payant
Deux rouges-gorges familiers posés, face à face, au bord d’un plan d’eau forestier
Affût forestier, Hongrie

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