Nikon avait été précurseur dans le monde des optiques macro stabilisées. Sigma et Canon ont (enfin) suivi le mouvement en 2011, avec l’annonce de plusieurs modèles respectifs, dont le Sigma 150/2.8 DG EX OS HSM Macro, que j’ai eu l’occasion de pouvoir longuement tester ! Petit retour sur cette optique unique sur le marché…
Premier contact : un clone du Sigma 150/2.8 !
À CONSULTER ÉGALEMENT : Pour en savoir plus sur le matériel…
Le nouveau Sigma 150/2.8 DG EX OS HSM Macro s’avère être une copie « presque » conforme de son illustre prédécesseur dépourvu de stabilisation. Les plus observateurs noteront cependant une très légère augmentation de la longueur (d’une grosse dizaine de millimètres) et plus particulièrement du poids, qui prend 25% de sa valeur initiale grâce au système de stabilisation optique (j’écris « grâce » car une optique plus lourde est généralement gage de plus de stabilité, ce qui peut être souvent appréciable en macro de terrain quand on opère à main levée !)

Sigma 150/2.8 OS Macro versus Sigma 150/2.8 Macro
On retrouve le collier de pied (identique au premier) et le filetage de 72mm pour filtres, le système de mise au point interne – l’optique ne s’allonge pas quand on fait la mise au point – et la motorisation HSM, ici de dernière génération, légèrement plus silencieuse et un soupçon plus véloce. La finition EX est cependant différente, Sigma ayant abandonné le fragile « granité » des anciens modèles haut de gamme de la marque pour une matière plus lisse et visiblement (beaucoup) moins sujette à l’érosion !
Nouveauté : le pare-soleil s’accompagne d’une « rallonge » dont je n’ai personnellement pas trouvé l’intérêt, en tout cas en usage macro, dans la mesure où lorsque l’on positionne ce tube plus le pare-soleil normal, la distance de travail en macrophotographie rapprochée se réduit comme peau de chagrin, annihilant tout l’intérêt de posséder une « longue » focale macro.


[message type= »info »]Sigma préconise cette « rallonge » dans le cadre d’un usage avec un boîtier à capteur APS-C (à priori en maintenant un cadrage équivalant à celui d’un 24×36 avec le pare-soleil normal, ce qui enlève un peu de l’intérêt de disposer d’une optique longue qui plus est avec un boîtier à petit capteur !)[/message]
Enfin, l’optique est livrée avec une housse semi-rigide, à l’habitude de Sigma désormais sur ses optiques professionnelles. Un packaging intéressant pour une optique tout de même pas donnée, puisque le prix grimpe de 30% par rapport à l’ancienne version non stabilisée !

Un objectif « toutes options » par défaut !
Ergonomie, construction

Doté de la finition EX nouvelle version, le Sigma 150mm f/2.8 macro DG EX OS HSM IF Macro (de son petit nom complet !) offre une impression de solidité et de haut de gamme, avec un assemblage mécanique aux petits oignons, plus soigné que sur l’ancienne mouture.
Sigma a abandonné la finition granitée, assez fragile dans le temps, pour un revêtement noir légèrement brillant du plus bel effet, déjà rencontré sur le Sigma 120-300/2.8 OS. Ceci n’empêchera pas de devoir le couvrir de gaffer (scotch de protection) car en pratique, il est rare qu’une optique de photographe de nature ne subisse pas les assauts du temps passé sur un terrain pas toujours sympa avec le matériel !
Le sélecteur de course (à trois positions presqu’ identiques à la version non stabilisée : 0.38m-0.53m, 0.53m-∞ et 0.38m-∞) positionné à gauche est complété par le sélecteur de stabilisation (avec 2 positions dont une dédiée aux filés).
Le collier de pied est identique à l’ancienne version, et de ce fait possède le même défaut : le support du collier de pied, trop proche de l’optique, gêne l’utilisation à main levée, sans offrir le côté pratique auquel on s’attendrait lorsque l’on range l’objectif dans un sac (le pied est aussi imposant que la vis destinée à serrer le collier, disposée à 90° sur le côté !)
Le pare-soleil est assez efficace, bien que de manière générale, il soit rare que je l’utilise (il « enlève » quelques précieux centimètres à la distance minimale de travail, fort appréciable lorsque l’on approche les insectes craintifs !). Du coup, j’avoue n’avoir jamais essayé sur le terrain l’extension de ce pare-soleil, que je juge personnellement beaucoup trop encombrante !
Pris en main, l’ensemble est bien équilibré, que ce soit sur un boîtier amateur ou expert ou sur un boîtier pro (avec poignée). La bague de mise au point est relativement dure mais tourne avec progressivité, sans à-coups. La visée est lumineuse grâce à l’ouverture généreuse de l’optique, mais perd de sa superbe (comme n’importe quel objectif macro) quand on monte dans les rapports de grandissement… Et c’est là que la stabilisation apporte le confort qu’il manquait (c’est aussi pour cette raison que je préfère les stabilisateurs intégrés aux optiques plutôt qu’aux boîtiers, car la visée en profite !)

