Camouflage : La ghillie suit, test de terrain

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Cela faisait des mois que je « fantasmais » sur les tenues camo 3D utilisées par certaines forces spéciales, et plus particulièrement sur la ghillie suit.

Si elle s’avère à priori fort efficace envers les humains en déguisant son porteur en arbuste vivant, qu’en était-il face à la faune sauvage ? Pour le savoir, je m’en suis acheté une et j’ai essayé 😉

À CONSULTER ÉGALEMENT : Pour en savoir plus sur le camouflage et les techniques d’approche

Le camouflage 3D

Avant toute chose, il convient de rappeler ce qu’est le camouflage 3D : comme son nom l’indique, il s’agit ni plus ni moins d’utiliser des tissus et matières textiles ou assimilées, de manière à reproduire de la « matière », de l’épaisseur et du mouvement aux vêtements.

Il en existe différentes formes, les plus simples étant constituées de simples encoches faites dans le tissu (alors en double-épaisseur), simulant le rendu d’un feuillage. Leur efficacité est honorable mais l’effet 3D très limité et ne permet donc pas leur utilisation dans n’importe quel milieu. Les plus extrêmes (appelés « sneaky leaf ») reproduisent quasi à la perfection feuilles et branchages, transformant leur porteur en véritable reconstitution vivante de l’arbuste dont les feuilles sont imitées !

Veste avec camouflage 3D
Exemple de veste avec un camouflage 3D (ici avec des imitations de feuilles synthétiques)

De ce fait, ces tenues à l’efficacité éprouvée (les feuilles artificielles sont silencieuses), ne sont pas adaptables aisément à tous les milieux.

Il existe entre ces deux formes, une version intermédiaire au niveau du réalisme et basée sur la longueur des éléments physiques constituant le « 3D » : ce que l’on appelle les ghillie suits.

Qu’est-ce qu’une ghillie suit ?

Les ghillies reproduisent non pas un détail particulier de végétation, mais les formes globales, les couleurs et surtout les mouvements (sensibilité au vent par exemple) des végétaux rencontrés le plus généralement dans la nature, avec de longs morceaux de bandelettes ou de fils plus ou moins épais pendant partout autour du porteur de la tenue.

Ghillie Suit
Ghillie Suit intégrale
Info

Le terme Ghillie vient de la langue gaélique écossaise et fait référence au terme anglais brownie qui est un petit être comparable aux lutins, et qui a la faculté de se changer en feuille ou en plante pour se cacher.

Le camouflage dit 3D est donc à opposer au camouflage classique, qui se contente de reproduire les motifs par impression sur les tissus utilisés dans leur conception. Si le camouflage classique permet de casser efficacement les formes en reproduisant des formes déstructurées se confondant dans l’environnement, il ne permet pas de reproduire le mouvement ni les ombres de la végétation, et c’est ce qui fait la différence.

Quels sont les avantages du camo 3D par rapport au camouflage classique « 2D » ?

  • Reproduit le mouvement de la végétation lorsqu’on bouge, ou en cas de brise
  • Casse très bien la forme humaine notamment grâce aux ombres générées par la lumière
  • S’adapte très bien aux différents milieux, grâce aux ombres justement
  • Utilisable en milieux ouverts (sur les animaux)
  • Très discret (vis-à-vis des humains)

Mais il n’est pas exempt d’inconvénients :

  • Difficile à porter, car lourde et encombrante
  • Peut rendre pénible la manipulation du matériel photo
  • Désagréable sous la pluie
  • Sensible à l’accrochage (à oublier pour l’approche en sous-bois !!!)
  • Coût (les meilleures peuvent coûter très cher, plus de 200 €)

Comment est faite une ghillie suit ?

La ghillie suit est en fait composée d’une sorte d’habit en filet à large maille, affublé de longues bandelettes de tissus ou de fils de couleurs variées et naturelles, et devant reproduire les nuances observées dans la nature.

Veste et pantalon de ghillie suit
Modèle de Ghillie Suit avec fils et fausses feuilles

Il est possible de se confectionner soi-même un tel camouflage, mais au prix d’un temps passé considérable (je le sais pour avoir essayé de me fabriquer un mini-filet pour mon matériel, voir 2 paragraphes plus loin !!!)

On trouve différentes sortes de ghillie suit : sous forme de bandelettes de tissus, de reproductions de végétation artificielle, de fils plus ou moins fins. C’est cette dernière forme que je désirais acquérir car à mon avis, la plus efficace au niveau visuel et s’accommodant le plus facilement à divers milieux.

La tenue se décompose généralement en 3 parties :

  • le gilet (avec fermeture éclair sur le devant… pas bien pratique à attacher avec tout ce qui « pend » devant !!!)
  • la capuche, parfois désolidarisée du gilet (ce qui n’est pas le cas sur la photo précédente)
  • le pantalon (avec cordon de serrage à la taille)

Au niveau pratique, il conviendra d’utiliser « sous » la ghillie, une tenue légère de couleur neutre ou camo (le tout étant d’éviter les tenues contrastées), et de complémenter le tout par une paire de gants pour masquer les mains du photographe, et éventuellement d’une cagoule idéalement en filet pour achever de camoufler le visage tout en conservant une « respirabilité » confortable.

