Il est des matériels dont on se met parfois à rêver lorsque l’on pratique la photographie, et plus particulièrement la photographie de nature. Et le dernier Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM est de ceux-là !
Petit frère de son illustre prédécesseur le Sigma 120-300/2.8 DG EX HSM, le nouveau 120-300/2.8 OS apporte son lot de nouveauté dont la plus attendue est sans doute la stabilisation optique. Premier contact, premières photos : le test grandeur nature de la dernière bombe de chez Sigma !
- Premier contact : Contenu et mensurations
- Un télézoom équilibré et bien construit
- Le Sigma 120-300/2.8 OS à l’usage
- Performances optiques
- Piqué au centre de l’optique (300mm)
- Canon EOS 7D + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM (piqué au centre à 300mm)
- Canon EOS 5D mark II + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM (piqué au centre à 300mm)
- Canon EOS 7D + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM + multiplicateur Sigma x1.4 EX APO (piqué au centre à 420mm)
- Canon EOS 5D mark II + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM + multiplicateur Sigma x1.4 EX APO (piqué au centre à 420mm)
- Bokeh et transitions flou/net
- Bonus : 5D mark II + 500mm VS 7D + 300mm
- Piqué au centre de l’optique (300mm)
- Conclusion : un « Must have » ?
À CONSULTER ÉGALEMENT : Pour en savoir plus sur le matériel…
Premier contact : Contenu et mensurations
C’est fébrilement que j’ouvre le carton, pour découvrir la bête. Comme son grand frère le Sigma 500/4.5 EX HSM, il est livré avec une solide housse de protection rembourrée et qui permet son transport en bandoulière. On regrettera cependant que, comme pour son grand frère, elle ne permette pas de transporter l’objectif monté sur un boîtier.
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Bonne surprise, un cache frontal est fourni avec l’objectif (qui peut même apparemment recevoir des filtres vissants… en diamètre 105mm puisqu’un pas de vis est visible !) ; le collier de pied ressemble à celui du 500/4.5, en plus petit (et plus proche du boîtier). Le pare-soleil, de bonne longueur, se vise ou se dévisse et peut se fixer, comme la plupart des objectifs actuels, « replié » sur le télézoom.
La bête accuse 2.880 kg (avec le pare-soleil et le collier de pied, mais sans les caches) pour 39 cm pare-soleil monté, et 30 cm replié. Comparé avec le Sigma 500/4.5, le gain prêt à l’emploi en terme d’encombrement n’est franchement pas significatif (mais on gagne un bon demi kilo sur la balance !)
Une fois le pare-soleil monté, le Sigma 120-300/2.8 OS s’avère finalement quasi aussi imposant que son grand frère !
Un télézoom équilibré et bien construit
Superbement assemblé (il me semble que la qualité est un cran au-dessus de mon « vieux » Sigma 500/4.5, et nettement au-dessus de mon 150/2.8 macro), le Sigma 120-300/2.8 OS offre une construction « tout temps » qui permettra de s’adonner à la prise de vue dans des conditions difficiles (pluie, poussière…) ; le revêtement n’est plus granité comme sur les anciennes gammes EX (joli mais fragile !) mais respire le haut de gamme et la solidité.

En main, l’ensemble est équilibré, aussi bien sur un boîtier léger (7D sans grip) que sur un ensemble plus lourd (5D mark II + grip avec deux batteries). Le collier de pied permet un porter très agréable et sans trop d’efforts, et sur monopode ou trépied, les commandes de zooming (bague la plus éloignée) et de mise au point tombent bien sous la main. Je regrette seulement l’absence de DEUX pas de vis sur le collier de pied, ce qui aurait permis de sécuriser le portage sur un plateau rapide genre Manfrotto 357 PLV.

