L’essentiel à retenir sur le renard :
- Un allié précieux pour l’agriculture : Le régime alimentaire du renard est composé à 60-80 % de petits rongeurs (comme les campagnols). En régulant ces populations, un seul renard permet d’économiser environ 1 000 à 2 000 € de dégâts agricoles par an.
- Un rôle sanitaire méconnu : Loin de propager massivement des maladies (la rage est éradiquée en France depuis 2001), le renard agit comme une barrière sanitaire. En chassant les rongeurs porteurs de tiques, il contribue notamment à limiter la propagation de la maladie de Lyme.
- Des mythes tenaces : Sa réputation de « voleur de poules » est exagérée; les volailles représentent une part infime de son alimentation et les attaques sont souvent dues à des poulaillers mal sécurisés.
- Un statut légal contesté : Malgré son utilité écologique prouvée, le renard reste classé comme « Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts » (ESOD) en France, autorisant sa destruction toute l’année par des méthodes jugées cruelles et inefficaces (piégeage, déterrage).
À la lisière des bois, quand la lumière décroît et que le vent se fait discret, il apparaît parfois comme une ombre rousse posée sur l’horizon. Pour le photographe de nature, le renard roux (Vulpes vulpes) est un sujet presque hypnotique : masque facial contrasté, queue flamboyante, attitude toujours sur le qui-vive. Le saisir dans un contre-jour de fin de journée ou en affût au ras d’une prairie exige patience, connaissance du terrain et une vraie compréhension de son rythme de vie.
Mais l’animal qui émeut tant derrière un viseur reste, ailleurs, au centre d’un conflit de représentation. Considéré comme espèce nuisible dans la plupart des départements français – terme désormais remplacé par « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (ESOD) – il peut être détruit toute l’année par tir, piégeage ou déterrage, alors même que la littérature scientifique souligne de plus en plus son rôle écologique positif.
À CONSULTER ÉGALEMENT : Pour en savoir plus sur la nature et l’environnement…
Pour aborder ce sujet sensible, je vous propose de partir de l’essentiel – le renard comme acteur discret des écosystèmes – puis descendre vers les détails, les mythes, les chiffres et les actions concrètes pour mieux le protéger. Il sera question de biologie, de santé publique, d’agriculture, mais aussi d’éthique et de regard porté sur le vivant. En filigrane, une question simple : le renard est-il vraiment l’ennemi que l’on décrit… ou un allié mal compris ?
Le renard, un petit canidé discret et opportuniste
Silhouette gracile, pattes fines, oreilles triangulaires dressées comme deux antennes : le renard est un petit canidé au gabarit proche de celui d’un chat de grande taille, rarement plus de 6 à 8 kg pour nos campagnes françaises. Son pelage, plus ou moins roux selon les individus et les saisons, se nuance de gris et de crème ; la queue touffue, sertie d’un pinceau blanc terminal, est un formidable outil d’équilibre autant qu’un emblème.
Ce carnivore est un champion de l’adaptation. On le retrouve dans une diversité étonnante de milieux : bocages, zones de grandes cultures, piémonts, forêts montagnardes, marais, voire parcs urbains et friches en cœur de ville. Cette plasticité écologique lui permet de coloniser aussi bien les paysages agricoles intensifs que les mosaïques de prairies et de bosquets encore traditionnelles.
Un comportement souple, entre prudence et curiosité
Animal crépusculaire et nocturne, le renard organise l’essentiel de son activité autour des périodes de faible lumière. Il alterne phases d’exploration et longues séquences d’écoute, oreilles frémissantes et museau au vent. Son fameux « mulotage » – ce bond spectaculaire, haut et vertical, qui se termine museau le premier dans l’herbe – illustre à quel point il est spécialisé dans la chasse aux micromammifères.

La structure sociale du renard est tout aussi souple. Dans certains contextes, il vit en couple territorial avec une portée annuelle de 3 à 6 jeunes, élevés au terrier au printemps. Ailleurs, on observe des groupes familiaux plus complexes, avec plusieurs adultes apparentés partageant un même territoire. Cette plasticité sociale explique en partie sa remarquable capacité de résilience face aux pressions de destruction.