Astuce

Dans les milieux herbeux (prairies non fauchées par exemple) où l’on évoluera le plus souvent accroupi, on peut se passer du pantalon, ce qui permet des déplacements bien plus aisés et peut le cas échéant autoriser des passages dans des milieux un peu « épineux », en faisant attention.

On pourra aussi l’utiliser de cette manière, assis à terre, en affût de courte durée 😉

Sur le terrain…

L’objet de ce test : les essais sur le terrain ! Je vais donc procéder par ordre, avec tout d’abord l’utilisation pratique de la chose, mes sentiments sur le camouflage apporté, quelques photographies « en situation » et enfin, mes sentiments sur l’approche des animaux avec la tenue (pas eu énormément de tests réels étant donné la fréquence de mes sorties, même si je m’y remets très sérieusement désormais, mais ça donnera une idée de son potentiel !)

Ghillie suit, ajustement de la tenue

En pratique

Je dois avouer avoir été charmé par l’utilisation de ce type de camouflage : outre l’efficacité réelle qu’il apporte (voir plus bas), son utilisation n’est pas aussi compliquée que ce que j’aurais pensé au départ, même s’il est un peu fastidieux d’enfiler la tenue (on se prend assez vite dans les « fils » !) et que les risques d’accrochage sur le terrain sont réels si l’on passe en milieu boisé.

Par ailleurs, ayant les cheveux très courts (tondeuse sabot de 2mm tous les 10/12 jours), il m’a été au départ assez difficile de supporter les « cheveux dans les yeux », ces fils qui vous pendent devant le visage ! L’astuce est de légèrement tourner la capuche de manière à avoir votre oeil directeur parfaitement à jour (la présence des fils pendouillants ne gêne réellement qu’à la visée, concernant la vision naturelle on s’y accommode vite même si l’on perd inévitablement de manière sensible au niveau du champs de vision pratique).

Bien dégager l'oeil directeur quand on utilise une ghillie suit

Sans le pantalon (qui demeure pratique à l’affût, mais beaucoup moins à l’approche), j’ai même pu ramper sans trop de soucis, devant toutefois écarter un peu les coudes pour éviter de m’appuyer sur les fils, mais ça se fait très bien !

Le seul petit point de détail au niveau mécanique réside dans les petits risques d’accrochage avec son matériel (systèmes de verrouillage de trépied ou monopode notamment) et au niveau des manipulations de son boîtier, quand on n’a pas trop l’habitude (les fils peuvent venir perturber les manipulations manuelles). Accessoirement, la tenue est relativement lourde (3 kg environ), élément à ne pas négliger.

En terme de discrétion : la tenue est parfaitement silencieuse et inodore (la mienne en tout cas) ! Les fils étant constitués de matière synthétique imputrescible et le filet constituant la combinaison étant en nylon ou assimilé, ils ne sont pas sensibles à l’humidité.

Par temps très chaud, je ne cache pas qu’au terme de deux heures en plein soleil, on attend vivement le moment où l’on pourra se débarrasser de son accoutrement, mais cela reste supportable, en tout cas bien plus (puisque c’est aéré) que les tenues « imperméables » que l’on trouve parfois dans le commerce !

Par temps froid l’isolation est réelle mais reste relative, il faudra prévoir en-dessous une tenue à base de polaire pas trop épais et coupe-vent, éventuellement.

En sous-bois derrière des feuillages : il est bien difficile de me voir quand on ne me "cherche" pas !

Enfin, comme je l’écrivais plus haut, pour l’approche, ou dans les milieux herbeux (prés non fauchés, etc…) l’utilisation du pantalon est facultative, ce qui rend la tenue beaucoup plus pratique à porter et toujours aussi efficace puisque les jambes demeurent camouflées de manière naturelle.

Efficacité sur les animaux

Je n’ai pu très longuement tester ma tenue, faute de temps à consacrer aux sorties de terrain « adaptées » à son utilisation. Mais les quelques expériences que j’ai eu m’ont convaincu de son intérêt (passé l’aspect ludique de porter un tel accoutrement et de voir parfois passer des promeneurs à quelques mètres sans se faire repérer !!!)

Sur les grands mammifères (testé sur chevreuil) : la vision n’étant pas leur point fort, ils axent la reconnaissance de leurs prédateurs sur les formes et les contrastes (concernant l’homme : stature debout, membres inférieurs en « V » inversé, face claire avec les deux yeux positionnés à l’avant comme la majorité des prédateurs). Inutile de préciser que la ghillie suit offre un camouflage parfaitement adapté pour leur approche !!! J’ai ainsi par 3 fois pu faire des approches « conséquentes » (milieu herbeux donc sans le pantalon ; distance d’approche > 250m et au final une distance de moins de 20 mètres… uniquement trahi par le bruit de mes pas et de l’obturateur !). Par temps venteux, les mouvements des fils couplés aux ombres générées par la structure en relief de la tenue, procurent un aspect totalement végétal au porteur de ghillie suit.

