Se fondre dans l’environnement est crucial pour le photographe animalier. Le camouflage, plus qu’un simple déguisement, est un outil qui joue sur les capacités sensorielles spécifiques des animaux. Les oiseaux, dotés d’une vision remarquable, contrastent avec les mammifères qui se reposent davantage sur leur odorat et leur ouïe. Il ne suffit donc pas de se cacher visuellement, mais aussi d’échapper aux autres sens, mais le principal effort à fournir concerne bel et bien le camouflage visuel : les teintes et contrastes du camouflage nous aident à nous intégrer à l’environnement pour capturer ces moments rares.
Découverte des techniques et accessoires qui permettront au photographe d’optimiser ses chances de réussite, et explications sur les points techniques à connaître en matière de camo, pour ne pas faire d’erreurs sur le terrain…
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Le camouflage visuel, une question de contraste
On distingue deux grandes familles de camouflages visuels : les camouflages dits « 2D » (pour deux dimensions), basés sur les couleurs et éventuellement les motifs et destinés à tromper le sujet par un jeu de contraste et de teintes, et les camouflages dits « 3D » (pour trois dimensions) qui ajoutent à cela la notion de relief.

La base de tout camouflage est régie par le contraste. Il s’agit de sélectionner une couleur dite neutre, qui trompera les sujets auxquels on veut se soustraire en interagissant avec les couleurs de l’environnement. Cette règle s’applique généralement aux grands mammifères qui, dotés d’une vision peu performante et dichromatique, décèlent difficilement les différences de teintes, mais sont en revanche parfaitement capables de distinguer les gros écarts de contrastes et les mouvements.
La détection du mouvement
La sensibilité visuelle de certains animaux au mouvement est due à deux caractéristiques principales : la qualité de la mosaïque rétinienne, c’est-à-dire la richesse de la rétine en photorécepteurs, et la faible persistance du temps de vision dans la transmission de l’information au cerveau.
Plus les éléments rétiniens sont nombreux, et plus un mouvement est décelable, car il excitera d’autant plus de fibres sensorielles qu’elles sont petites et nombreuses et découperont en portions plus fines l’image projetée sur la rétine. Et plus la fréquence de transmission de l’information au cerveau est élevée, plus grande sera la probabilité de discerner un déplacement dans la zone observée.
L’utilisation de coloris comme le gris ou le vert trompera cerfs, chevreuils et sangliers, et dans une moindre mesure les autres mammifères de nos contrées. Il convient uniquement de choisir des teintes suffisamment proches de celles de son environnement pour s’y fondre. On évitera donc les tenues trop claires en lisière, et les tenues trop foncées en milieu découvert.
De manière plus générale, il faut adapter son camouflage à l’environnement : cela marche non seulement pour le type de végétation et le milieu dans lequel on va évoluer, mais également la saison : les tenues à dominante verte seront utilisées au printemps et en été, tandis que les tenues à dominante marron ou beige seront privilégiées à l’automne ou durant l’hiver.
La plupart des mammifères ne distinguent pas les couleurs telles que nous pouvons les voir. Ceci explique l’utilisation par les chasseurs de gilets fluo parfois bariolés de motifs, qui pour le gibier se fondent avec le reste des tenues utilisées.
Il est possible de simuler approximativement la vision d’un cervidé à l’aide d’un logiciel gérant les couleurs colorimétriques en mode Rouge-Vert-Bleu : il suffit simplement de masquer la couche rouge.
Par ailleurs, beaucoup d’oiseaux ont la capacité de voir dans l’ultraviolet. C’est ainsi que les mésanges bleues peuvent, contrairement à l’homme, aisément se reconnaître et apprécier le dimorphisme sexuel qui caractérise les couleurs de leur plumage. Et c’est également pour cela que certains rapaces peuvent déceler les traces d’urine – qui réfléchit les ultraviolets – des petits rongeurs sur le sol et les suivre à la trace, sachant où regarder pour ensuite appréhender le moindre mouvement, déclencheur de l’attaque.
Dans tous les cas, il conviendra évidemment de masquer les extrémités les plus visibles : le visage et les mains. Concernant le camouflage de la tête et selon votre pratique, vous pourrez utiliser un chapeau ou une casquette dont l’ombre formée par le rebord ou la visière atténuera le contraste de votre peau. Il est toutefois préférable d’utiliser, lorsque l’on fait de l’approche, une cagoule ou à défaut une écharpe ou une chéchia masquant le bas du visage jusqu’au-dessus du nez.