Monté sur le Canon EOS 5D mark II : un ensemble équilibré et cohérent
En main, le 150/2.8 est plutôt agréable car d’une taille modérée mais suffisante pour l’utiliser facilement en appui. Un objectif trop court ne facilite pas ce genre de pratique, que j’affectionne particulièrement en macrophotographie. La mise au point interne permet de ne pas être dérangé par la longueur du fût, qui reste la même quel que soit le rapport de grandissement : un excellent point !
Le Sigma 150/2.8 OS Macro à l’usage
Au-delà des performances pures (que j’aborderai brièvement dans le chapitre suivant), ce sont bel et bien les prédispositions « terrain » qui m’intéressaient le plus dans le Sigma 150 macro stabilisé. Utilisateur du 150/2.8 non stabilisé depuis sa sortie (novembre 2004 !) je bénéficiais d’une bonne expérience et j’ai donc pu me concentrer sur l’attrait de la stabilisation et de ce qu’elle apporte concrètement à l’usage !

Araignée au petit matin
EOS 5D mark II + Sigma 150/2.8 OS Macro (à main levée)
f/5.6, 1/100ème, 400 ISO
En utilisation sur appui
Les deux principaux ennemis du macrophotographe sont le vent et la stabilité. Si le premier est difficile à combattre (sauf à se trimbaler des paravents sur le terrain !), le second passe généralement par l’utilisation tantôt de trépied, tantôt d’accessoires divers et variés offrant au final cette stabilité tant recherchée : bean bag, monopode, sac photo, pince de bricolage (à ce propos, vous pouvez relire mon article sur les astuces en macrophotographie 😉 )
Du coup, l’intérêt d’une stabilisation optique semble limité : à l’usage en appui, il s’avère que le Sigma 150/2.8 OS est scrupuleusement identique à son grand frère non stabilisé ! Pire, la stabilisation, lorsque l’optique est parfaitement figée, engendre un mouvement de l’image dans le viseur franchement dérangeante.


EOS 5D mark II+ Sigma 150/2.8 OS Macro
f/4.0, 1/400ème, 400 ISO
Lors de mes tests, j’ai donc parfois désactivé la stabilisation lorsque j’étais sur trépied ou bean bag.
En utilisation à main levée
Bien évidemment, c’est à main levée ou en situation d’instabilité que le Sigma 150/2.8 OS prend tout son intérêt. On retrouve le confort d’usage de n’importe quelle optique stabilisée, avec une image parfaitement figée durant la visée et un taux de flous de bouger angulaire réduit à néant (ou presque !) : shooter des papillons au 1/50ème de seconde au 150mm macro à main levée n’est plus une utopie !
Argus à main levée
EOS 7D + Sigma 150/2.8 OS Macro,
f/5.0, 1/50ème, 400 ISO
Bien évidemment, le gain en stabilisation est moins évident en macrophotographie qu’en photographie « normale », le grossissement obtenu amplifiant dans des proportions énormes tout mouvement de l’appareil. Mais le gain de 4 vitesses annoncé est bien présent à l’usage, même si en macro rapprochée, cet avantage devient tout de suite moins évident 🙂 (sans avoir fait de mesures, je pense que le gain est inversement proportionnel au grossissement, pour aboutir à quelque chose de l’ordre de une à deux vitesses au rapport 1:1…)

