Photoshop : Comprendre le masque flou (Accentuation, Part II)

Ou comment mieux comprendre le filtre d’Accentuation de Photoshop (plus communément appelé « Masque flou » dans le jargon) pour mieux l’utiliser. En bonus, une 4ème méthode d’accentuation… ne faisant pas appel à ce fameux filtre !

Le filtre « Accentuation… » de Photoshop est pour beaucoup de photographes numériques un outil incontournable. En effet, il est la base de quasiment toutes les méthodes d’accentuation de la netteté visuelle et offre, bien utilisé, des performances souvent assez intéressantes.

Néanmoins, il est utile de bien assimiler son fonctionnement et de comprendre comment il fonctionne, de manière à mieux l’utiliser ensuite : c’est le but de cet article ! En bonus, je vous livre une méthode d’accentuation qui justement, n’est pas basée sur ce fameux filtre (mais qui, vous le verrez, utilise finalement le même principe : l’augmentation de l’acutance !!!)

À CONSULTER ÉGALEMENT : Pour en savoir plus sur la retouche photo

Ce second article sur les techniques d’accentuation avec Photoshop aborde l’aspect théorique du filtre d’accentuation, de manière à bien comprendre son fonctionnement, pour mieux l’utiliser ensuite. Je présenterai ensuite une technique d’accentuation relativement connue ne faisant pas appel à ce filtre mais utilisant finalement le même principe !

Théorie : le principe du Masque flou (ou « Accentuation »)

Le filtre d’accentuation de Photoshop (appelé « Unsharp mask » dans les versions anglophones, soit littéralement « masque flou ») est bien connu des photographes utilisant les techniques numériques. Contre toute croyance, cet outil ne permet pas d’améliorer la netteté en augmentant la finesse des détails (car il n’est tout simplement pas possible de créer des détails qui n’existent pas dans l’image !), mais par l’augmentation de l’acutance.

L’acutance caractérise le contraste local et les transitions entre deux couleurs adjacentes. En d’autres termes plus généraux, elle agit sur le contraste entre les couleurs (plus les séparations entre les plages de couleurs sont marquées, plus l’impression de netteté visuelle sera élevée). Dans la pratique, cela signifie que pour augmenter l’impression de netteté entre deux zones de couleurs différentes, il faut « simplement » amincir la zone de transition (très schématiquement !)

Acutance

L’algorithme utilisé pour cela consiste (grosso modo) à éclaircir les pixels proches de la zone claire uniforme, et à obscurcir ceux proches de la zone foncée uniforme, de manière à faire diminuer le nombre de pixels moyennement clairs ou moyennement foncés (très schématiquement !). Pour définir quels sont ces pixels, on utilise un procédé traditionnel d’imprimerie combinant un négatif flou avec un positif original. La disparité des bords flous et des bords nets intensifie de ce fait le contraste local, faisant apparaître l’image plus nette.

C’est pour cette raison que le filtre est appelé « masque flou » : en interne, l’image est dupliquée et atténuée par un flou gaussien. Chaque pixel est ensuite comparé (au niveau de sa luminosité) à son homologue dans la version « floue » : plus la différence augmente, plus on est proche d’une zone de transition (nb : le filtre est en réalité un peu plus complexe que cela, mais c’est en gros son mode de fonctionnement !) ; ne reste plus qu’à définir de combien on doit augmenter la luminosité des pixels répondant à un certain écart de luminosité par rapport à leur homologue « flou » !

On comprends maintenant l’intérêt de disposer des 3 paramètres qui sont :

  • le gain (pour décider de combien on va augmenter la luminosité de nos pixels : il contrôle de fait l’intensité de l’accentuation, mais pas l’effet en lui-même puisqu’il ne règle que le contraste appliqué à la ligne de séparation)
  • le rayon (qui va permettre, comme dans le filtre de flou gaussien, de déterminer l’intensité du flou utilisé : c’est la commande principale du filtre d’accentuation, puisqu’il va définir en largeur, le nombre de pixels de l’étendue de part et d’autre de la ligne de séparation)
  • le seuil (pour définir la limite à partir de laquelle les écarts de luminosité seront pris en compte ou non : il définit les différences qui doivent exister entre deux couleurs pour qu’elles soient accentuées)
La fenêtre d'accentuation sous Photoshop

Ce qu’il faut savoir sur le rayon

Le rayon est la valeur la plus importante du filtre d’accentuation. C’est lui qui définit la manière dont Photoshop va assombrir le côté obscur et éclaircir le côté clair de la zone de séparation (ceci via un liseré plus ou moins visible, qui se transforme très vite en halo lumineux si la valeur est trop élevée !)

Exemple d'accentuation avec un rayon de 3 (à droite)
Exemple d’accentuation avec un rayon de 3 (à droite) : on distingue aisément les halos lumineux de chaque côté de la zone de séparation

Habituellement on utilise des valeurs comprises entre 0.2 et 1.2 pixels (pour les images à destination du web, entre 0.2 et 0.6 me concernant). La valeur idéale se situe en fait juste avant l’apparition « visuelle » de ce halo disgrâcieux, il n’y a donc pas de règles prédéfinies fonctionnant avec toutes les images.

Pour limiter ces halos, une astuce consiste à appliquer l’accentuation sur la couche Luminance de l’image, préalablement passée en mode Lab (voir le premier article sur les techniques d’accentuation)

Petite astuce : on peut utiliser de manière dérivée un rayon très élevé pour remonter le contraste global d’une image ! Des valeurs intéressantes (pour une image à destination du web) sont gain = 15%, rayon = 50, seuil = 2 (à coupler avec une accentuation « normale » pour les détails !)