Un omnivore très spécialisé dans les rongeurs
Si son régime est globalement omnivore, le renard reste avant tout un prédateur de rongeurs. Dans plusieurs régions agricoles françaises, les études de contenus de fèces et d’estomacs montrent que les micromammifères (surtout campagnols) représentent souvent plus de 60 à 80 % de sa biomasse alimentaire, loin devant les oiseaux ou la volaille domestique.
Viennent ensuite :
- des fruits et baies sauvages (merises, prunelles, ronces) ;
- des invertébrés (insectes, vers de terre) ;
- des lagomorphes (lièvres, lapins) selon les régions ;
- des charognes, notamment les victimes de la circulation routière, qui font de lui un véritable « éboueur » naturel des paysages.

Dans les zones d’élevage, la prédation sur les volailles existe, mais reste très marginale dans son alimentation globale et surtout corrélée à un défaut de protection (abris ouverts la nuit, grillages insuffisants, enclos non enterrés).
Les mythes et réalités autour du renard
Au-delà de sa réalité biologique, le renard est chargé d’un imaginaire puissant, nourri de fables, de récits de chasse et de peurs anciennes. Pour y voir clair, il est utile de confronter point par point les principaux mythes aux connaissances issues de la recherche.
Mythe contre réalité : panorama synthétique
| Le mythe | La réalité scientifique |
|---|---|
| « Le renard est un grand voleur de poules » | La volaille représente une part très faible du régime ; son alimentation est dominée par les micromammifères (jusqu’à 80 % de la biomasse ingérée en milieu rural). Des protections simples des poulaillers suffisent généralement à supprimer les attaques. |
| « Il propage la rage » | La France est officiellement indemne de rage vulpine depuis 2001, grâce aux campagnes de vaccination orale des renards. Le risque sanitaire lié à la rage n’est plus un argument valable pour justifier sa destruction. |
| « Il pullule si on le protège » | La population de renards s’autorégule en fonction des ressources et des territoires disponibles. Les campagnes de destruction créent des vides rapidement recolonisés, sans baisse durable des effectifs. |
| « Il est dangereux pour l’homme » | Le renard évite l’être humain. Les cas d’agression sont quasiment inexistants ; les quelques risques sanitaires (parasites) se gèrent par des mesures d’hygiène simples (lavage des mains, cuisson des aliments sauvages). |
| « Il détruit le petit gibier » | Les études long terme montrent que la qualité de l’habitat (agriculture intensive, disparition des haies, dérangement) pèse bien plus sur les populations de gibier que la prédation du renard. Là où les milieux sont restaurés, lièvres, perdrix ou tétras se portent mieux, même en présence de renards. |
Le mythe du voleur de poules
L’image du renard bondissant dans un poulailler est tenace. Pourtant, l’analyse fine de son régime alimentaire montre qu’il reste un prédateur avant tout tourné vers les proies sauvages. En Lorraine par exemple, les micromammifères représentent plus de 65 % de la biomasse consommée, contre environ 5 % pour les oiseaux, toutes espèces confondues.
Lorsque des dégâts apparaissent sur une basse-cour, il s’agit généralement d’un problème de protection : poules laissées en liberté jusqu’à la nuit, clôtures basses, grillages non enterrés. Les expérimentations menées dans des communes à forte densité de renards montrent qu’un simple abri nocturne fermé, associé à un grillage de 1,50 m de haut, aux mailles serrées et enterré sur 30–40 cm, suffit à empêcher durablement les intrusions.
Pour renforcer encore la sécurité du poulailler, il existe désormais des systèmes de portes à fermeture automatique particulièrement intéressants dans une optique de cohabitation apaisée avec le renard. Reliées à une cellule crépusculaire ou à une horloge programmable, ces trappes se ferment seules à la tombée de la nuit, sans nécessiter la présence du propriétaire au bon moment. Elles limitent ainsi les oublis, les retards de fermeture après une soirée chargée, ou les absences prolongées, qui sont souvent à l’origine des incursions de prédateurs.
Couplées à un grillage enterré et à une structure bien conçue, ces portes automatisées transforment un poulailler « vulnérable » en véritable refuge nocturne, permettant de laisser vivre renards et autres carnivores autour des habitations sans les considérer comme une menace permanente.
J’ai possédé des poules pendant une dizaine d’années lorsque j’habitais en campagne : je n’ai, grâce à ce système, JAMAIS eu de prédations de renards (le seul cas survenu fut l’œuvre d’un habile mustélidé, qui était parvenu à attraper une poule naine… sans arriver à lui faire franchir le grillage de clôture où elle était restée accrochée !)