Sur les petits mammifères (testé sur lièvres et lapins) : efficacité totale… tout en sachant qu’une simple tenue camo permet déjà de faire des photos de manière relativement aisée (couché au sol notamment) ! Aucune difficulté donc à se poster et attendre nos lagomorphes préférés : ça marche !

Sur les prédateurs (testé sur chat divagants – à défaut de chat sauvage – et renard) : cas beaucoup plus difficile car les chats sont dotés d’une vision sensiblement plus performante que celle des ongulés, et pourtant ! Succès total, avec une approche certes dans des conditions extrêmement favorables, à moins de 10 mètres du félin. J’ai une autre fois entrepris une approche sur un renard, que je n’ai pu mener à terme faute d’avoir été dérangé par un promeneur qui passait « évidemment » au même moment (il ne m’a pas vu mais a fait fuir mon sujet). Le peu que j’avais pu entreprendre m’avait semblé toutefois corroborer mes impressions initiales.

Enfin, sur les oiseaux (testé à l’affût – sans filet – sur des pie-grièche écorcheur) : efficacité excellente, si tant est qu’il ne faille pas ou très peu bouger ! Il faut toutefois veiller à bien s’intégrer « dans » le décor (par exemple entre deux arbustes bien touffus) car les oiseaux, en tout cas les pie-grièche, sont relativement sensibles à la présence d’éléments imposants nouveaux (ils ne sont par contre pas du tout sensibles à un appareil sur trépied disposé en plein milieu de leur territoire, puisqu’ils viennent se poser à 20 cm de ce dernier !). Je n’ai pas encore eu l’occasion de tester sur des oiseaux plus sensibles, comme des rapaces ou des hérons, mais je pense que je tenterai le coup (si j’arrive à rester immobile assez longtemps !)

De plus près : bien difficile de ne pas me confondre avec une souche, le camouflage est parfait !

Accessoirement, vous l’aurez compris, avec l’homme l’efficacité est totale dès lors que l’environnement demeure dans les mêmes teintes.

Camoufler son matériel

Un dernier aspect dans l’utilisation d’une ghillie suit, est le fait que son matériel, même affublé d’un joli filet camo, fait très vite « tâche » par rapport à soi !!! J’ai donc décidé d’offrir à mon couple boîtier+500mm un mini-shaggie (un shaggie étant à la ghillie suit, ce que le poncho est à l’uniforme) de confection « maison ».

Pour cela, j’ai donc utilisé un petit filet camo de chez Arcadis-TOE à larges mailles, et du fil à broderie pour reproduire les fils pendants. Mais très vite ça a été la déconvenue : le nombre de bobines de fils à utiliser était considérable et la difficulté à les attacher non moins importante !!! Je me suis donc rabattu sur une solution alternative, consistant à fixer avec mes fils (regroupés par couleurs) des bouts de filets camo découpés à l’arrache pour produire du relief autour de mon matériel 😉

Ne s’agissant pas d’art, je me suis contenté de découper grossièrement mon filet, de réaliser les encoches pour passer les groupes de fils (car les mailles ne sont jamais assez grosses et je n’avais rien d’autre que mes doigts pour les passer aisément à l’intérieur) et d’assembler des bandelettes de filet prédécoupées en languettes de différentes longueurs, à l’envers par rapport au sens d’utilisation du filet de manière à ce qu’une fois en place, elles pendent de part et d’autre du matériel avec un peu de relief.

On trouve désormais sur le net des petits filets présentant le même camouflage que la ghillie suit : c’est une solution, mais cela apporte un coût supplémentaire. Au solution : utiliser de fausses plantes tombantes fixées par-dessus votre téléobjectif ! Une solution économique et qui permet de changer de modèle au gré des saison !

Astuce

Quand je suis certain de ne pas mettre le pantalon, je l’utilise enroulé autour de mon téléobjectif : pas très pratique quand on doit triturer les boutons de l’objectif, mais quelle efficacité !

Conclusion

Un achat osé puisqu’il n’y avait aucune possibilité de l’essayer avant acquisition quand j’ai réalisé le test (ce n’est plus le cas aujourd’hui), mais je ne regrette en rien mon geste : le camouflage obtenu est « extrême », réaliste, efficace, silencieux.

Qui plus est, il s’adapte naturellement aux différents milieu, du fait que les ombres générées par le relief donnent un aspect plus ou moins « sombre » à la tenue selon que l’on est à découvert, en lisière ou à couvert : génial !

Malgré les petits défauts (encombrement, accrochages, liberté de mouvement un peu amoindrie…) ce type de tenue, très en vogue chez les chasseurs à l’arc et les amateurs d’airsoft et de paintball, et déjà très usitée aux USA, est désormais facilement accessible en ligne, au plus grand bonheur des photographes naturalistes. Il faudra juste veiller à trouver des modèles assez fournis en densité de fils.

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