Ce qu’il faut savoir sur le seuil

Plus la valeur de seuil est élevée, plus l’accentuation est sélective et ne s’applique qu’aux parties très différentes. Généralement on utilise un seuil à zéro, mais il est être intéressant d’utiliser de petites valeurs (entre 2 et 6) lors du rééchantillonnage d’une image (redimensionnement pour le web par exemple) de manière à limiter le bruit, et même l’atténuer dans les applats (puisque les valeurs dans les applats sont très proches avec celles du flou généré en interne par le filtre !)

J’utilise cela notamment pour la préparation de mes images pour le web, sur lesquelles j’applique un redimensionnement en 3 passes généralement, avec une légère accentuation à chaque fois (plutôt qu’une seule plus violente à la fin). On gagne en finesse d’accentuation et cela permet de gommer les éventuels artéfacts et le bruit chromatique !

Exemple d'application d'un redimensionnement en plusieurs passes
Exemple d’application d’un redimensionnement en plusieurs passes (on voit bien les différences de bruit chromatique dans la
zone en haut à gauche, à l’arrière-plan, ainsi que sur la tête de la chevrette) – PS : mon premier chevreuil !!!

Une autre technique : le filtre Passe-haut

Après ce petit exposé sur le fonctionnement du filtre Accentuation dans Photoshop, je pensais utile de vous montrer une technique différente… n’utilisant pas ce filtre (que j’ai jusqu’alors toujours utilisé dans mes techniques pour améliorer le piqué visuelle de mes images !)

Cette technique s’appuie sur un filtre assez connu, appelé Passe-haut. Il va permettre en fait d’augmenter le contraste local des zones de séparation… un peu comme le masque flou mais de manière différente ! Démonstration :

Etape 1 : Dupliquer le calque de fond

Etape 1 : dupliquer le calque de fond

Etape 2 : appliquer le filtre Passe-Haut sur la copie du calque (menu « Filtre / Divers / Passe-haut ») avec une valeur de rayon comprise entre 0.2 et 0.8 pour le format web, et jusqu’à 3 sinon)

Appliquer le filtre passe-haut

Etape 3 : Passer le mode de fusion du calque de « Normal » à « Incrustation » On voit déjà la différence sur l’image !

Changement du mode de fusion

Arrivé là, on peut déjà constater une nette amélioration de l’image de base. On pourrait s’arrêter là mais nous allons améliorer encore un peu le rendu.

Etape 4 : Ajouter un calque de réglage « Niveaux… »

Ajout d'un calque de réglage de niveaux

Etape 5 : régler les niveaux avec les valeurs suivantes (cf screenshot)

Réglage des niveaux
Niveaux d’entrée : 80 – 1,00 – 175

Etape 6 : Associer ce calque de réglage au calque précédent (clic droite sur le calque, puis « Créer un masque d’écrêtage » )

Association du calque de niveau au calque précédent

Etape finale : peaufiner en réglant l’opacité du calque de réglage

Ajustement de l'opacité pour régler l'intensité de l'accentuation

L’intensité de l’accentuation peut être un peu trop élevée, il convient de rester raisonnable !

Résultat (comparaison avec accentuation sur luminance en mode Lab)

Comparaison entre méthode du filtre passe-haut et masque flou en mode Lab

Je préfère personnellement la douceur d’une accentuation « normale » en mode Lab… question de goût !

Conclusion sur le masque flou

Désormais vous savez tout (ou presque !) sur l’Accentuation basée sur le masque flou ! Avec en prime une nouvelle technique venant s’ajouter aux 3 méthodes présentées dans le premier article sur le sujet.

Je reste preneur pour toute autre méthode, ma préférée restant finalement la classique accentuation sur la couche Luminance en mode Lab !

1 réflexion sur “Photoshop : Comprendre le masque flou (Accentuation, Part II)”

  1. Avatar de patrice
    patrice

    Bonsoir Cédric,
    J’ai plusieurs questions alors je vais essayer d’être organisé !
    1. Sur DPP lorsuqe j’augmente la netteté dans l’onglet RAW, la différence se fait sentir mais lorsque je fais ensuite convertir en JPEG via le menu sur DPP, je constate après coup que "l’accentuation" (en fait la netteté) n’est plus perceptible, est-ce normal ?

    2. Pourquoi procéder à une accentuation sous photoshop en plusieurs passes ? Comment faut-il procéder ? Faut-il faire l’opération comme tu le décris par exemple en mode lab une fois et aplatir l’image et recommencer ou procéder autrement ?

    3. L’accentuation est-elle nécessaire uniquement pour une publication sur le web ou est-elle aussi "indispensable" pour un tirage papier (par exemple avec photoweb) ?

    4. Je sais qu’une photo convertie en jpeg et retravaillée plusieurs fois sous ce même format perd en informations. Pour dérawtiser mes photos j’utilise DPP mais est-ce la meilleure solution ?
    En fait je dérawtise mes photos sous dpp en les convertissant en jpeg par le menu idoine et ensuite je travaille sous photoshop avec cette photo convertie. Une fois mes modifications effectuées sous photoshop j’enregistre une nouvelle fois ma photo en JPEG (je présume que je perds au final pas mal d’informations !)
    Si je cliques sur envoyer sur photoshop dans DPP, l’image est convertie en TIFF mais ensuite, je ne peux pas la transformer en JPEG sous photoshop !?
    Désolé pour toutes ces questions Cédric, j’espère que cela ne va pas trop te désespérer !!! Merci d’avance.

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