L’idéal reste la cagoule en filet, que l’on trouve assez facilement au rayon chasse des grandes enseignes de magasin de sport. Le masquage est parfait, le filet à fines mailles créant des ombres et permettant de préserver une certaine aération : bien pratique pour éviter la buée dans le viseur par temps froid, puisque l’air expiré ne remonte pas par l’ouverture prévue pour les yeux !
La tenue de camouflage doit généralement comporter, outre la veste et le pantalon, une cagoule, une paire de gants et idéalement un filet de camouflage pour couvrir le matériel et aider à casser la forme humaine. On adaptera le choix du filet selon l’environnement ; il peut être utile d’acquérir différents modèles, comme les filets de camouflage de Projet13, afin de pouvoir couvrir tous les cas de figure au gré des saisons.
Concernant les mains, de simples gants de couleur neutre suffiront à en masquer la couleur. Pensez néanmoins à choisir des gants qui facilitent la manipulation du boîtier. Il existe notamment des gants de camouflage à picots fins en caoutchouc prévus initialement pour le tir à l’arc ou la chasse de manière générale, très pratiques pour cela.
Camouflage 2D
Il existe de nos jours pléthore de tissus à motifs plus ou moins réalistes, destinés à compléter l’action des couleurs neutres en créant des formes rappelant la végétation environnante. Il faut savoir que toutes n’ont pas la même efficacité et que les plus réalistes à nos yeux d’humains ne sont pas les plus efficaces.
Si les motifs réalistes de type Advantage Timber ou Mossy Oak (qui sont des modèles ou marques déposés d’imprimés mondialement connus chez les fabricants de tenues de camouflage) s’avèrent généralement assez efficaces en sous-bois ou en milieu semi-couvert comme les lisières ou les abords des clairières, où les animaux sont de facto à des distances relativement limitées, ils deviennent vite un véritable handicap à longue distance : les motifs, trop détaillés pour être convenablement interprétés de loin, font simplement « tache ».

Il existe de nouveaux types d’imprimés précisément destinés à tromper plus efficacement l’interprétation visuelle qui peut en être faite, et ce à toutes distances : les tenues Predator, aux motifs déstructurés grossiers, sont de cette génération. Offrant un camouflage très efficace à distance courte ou moyenne pour le gibier, elles demeurent également excellentes sur des espaces beaucoup plus vastes et offrent des couleurs faites pour s’adapter au mieux à chaque saison. L’inconvénient est de devoir posséder littéralement une tenue pour chaque période de l’année : c’est le prix à payer pour une efficacité maximale.

Les tenues à motif dit « digital » – formées de petits carrés à l’image des pixels sur une image numérique trop agrandie – offrent aussi cette capacité à camoufler au mieux la présence de leur propriétaire, en apportant une explication physique basée sur les fréquences spatiales des lignes et des taches formées par les dessins. Élaboré à partir d’images satellite assemblées et reprenant l’idée des snipers Waffen de la seconde guerre mondiale, qui furent les premiers à utiliser un système de points colorés pour leur camouflage, il a depuis été adopté par nombre de corps d’élite et est d’une efficacité prouvée à courte, moyenne et longue distance. Sa capacité à rendre invisible autant en vision photopique (vision diurne) qu’en vision scotopique (forme particulière de l’interprétation des couleurs et des contrastes en vision crépusculaire, après accoutumance de l’œil à l’obscurité) n’est certainement pas étrangère à sa large diffusion.
En photographie animalière, ce type de camouflage est d’autant plus intéressant que la vision dichromatique des grands mammifères se rapproche de la vision mésopique humaine (mariage entre interprétation diurne et crépusculaire de ce que peut déceler l’œil sur une scène donnée). On trouve désormais assez facilement des treillis, pantalons et vestes à motifs « digital », notamment avec l’essor d’activités plein air comme l’Air Soft (jeu de guerre grandeur nature dérivé du paintball).
L’efficience des différents types de camouflage ne doit pas se résumer à votre simple interprétation visuelle humaine. En effet, certains mariages de couleurs dans certaines conditions de luminosité, et plus particulièrement en cas de basse lumière, peuvent engendrer ce que l’on appelle l’effet Purkinje.
Cette illusion d’optique fait qu’en cas de faible luminosité, des couleurs plus foncées en journée peuvent vous paraître plus claires quand la lumière manque. Ceci s’explique par le déplacement du pic de sensibilité maximale sur les longueurs d’ondes perceptibles, du rouge (vers 550 nm) en vision diurne au bleu-vert en vision crépusculaire (vers 510 nm).
Cela pourrait expliquer pourquoi les camouflages à points ou à formes relativement contrastées demeurent très efficaces avec les animaux dont l’interprétation des couleurs et contrastes se rapproche de notre vision mésopique.
Camouflage 3D
Depuis quelques années, sont apparues de nouvelles formes de camouflages qui étaient jusqu’alors réservées aux corps d’élite des armées : les camouflages dits 3D. Ces camouflages en relief se divisent en trois grandes familles :
- Les formes simples, dont le principe réside en des encoches faites dans le tissu pour créer un effet de matière. C’est par exemple le cas des filets « salade » que l’on trouve dans les surplus militaires, constitués généralement de matières plastifiées. On trouve depuis quelque temps des combinaisons à enfiler par-dessus ses vêtements et qui reprennent cet effet matière.
- Les camouflages hyper réalistes, basés sur l’utilisation d’une tenue normale couplée à l’utilisation de végétaux factices, généralement des feuilles synthétiques alliant réalisme, silence et légèreté. Les plus extrêmes, appelés Sneaky Leaf, reproduisent à la perfection la végétation environnante, mais demandent beaucoup de temps de mise en œuvre puisqu’il faut accrocher les éléments un à un à votre tenue !
- Les Ghillie Suits, qui sont des ensembles veste-pantalon-cagoule à porter par-dessus des vêtements classiques, et qui sont constitués de filets à larges mailles, sur lesquels sont fixés des bandelettes ou de longs filins de couleurs naturelles entre le vert, le marron, le beige et le noir. On les trouve également sous le nom de shaggie, prenant la forme d’un poncho plutôt que d’une combinaison.
L’efficacité de ces tenues, et plus particulièrement de la Ghillie Suit, tient au fait qu’elle ne reproduit pas seulement les couleurs et les contrastes naturels de la végétation de manière plane comme le ferait un tissu de camouflage classique, mais aussi qu’elle y rajoute une troisième dimension permettant la création d’ombres et de zones de contraste très naturelles, et surtout de mouvement puisque chaque élément constitutif de la tenue suivra par exemple le rythme donné par le vent. L’idée est de reproduire littéralement et complètement l’aspect de la végétation environnante.

