Pratique : photographier le chat domestique

11/12/2019 Aucun commentaire par Cédric G. +

Chasseur infatigable du jardin, hôte imposé des coins douillets de la maison, charmeur invétéré, le chat domestique est un sujet complexe et passionnant, dont les mœurs et la diversité phénotypique offrent de multiples occasions au photographe.

Si le regard du félin est la principale base de travail en matière de photographie, sa promiscuité avec l’homme, sa nonchalance et sa capacité à obtenir ce qu’il veut auprès de ses maîtres de quelque manière que ce soit en font un sujet unique, qui hanta les plus grands photographes depuis les origines de la photographie.

Chat oriental couché sur une chaise (France)

Chat oriental jouant sur une chaise : instant décisif pour prendre la photo !

Car le chat, contrairement au chien, n’est pas un animal que l’on peut facilement manipuler et orienter par de simples ordres : un chat se dresse difficilement ! Photographier le chat pour en retirer des photographies réellement captivantes implique de s’y intéresser au même titre qu’un animal sauvage et d’y consacrer un temps important.

Si l’adulte passe la majeure partie de son temps à dormir, le chaton, plus actif, est extrêmement joueur et offre généralement au photographe de bons moments de prise de vue… ce qui n’est pas synonyme de photographies réussies car, contrairement au chiot, il montre rapidement une aptitude à se déplacer souvent plus vite que ne permet de le suivre le plus perfectionné des boîtiers photographiques !

Attirer son attention… ou pas !

Un chat passe jusqu’à vingt heures par jour à dormir. Faut-il ou non le faire sortir de sa torpeur pour une séance photo ? La réponse n’est pas toujours positive, car le chat met généralement dix bonnes minutes à reprendre ses esprits et commence son réveil par une toilette générale, suivie d’un petit encas quand il a de la nourriture à sa disposition.

Chatons sphynx jouant sur le dossier d'un canapé, l'un tenant la queue de l'autre dans sa gueule

Chatons sphynx jouant sur le dossier d’un canapé, l’un tenant la queue de l’autre dans sa gueule… Observation de rigueur, chance obligatoire pour saisir l’instant !

Il est parfois intéressant de mettre à profit les positions pour le moins étranges dans lesquelles le félin parvient à dormir pour réaliser de surprenants clichés : le tout est d’arriver à s’installer pour la prise de vue… sans le réveiller ! C’est un très bon exercice pour assimiler les gestes de préparation de son matériel en silence car les sens aiguisés du chat ne pardonnent aucune erreur.

Jeune chaton maine coon black silver blotched tabby, dormant sur un coussin rayé

Jeune chaton maine coon endormi : ne pas faire de bruit, sous peine de réveil intempestif

Lorsque le chat est éveillé et attentif, l’intervention d’une personne extérieure est préférable pour attirer et préserver son attention : plumeau à chat, balle en mousse ou souris artificielle seront autant d’accessoires nécessaires au photographe pour engendrer les attitudes tantôt de jeu, tantôt de « chasse ».

Pour attirer l’attention du chat, il est possible d’imiter le « cri de la souris » en émettant un sifflement strident entre ses dents, à la limite de l’audible, ou plus simplement un bruit se rapprochant de celui du très jeune chaton, en pinçant les lèvres pour émettre un bruit aigu. C’est souvent ainsi que l’on peut capturer le regard du félin quelques fractions de seconde, quand il évolue dans un milieu bruyant comme une exposition féline où il est très difficile d’obtenir l’attention des chats.

En extérieur, sur des animaux en liberté ou semi-liberté et selon ce que l’on veut photographier, il est tantôt utile d’attirer son attention, tantôt préférable de rester discret et de se tenir à distance pour préserver les comportements naturels du félin. L’usage d’une longue, voire très longue, focale (500 mm ou plus) ne sera souvent pas superflu et permettra d’isoler le sujet. Par expérience, l’approche d’un chat domestique qui ne vous connaît pas dans un milieu ouvert tient des mêmes difficultés que d’approcher un chat sauvage ou un renard : à la moindre erreur, ce dernier détalera devant l’inconnu que vous êtes !

Jeune chatte maine coon brown blotched tabby et blanche, reniflant un brin d'herbe printanier

Jeune chatte reniflant un brin d’herbe ; longue focale obligatoire (ici 300mm) pour isoler le sujet et focaliser sur la tête

Il peut être intéressant de connaître les habitudes du sujet : s’il est attiré par un bruit de gamelle ou de sachet de croquettes dans la cuisine, s’il passe par une chatière pour sortir ou rentrer dans la maison, sur quel coussin il a l’habitude de faire sa sieste, ou par quelle fenêtre il aime à observer les oiseaux du jardin… Autant d’occasion pour tenter des prises de vues originales.

La position des oreilles revêt chez le chat, comme pour le chien, une importance capitale : les oreilles rabaissées vers l’arrière montrent un dérangement manifeste, et lorsqu’elles sont plaquées contre le crâne, c’est la peur ou l’agressivité qui se manifestent. Il arrive également qu’un bruit passager fasse tourner les oreilles du chat de manière inesthétique. Un petit chuintement ou sifflement permettra de le rappeler à l’ordre.

Chaton maine coon lors d'une séance de toilettage dans une salle de bain, en train d'être séché avec une serviette de toilette

Chaton lors d’une séance de toilettage, emmitouflé dans une serviette de toilette ; le cadrage serré fait son effet !

Autre particularité du chat : ses yeux. La dilatation des pupilles est un élément à connaître et à prendre en compte par le photographe. Lors de scènes de jeu ou de prédation, la pupille qui se dilate fortement précède toujours l’action d’une fraction de seconde, de quoi anticiper le mouvement et permettre des captures inespérées de sauts et de bondissements !