Rage, échinococcose et maladie de Lyme : remettre les pendules à l’heure
La peur de la rage a longtemps justifié un acharnement anti-renard. Or, la vaccination orale massive des populations de renards a permis l’éradication de cette maladie en France métropolitaine au début des années 2000 ; le pays est officiellement déclaré indemne de rage vulpine depuis 2001.
Concernant l’échinococcose alvéolaire, une zoonose grave impliquant un ténia présent dans l’intestin du renard, les nuances sont importantes : le parasite circule en réalité entre renards et campagnols, ces derniers jouant un rôle clé comme hôtes intermédiaires. En prédatant massivement ces rongeurs, le renard contribue à limiter la densité de rongeurs infectés et donc, in fine, le risque pour l’humain. La logique de destruction massive, en déstructurant les populations de renards, peut au contraire favoriser des dynamiques de dispersion défavorables.

Même constat pour la maladie de Lyme : en limitant les populations de petits rongeurs, principaux porteurs de tiques, le renard agit comme une barrière naturelle, diminuant la probabilité de tiques infectées dans l’environnement. Là encore, son rôle est bien plus celui d’un allié sanitaire que d’une menace.
Le renard, ce mal aimé si mal traité
La contradiction est saisissante : un animal qui rend des services écologiques et économiques considérables est en même temps l’un des plus persécutés de notre faune.
Un statut ESOD qui autorise sa destruction toute l’année
En France, le renard est classé dans de nombreux départements comme ESOD (« Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts »). Concrètement, ce statut permet :
- le tir pendant toute la saison de chasse ;
- le piégeage et le déterrage, souvent toute l’année ;
- parfois des tirs de nuit sur autorisation préfectorale.
Dans certains départements comme le Doubs, ce sont près de 4 000 renards qui seraient tués chaque année, alors même que les dossiers administratifs justifiant ce classement mentionnent peu ou pas de dégâts chiffrés, mais plutôt des « risques » difficilement démontrés.
Piégeage et déterrage : une violence difficilement conciliable avec l’éthique
Les méthodes autorisées posent, au-delà de la question écologique, un problème éthique majeur.
- Les pièges à mâchoires (pièges « à palette ») provoquent fréquemment fractures, lacérations profondes, arrachements de tendons. Une étude citée dans les synthèses scientifiques montre que 45 % des renards capturés avec un modèle dit « amélioré » subissaient des blessures graves.
- Le temps passé dans le piège, parfois plusieurs heures, induit stress extrême, automutilation, hypothermie, voire mort avant même l’arrivée du piégeur.
- Le déterrage (ou vénerie sous terre) consiste à envoyer des chiens dans les terriers puis à creuser jusqu’aux animaux, parfois en pleine période de mise bas ; renardes et renardeaux sont alors tués dans ce qui est leur seul refuge.
L’argument de la « régulation » se heurte en outre à la réalité de la dynamique des populations : les expériences menées sur de vastes zones montrent qu’après des campagnes de destruction intensives, les indices d’abondance de renards reviennent très rapidement au même niveau que dans les zones témoins.
Une efficacité écologique illusoire
Deux mécanismes expliquent cette inefficacité :
- la dispersion massive des jeunes à l’automne, qui occupent immédiatement toute « place libre » laissée par la destruction d’adultes ;
- la plasticité sociale, qui permet aux populations de renards d’augmenter le nombre de jeunes produits lorsque la pression de mortalité augmente.
Au final, on cumule souffrance animale, dépenses publiques et privées, crispations sociales… pour un résultat nul sur les prétendus « problèmes » que l’on voulait résoudre, voire contre-productif sur le plan sanitaire.

Protégeons le renard !
Face à ce décalage entre science et pratiques, un mouvement de fond se structure partout en France pour sortir le renard des listes officielles de « nuisibles » et reconnaître enfin son rôle d’auxiliaire écologique. C’est avec le Collectif Goupillisime (qui a réalisé une exposition assez incroyable lors du Festival de Photographie Animalière et de Nature de Montier-en-Der 2025) que j’ai décidé d’agir et donc, de proposer mon aide modeste à cette bonne cause !