Le terme ghillie vient de la langue gaélique écossaise et fait référence au terme anglais brownie, qui désigne un petit être comparable aux lutins ayant la faculté de se changer en feuille ou en plante pour se cacher.
En matière de photographie animalière, le principal objectif du photographe est de casser au mieux sa forme humaine, synonyme de danger pour nombre d’espèces sauvages. De fait, les tenues 3D de type ghillie apportent leur lot d’avantages sur ce point crucial, par rapport aux tenues 2D classiques :
- Elles reproduisent le mouvement de la végétation lorsque l’on bouge ou en cas de brise.
- Elles cassent parfaitement la forme humaine grâce aux fils ou bandelettes qui pendent de part et d’autre de la tenue, qui forment par ailleurs des ombres changeantes et naturelles.
- Elles s’adaptent plus facilement aux différents milieux et lumières grâce à ces effets d’ombres.
- Elles peuvent dans certains cas s’utiliser en milieu ouvert, puisque leur porteur ressemble à s’y méprendre à quelque arbuste ou tas de végétaux.
Il ne faut toutefois pas en oublier les inconvénients :
- Elles sont difficiles à porter, car souvent relativement lourdes et gênant la vision et la manipulation du matériel photographique. C’est notamment un calvaire que de les utiliser sous la pluie.
- Elles rendent difficiles la progression et le mouvement (risques d’accrochage avec la végétation).
- Elles coûtent cher !
Les plus curieux trouveront sur certains sites internet américains spécialisés, de nouvelles formes de filets de grande taille composés comme des ghillies : un camouflage coûteux (comptez 200 € pour un filet de 2.50×3.50 mètres), difficile à manipuler et n’autorisant aucun déplacement, mais procurant une efficacité extraordinaire pour les affûts !

Au final, le choix du type de tenue sera fonction du sujet à traiter, de l’environnement et de la méthode utilisée pour l’approche des animaux : il n’y a pas de solution idéale, uniquement des compromis.
Pour aller plus loin : utiliser l’environnement
Quand la situation le permet, n’hésitez pas à mettre à contribution tout ce que vous trouverez sur le terrain. Prévoyez d’emporter un petit sécateur ou un couteau multifonction dans votre véhicule : il peut toujours être utile d’ajouter des végétaux sur votre matériel en les coinçant dans votre filet de camouflage ou en les fixant avec des cordelettes. Une branche de lierre délicatement prélevée sur un tronc complétera à merveille votre camouflage, enroulée autour de votre trépied ou de votre monopode.

Progressez dans la mesure du possible dans l’ombre des arbres quand vous êtes en lisière mais toujours en considérant le ratio bruit/camouflage. Il n’est pas rare que les bordures de forêts soient jonchées de résidus de végétaux secs, ce qui ne facilite pas toujours la marche en silence.
Lors d’approches à découvert, typiquement sur quelque chevreuil au gagnage dans un champ fraîchement coupé, utilisez les meules de foin ou les vieux arbres bordant les cultures en vous cachant derrière pour progresser plus discrètement.
Enfin, évitez de progresser sur les crêtes si le terrain est vallonné, et fuyez les contre-jours, qui dévoileront votre silhouette en anéantissant votre camouflage, et projetteront une ombre trop visible devant vous.