Prise de vue

Comme pour le chien, il est très important de se placer à hauteur de son sujet quand on le photographie : on appliquera donc au chat les mêmes règles de base, en se plaçant à hauteur du museau pour le photographier, voire légèrement en deçà. Cela vous forcera donc à vous coucher au sol si le chat y évolue librement.

Chaton femelle black torbie et blanche, regardant en l'air sur le bord d'une terrasse

Se placer à hauteur du sujet donne toute sa force à la photographie

De la même manière, l’usage du flash en direct sur le chat est totalement proscrit, plus encore que pour le chien. Les yeux particuliers du félin ne pardonneront aucun écart à ce sujet et rendront les photographies inutilisables ! Utilisé en indirect au plafond ou sur un mur, ou décentré et diffusé suffisamment, le flash pourra néanmoins se révéler un précieux allié dans les séances de prise de vue en intérieur car il permettra de bénéficier d’un excellent microcontraste sur la texture des poils.

Si l’utilisation de flashes permet d’améliorer le contraste et plus généralement les conditions de prise de vue en intérieur, elle met aussi en évidence tous les petits défauts du poil, plus particulièrement chez les races à fourrure foncée : invisibles à l’œil nu, les pellicules et impuretés ressortent miraculeusement sur les chats noirs lorsqu’ils sont photographiés avec l’apport d’une lumière artificielle.

Prévoyez dans ce cas un brossage puis un peignage préalable des animaux de manière à limiter ce phénomène. Le cas échéant, il sera peut-être nécessaire de jouer du tampon avec votre logiciel favori afin de rendre les photographies parfaites !

Portrait de chat bombay. Toilettage soigneux indispensable avant photo !

Portrait de chat bombay. Toilettage soigneux indispensable avant photo, au risque de voir apparaître toute poussière sur le pelage !

Si la diversité des races de chat est moins grande que chez le chien, les morphologies n’en sont pas moins très différentes et il est important de les prendre en considération lorsque vous photographiez un félin. L’exotic shorthair ou le persan, avec leur nez parfois très aplati et leurs yeux proéminents et globuleux, exigent que l’on se place de face lors des portraits, au risque de ne pas mettre en valeur ce qui fait leur particularité (le profil est… inexistant chez les individus les plus typés de ces races !)

Chatte maine coon brown blotched tabby et blanche allongée sur une commode, la patte pendante

Chatte nonchalante sur un meuble… L’attitude du maine coon exprimée en une photo !

Le siamois et son cousin l’oriental, très longilignes, offrent quant à eux beaucoup plus de possibilités même s’il faudra éviter les portraits de face, qui ne mettront pas forcément en évidence leurs attraits et plus particulièrement leur profil très étiré. Plus généralement, on préférera le trois quarts face pour la majorité des races de chat, tout en veillant à utiliser un diaphragme suffisamment fermé pour garantir une profondeur de champ suffisante englobant les yeux, les oreilles et le bout du museau (typiquement à partir de f/5,6 sur un 200 mm lorsque l’on photographie de buste ou de pied).

Certaines races de chats très singulières, pour être mises en valeur, exigeront des prises de vue en pied et de profil : c’est le cas du bobtail japonais (avec sa queue de lapin) ou du manx (qui, lui, brille par son absence de queue). Les races au gabarit exceptionnel, comme le maine coon ou le norvégien, exigeront de mettre en évidence leur imposante stature soit par des cadrages les intégrant dans leur environnement, soit en visant serré sur leurs larges pattes ou leur crâne massif. D’autres proposant des particularités au niveau du poil (frisé chez le rex devon ou le rex cornish, absent chez le sphynx ou le peterbald) devront être photographiées avec des cadrages suffisamment serrés pour permettre la préhension de ces attributs insolites.

Mâle maine coon brown blotched tabby en studio, de profil debout sur fond noir, queue relevée

Mâle maine coon en studio, de profil sur fond noir

D’autres races ne proposent qu’une couleur de robe, à l’image du bombay et de sa fourrure noir de jais, ou de son cousin le burmese, de couleur chocolat. Il faudra donc veiller, pour ces chats à dominante foncée, à sous-exposer de manière systématique afin de préserver les nuances du pelage et ne pas tromper la cellule de mesure d’exposition, ou à défaut faire usage du flash.

Il faudra évidemment prendre en considération leur environnement immédiat : en cas de fort contraste, utiliser une faible profondeur de champ et se focaliser sur le chat permettra de littéralement gommer l’arrière-plan (qui sera de toute façon surexposé) et apportera une touche esthétique des plus agréables à la photographie. La règle est aussi valable pour les chats au pelage souvent clair (balinais, sacrés de Birmanie, burmilla, etc.) mais, à l’inverse, surexposer légèrement permettra de ne pas tromper la cellule de mesure d’exposition et évitera de sous-exposer le chat au bénéfice de son environnement.

En résumé

Le matériel idéal

  • Téléobjectif de type 70-200 mm, parfois un grand-angle pour certains points de vues dans l’environnement intérieur
  • Éventuellement une longue focale (400 à 600 mm) sur les sujets en liberté en extérieur

Pour le photographier

  • Se placer à hauteur du sujet
  • Attirer son attention avec des chuintements ou des jouets pour chat
  • Ne jamais utiliser le flash en direct !

Attitudes à connaître

  • Particularités de chaque race, afin de les mettre au mieux en valeur
  • Surveiller la position des oreilles
  • Anticiper les actions en surveillant la dilatation des pupilles
Chaton maine coon brown blotched tabby et blanc, assis dans l'herbe au milieu des trèfles, au printemps

Jeune chaton maine coon au milieu des trèfles printaniers

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L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature
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