EOS 7D + Sigma 150/2.8 OS Macro (à main levée)
f/4.5, 1/40ème, 800 ISO
Subsiste cependant un problème, et non des moindres : la stabilisation proposée par Sigma ne corrige qu’une partie des bougers ! En effet, si lorsque l’on réalise des clichés avec un 70-200mm sur un sujet placé à 3 mètres, la profondeur de champs autorise de la part du photographe d’infimes déplacements dans l’axe de visée (avant/arrière), sans conséquence visible sur l’image finale.
En macrophotographie, il n’en est rien : la profondeur de champs étant souvent réduite à sa plus simple expression, le moindre mouvement avant/arrière se traduit par un défaut de mise au point ! Et ça, le stabilisateur du 150/2.8 OS ne sait pas le corriger 🙁
Reste que la stabilisation procure un réel confort de visée, et rien que pour cela la présence du stabilisateur est déjà appréciable !
Performances optiques
Historiquement, les objectifs spécialisés « macrophotographie » offrent des performances optiques de (très) haut vol : le Sigma 150/2.8 OS ne déroge pas à cette règle, offrant dans la droite lignée de son grand frère non stabilisé, une qualité optique située dans le haut du panier.
Le Sigma 150/2.8 non stabilisé offrait déjà en son temps des prestations exceptionnelles (un soupçon en deçà du Canon 100/2.8 USM Macro, mais supérieures au Canon 180/3.5 L USM Macro) : la version stabilisée fait sinon autant, certainement un peu mieux, notamment en matière de micro-contraste, petite faiblesse de Sigma face aux deux constructeurs historiques sur ses (anciennes) optiques macro.
Les aberrations chromatiques sont négligeables si ce n’est non détectables, alors qu’elles étaient légèrement visibles dans certaines situations sur le 150/2.8 non OS. La distorsion est pour ainsi dire nulle (le contraire aurait été surprenant sur ce genre d’optique !)
Des aberrations optiques et chromatiques quasi indécelables
EOS 5D mark II + Sigma 150/2.8 OS Macro,
f/5.6, 1/160ème, 400 ISO
Le vignettage est visible à pleine ouverture, plus particulièrement sur boîtier fullframe (sur APS-C, il demeure visible mais est sensiblement réduit) ; il devient non gênant à partir de f/5.6, même si à l’usage, il ne sera jamais trop perceptible tant que l’on n’est pas sur fond de ciel. En la matière, on retrouve finalement un comportement très similaire aux petits téléobjectifs de focales équivalentes : rien d’anormal 😉
Le piqué, quant à lui, est… exceptionnel, comme l’était celui de son ancêtre : le (léger) gain en contraste induit par l’utilisation de trois lentilles SLD, contre deux pour son prédécesseur, dans la formule optique du nouveau 150/2.8 OS achève le travail, lui procurant une augmentation de l’impression de netteté, notamment dans les zones de micro-contrastes.


EOS 7D + Sigma 150/2.8 OS Macro,
f/5.0, 1/200ème, 400 ISO
Je vous renvoie sur les sites spécialisés pour les mesures labo 🙂
Rendu photographique
Aucune surprise si ce n’est d’excellentes prestations, de ce que l’on peut attendre d’un petit téléobjectif lumineux autorisant la proximité des sujets. Les flous sont parfaitement rendus par le diaphragme à 9 lamelles circulaires, au point qu’il est bien difficile de voir la différence, au niveau des halos dans le bokeh, entre une pleine ouverture et une image réalisée en fermant de deux crans (f/5.6) !

EOS 5D mark II + Sigma 150/2.8 OS Macro,
f/5.6, 1/60ème, 400 ISO
Les transitions flou/net sont douces, le micro-contraste élevé et l’absence d’aberrations optiques (ni en matière de chromatisme, ni en déformations géométriques) font du Sigma 150/2.8 OS un objectif aux qualités exceptionnelles.
Conclusion : une excellente optique, mais…
Il est toujours difficile de donner un avis objectif sur un matériel avec lequel on n’accroche pas. Et c’est mon cas avec le Sigma 150/2.8 OS Macro ! Non pas qu’il ne soit pas bon – c’est une optique réellement exceptionnelle avec de grandes qualités – mais parce que j’ai un historique de plusieurs années avec son grand frère non stabilisé, et que j’attendais beaucoup (plus) de la stabilisation optique à l’usage, et plus particulièrement en macrophotographie, aux rapports élevés de grandissement.
En bref :
- Performances optiques exceptionnelles
- Construction au top
- Produit livré « complet » (collier de pied, housse, pare-soleil…)
- Rendu des images
- Efficacité de la stabilisation… en usage classique
- Tarif un peu élevé mais justifié
- Le défaut : en usage macro pur, la stabilisation n’aide finalement que très peu le photographe

Remerciements à Fadela Hocini chez Audiophil Foto, pour la mise à disposition du matériel, pour ses services depuis 6 ans maintenant et pour son accueil en magasin à Aachen 🙂