Des collectifs locaux aux campagnes nationales
Dans plusieurs régions, des collectifs associant naturalistes, agriculteurs, vétérinaires et citoyens se sont créés pour défendre le renard, à l’image des collectifs régionaux du Grand Est ou du Doubs. Ils produisent des argumentaires très complets, synthétisant les études scientifiques, les données agricoles et les enjeux sanitaires, afin d’alimenter les avis des commissions départementales chasse-faune sauvage et les consultations publiques.
Ces collectifs :
- analysent les projets d’arrêtés préfectoraux de classement ESOD ;
- proposent des contre-arguments étayés ;
- organisent conférences, expositions, sorties nature ;
- rappellent l’intérêt économique du renard pour l’agriculture (plusieurs milliers de campagnols consommés par an, pour un bénéfice estimé entre 1 000 et 2 000 € par renard et par an selon les contextes agricoles).
Parallèlement, des actions se structurent au niveau national pour demander une révision globale du statut du renard à l’échelle de la France, sur la base des connaissances actualisées.
- Le Collectif Doubs : https://www.renard-doubs.fr/
- Le Collectif Grand Est : https://www.renard-roux.fr/
Une pétition à l’Assemblée nationale
Dans ce contexte, une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale demande explicitement la sortie du renard des listes ESOD et l’arrêt des méthodes les plus cruelles comme le déterrage.
Signer, c’est :
- soutenir une gestion de la faune fondée sur la science ;
- refuser la cruauté inutile ;
- reconnaître le renard comme allié de l’agriculture et de la santé publique.
Des solutions concrètes de cohabitation
Protéger le renard, ce n’est pas ignorer les inquiétudes des éleveurs ou des particuliers. C’est proposer des solutions non létales, simples et efficaces :
- sécuriser les poulaillers (abri fermé la nuit, grillage enterré, clôture électrifiée si besoin) ;
- fermer les étables et bergeries la nuit, surtout en période de mise bas ;
- gérer les déchets de cuisine pour ne pas attirer exagérément les animaux en bordure d’habitations ;
- favoriser les haies, bosquets et perchoirs pour encourager l’ensemble des prédateurs naturels de rongeurs (rapaces, mustélidés, chats forestiers…).
La cohabitation devient alors une réalité apaisée, et non plus un champ de bataille.
Les ressources pédagogiques à propos du renard
Changer le statut du renard passe aussi par un travail patient de pédagogie. Images, chiffres, récits et témoignages sont autant de matériaux pour déconstruire les idées reçues et faire émerger un autre récit.
Ces visuels et médias peuvent être librement intégrés dans des articles de blog, des expositions, des brochures non commerciales ou des supports pédagogiques scolaires, à la condition de signer et partager le lien vers la pétition (disponible ici)

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Infographie verticale HD [ Télécharger ]
Vous pouvez également librement diffuser et partager l’une des vidéos YouTube basées sur cet article (spécialement pensée pour les scolaires) ; la première sous forme de film animé « façon Disney » (~4mn50) :
Et la seconde sous forme d’infographie animée (~6mn40) :
Questions et réponses à propos du renard
Conclusion : faire la paix avec le renard
Revenir à la question initiale – le renard, nuisible ou utile ? – implique d’accepter que les catégories administratives ne reflètent pas toujours la réalité écologique. La science est claire : le renard est un régulateur majeur des populations de campagnols, un allié objectif de l’agriculture, un acteur de la limitation de certaines zoonoses, et un remarquable recycleur de charognes.
Le statut d’« Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts », la violence du piégeage et du déterrage, l’acharnement de certaines pratiques cynégétiques apparaissent, à la lumière de ces données, comme un anachronisme coûteux, cruel et inefficace. Continuer dans cette voie, c’est refuser de voir l’animal tel qu’il est, et prolonger des peurs héritées d’une époque où la rage faisait encore des ravages.
Pour le photographe de nature, le renard n’est pas seulement un sujet rêvé de photographie animalière ; il est aussi le symbole d’un tournant éthique et culturel. Le regarder à travers un objectif, c’est déjà commencer à le voir autrement : non plus comme un adversaire, mais comme un voisin sauvage qui a sa place dans nos paysages.
À chacun, désormais, de prendre part à ce changement de regard : en s’informant, en partageant les ressources pédagogiques, en dialoguant avec les acteurs locaux… et, pour ceux qui le souhaitent, en soutenant les démarches législatives et citoyennes – dont la pétition nationale – visant à lui rendre le statut qu’il mérite !