Fait intéressant et qui mérite d’être reprécisé : l’objectif est estampillé « IF » par Sigma, pour Internal focus. Cela signifie qu’il ne s’allonge pas lorsque l’on change de focale (les déplacements des blocs optiques étant internes dans le fût)
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La bague de zooming est fluide mais assez raide, ce qui évitera tout changement intempestif de focale. Celle de mise au point est plus douce, mais la course me semble un tout petit peu courte, ce qui pourrait compliquer un peu la mise au point manuelle à pleine ouverture en proxyphotographie : cela se vérifiera à l’usage !
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L’accès aux boutons se fait par la gauche, comme sur tous les téléobjectifs : marche/arrêt de l’autofocus, et stabilisation à trois états (désactivée, mode 1 pour les usages courants et mode 2 pour les filés) ; par contre, pas de limiteur de course, ce qui est peut-être dommage. Cela aurait probablement permis de gagner quelques dixièmes de secondes lors des mises au point en autofocus…
Le Sigma 120-300/2.8 OS à l’usage
Dans la pratique, le Sigma 120-300/2.8 OS se montre très efficace ! L’autofocus offre une rapidité surprenante pour… un objectif Sigma (ne mâchons pas nos mots !) et si je n’ai ni les outils ni les compétences pour en mesurer les performances, la vitesse de mise au point est supérieure à celle du Sigma 500/4.5 (relativement rapide mais parfois un peu long si l’on désactive le limiteur de course) et à celle du Canon EF 70-200/2.8 L IS USM !
Le suivi dynamique est rapide et précis, le seul point négatif étant peut-être une sensibilité moins élevée que le Canon 70-200/2.8 en scène de faible contraste (nb : c’est assez subjectif, car en principe c’est lié au boîtier… mais le contraste est peut-être un point faible du Sigma face à son rival Canon, comme c’est d’ailleurs le cas sur les objectifs macro et les téléobjectifs de la marque de manière générale face à leurs homologues de grande marque)
Quant à la stabilisation, je dois dire que j’ai été littéralement soufflé ! D’une part par son efficacité (les 4 vitesses annoncées sont largement gagnées – j’ai pu faire des photos à 300mm au 1/20ème sans aucun effort) mais aussi et surtout par son silence incroyable ! De quoi autoriser la prise de vue vidéo avec le son intégré (on est loin des anciens gyroscopes Canon, et au niveau des derniers modèles !) ; seul petit bémol, un petit claquement lorsque le gyroscope stoppe sa course : pas de quoi vous faire repérer lors d’une approche, mais le bruit est audible.
En usage courant
J’entends par « usage courant » toutes les photographies que l’on est susceptible de réaliser lors d’une promenade, ou chez soi : animaux domestiques, paysages, portraits… Bien qu’il ne soit dans l’absolu pas « fait pour cela », le Sigma 120-300/2.8 OS s’avère un outil d’une efficacité certaine pour bien des sujets 🙂
Sur des poules nègre-soie en mouvement dans l’herbe, l’autofocus suit sans peine et la mise au point se fait là où on lui dit. L’usage à pleine ouverture est un vrai bonheur, même si la faible profondeur de champs à f/2.8 ne laisse passer aucune erreur !
Sur les animaux familiers, son utilisation est un vrai bonheur : les flous d’arrière-plan permettent d’isoler parfaitement les sujets, et la mise au point précise et le piqué au rendez-vous font le reste 🙂


Utilisation à l’approche
La prise en main est excellente, l’équilibre parfait : à l’approche allongé au sol, la différence de poids face au 500mm est vraiment palpable, et l’apport du stabilisateur est considérable. J’ai pu réaliser des photos au 1/60ème sans bean bag sans aucun problème, avec un taux de réussite élevé. Sur des vitesses plus lentes (je suis descendu au 1/30ème) la réussite chute drastiquement, mais ce sera dû plus aux mouvements des sujets (des sangliers dans mon cas) qu’au bouger du photographe.
Pour une balade en billebaude de 1h30, le portage est confortable et pour les plus costauds, il n’est pas nécessaire de prendre un monopode (ce qui allège l’ensemble et réduit l’encombrement et en augmente la maniabilité), grâce à la stabilisation très efficace.
Utilisation en proxyphoto
C’est sur ma petite mare habituelle que je suis allé tester les performances du Sigma 120-300/2.8 OS. Bien qu’il ne soit clairement pas fait nativement pour la proxyphoto avec sa distance minimale de mise au point de 2.50m à 300mm (à comparer aux 1.50m du Canon 300/4 L IS USM par exemple), il autorise tout de même un travail intéressant, lorsqu’il est marié tantôt à un multiplicateur x1.4 pour les sujets plus lointains, tantôt à une bague allonge (Kenko 25mm me concernant), tantôt les deux !
Avec la bague de 25mm, la distance mini de mise au point chute à 1.36m à la focale de 300mm (rapport de grossissement de 0.22 environ) et à 40 cm à la focale de 120mm (rapport de grossissement de 0.3 environ) : cela ouvre des perspectives intéressantes, le grossissement obtenu à 120mm étant équivalents à ce que l’on obtiendrait avec un 70-200/2.8 L IS USM muni de la même bague allonge (mais avec une distance de travail plus courte de 28 cm !)

J’ai toutefois noté un comportement étrange avec ma bague allonge Kenko 25mm : le stabilisateur se « déconnecte » (claquement) toutes les deux à trois secondes environ, et ce de manière non systématique (sans gêner pour autant la prise de vue…)
Performances optiques
Loin de moi l’idée de proposer des mesures de laboratoire : d’autres sont bien plus doués que moi pour ce faire ! Aussi je me contenterai de vous proposer quelques images permettant de juger du piqué au centre de l’optique. En photographie animalière, c’est surtout là que l’on travaillera !
Il faut au préalable noter que le Sigma 120-300/2.8 OS n’est pas sans défaut : le vignettage est conséquent à 300mm à pleine ouverture (visible sur un appareil à capteur 24×36, beaucoup moins sur un APS-C) ; il faudra donc en prendre note lorsque l’on utilisera l’optique pour photographier par exemple des oiseaux en vol (mais généralement on ne le fera pas à pleine ouverture !)
Les aberrations chromatiques sont très bien contenues, et la distorsion, bien que présente, n’est franchement pas gênante à l’usage, sauf si vous faites de l’architecture (et encore : il faudra photographier des murs de briques pour s’en rendre compte 😉 )
Piqué au centre de l’optique (300mm)
Pour le reste, voici donc quelques tests de piqué, réalisés sur Canon EOS 7D et sur Canon EOS 5D mark II, avec et sans multiplicateur (modèle utilisé : Sigma x1.4 EX APO, non « DG ») ; les tests ont été réalisés stabilisateur désactivé, ensemble boîtier + optique calé sur bean bag, mise au point réalisée en One Shot. Les images ont été traitées avec Adobe Lightroom 3.4, avec les réglages par défaut (style « Camera standard »).
Ces « tests » permettent de mesurer l’évolution des performances avec la fermeture du diaphragme, mais ne reflètent pas « vraiment » les performances à l’usage de l’optique. Pour ce faire, je vous invite à regarder les images réalisées sur des sujets « réels » tout au long de cet article, afin de voir ce que peut donner la bête avec un traitement normal des images 😉
Canon EOS 7D + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM (piqué au centre à 300mm)




Canon EOS 5D mark II + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM (piqué au centre à 300mm)




Canon EOS 7D + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM + multiplicateur Sigma x1.4 EX APO (piqué au centre à 420mm)




Canon EOS 5D mark II + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM + multiplicateur Sigma x1.4 EX APO (piqué au centre à 420mm)




Globalement les résultats sont très bons, avec une légère baisse à pleine ouverture avec le multiplicateur x1.4, avec une montée des aberrations chromatiques dans ce cas ; le Canon EOS 5D mark II donne (sans surprises) les meilleurs résultats. Le meilleur de l’optique à 300mm est obtenu dès f/4.0 (ou t/5.6 avec le multi) et l’ensemble reste très utilisable dès la pleine ouverture, ce qui est finalement le but !
Sur EOS 7D, j’ai noté une baisse du piqué dès f/8.0 que j’attribue personnellement à la diffraction (quelle autre explication ?) ; je l’ai constaté sur tous mes essais.
Bokeh et transitions flou/net
Bien que cela reste une notion assez subjective, j’ai voulu quand même vous proposer un petit aperçu du rendu des flous, notamment sur le Canon EOS 7D, qui sera le boîtier de prédilection de cette fabuleuse optique. Voici donc le rendu à 300mm mais aussi à 120mm (qui peut le plus, peu le moins !) ; les tests ont été réalisés à des distances proches des MAP minimales, soit environ 2.50m à 300mm et 1.50m à 120mm.
Canon EOS 7D + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM (rendu des flous à 300mm)




Canon EOS 7D + Sigma 120-300/2.8 DG EX OS HSM (rendu des flous à 120mm)




Bonus : 5D mark II + 500mm VS 7D + 300mm
S’il est un débat qui fait rage dans le milieu des photographes et plus particulièrement des photographes de nature, c’est bien la « légende urbaine » consistant à affirmer que l’APC-C sur un 300mm « lumineux » offre un rendu aussi savoureux que le « Full frame » (capteur 24×36) sur un 500mm ! Voici donc la preuve du contraire 🙂
À ma gauche, le Canon EOS 7D monté sur le Sigma 120-300/2.8 OS à 300mm (dont vous avez pu admirer le rendu des flous ci-dessus), ouvert à f/3.2. À ma droite, le Canon EOS 5D mark II monté sur le Sigma 500/4.5 donc à 500mm, ouvert à f/5.0 (donc un « avantage » d’un tiers de diaphragme pour le 300mm si l’on considère que la profondeur de champs est équivalente avec un diaphragme d’écart : ici on est à 1.3 diaphragme)


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Le verdict est sans appel ! On notera au passage que les 300mm du Sigma 120-300/2.8 OS « semblent » un peu court, la faute au coefficient de recadrage qui permet d’obtenir l’angle de champs d’un équivalent 480mm en 24×36 (nb : j’ai rectifié au post-traitement les 0.3 IL sur le 7D afin d’obtenir la même exposition. Ceci n’a évidemment aucune influence sur le rendu des flous !)
Tout cela n’enlève bien sûr pas les nombreuses qualités d’un zoom 300mm stabilisé ouvrant à f/2.8 face à un 500mm plus lourd, plus cher et moins maniable, mais je tenais à faire taire certaines rumeurs qui courent sur les forums photo 😉
Conclusion : un « Must have » ?
J’aurais pu conclure en une simple phrase, ce qui aurait fait de cette conclusion la plus brève qu’il m’aurait été donné d’écrire sur ce blog en 5 ans : « j’en avais rêvé, Sigma l’a fait ! »
Voici cependant un résumé de cette prise en main qui n’est que le début d’une longue histoire de « coopération » !
- Un télézoom au range idéal pour l’APS-C, et très sympa pour le 24×36
- Ergonomique, maniable, équilibré
- Des performances optiques au top, même avec multiplicateur de focale
- Une stabilisation silencieuse et efficace
- Un rapport qualité/prix imbattable !
- Le petit défaut : pas de limiteur de course !
Tous mes remerciements à Cris pour le prêt de « son » Sigma 120-300/2.8 OS (nous avions fait une commande commune, un seul est arrivé pour le moment…) et à Valérie pour sa visite et ses tests 🙂






















