Test : Sigma 500mm f/4.5 EX HSM, deux ans sur le terrain

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Voilà bientôt 2 ans que j’utilise avec grand bonheur le Sigma 500/4.5 EX HSM (ancienne version, non « DG ») de manière intensive sur le terrain. N’ayant pas eu les moyens à l’époque d’acquérir le fabuleux Canon 500/4 L IS USM, je m’étais reporté sur son challenger direct, plus abordable, mais aussi plus léger et maniable, à défaut d’être plus performant 😉

Sigma 500mm f/4.5 EX HSM

Retour sur ces deux années d’expérience avec une longue focale « abordable » et performante…

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Présentation du Sigma 500/4.5

N’ayant pas pour but de faire un test technique de l’optique, je vous épargnerai la fiche de spécifications, les « mesures de piqué » et autres joyeusetés de laboratoire, n’ayant ni les moyens ni l’envie de réaliser ces mesures. Je me contenterai donc d’énumérer certains points que je juge importants, notamment dans l’utilisation concrète de cet objectif.

D’une longueur de 35cm (sans le pare-soleil) et d’un poids de 3.2 Kg, le 500/4.5 de chez Sigma demeure le plus compact et le plus léger des 500mm autofocus lumineux. Livré de série avec un collier de pied imposant et « inversé » (et bigrement ergonomique et pratique !), un pare-soleil en alliage épais au système d’attache convainquant, une housse semi-rigide compacte (ne permettant malheureusement pas d’héberger un boîtier monté sur l’optique, ce qui aurait été bien pratique) et surtout, un filtre polarisant de série (un sacré cadeau quand on sait le tarif de ce genre d’accessoire !!!), il présente une qualité de fabrication haut de gamme chez Sigma (finition EX granitée) avec une bague de mise au point douce et agréable au toucher, un interrupteur pour le limiteur de course AF (4-8m, 8m-∞ et 4m-∞) et un interrupteur AF-MF. Très bien équilibré, plutôt compact et léger dans sa catégorie, il sera utilisable à main levée (dans une certaine mesure) pour les oiseaux en vol par exemple.

Porte-filtre avec polarisant livré de série

Il peut recevoir un extender x1.4 (j’utilise le modèle Sigma x1.4 EX Apo) ce qui donne un 700mm t/6.3… où l’on perd l’AF sur les boîtiers « Expert » Canon puisque l’on dépasse l’ouverture nominale de f/5.6. Il existe bien entendu la fameuse astuce consistant à masquer les contacts au niveau de l’extender pour passer outre la limitation, mais la détectivité chute de telle manière que je préfère très sincèrement procéder à la mise au point manuelle, dans cette configuration ! Je passerai sur l’utilisation du doubleur (qui donnera un 1000mm t/9.0) du fait de son utilisabilité toute relative (perte de piqué sensible, visée rendue très difficile car fortement assombrie, intérêt sur le terrain du fait de l’ouverture obtenue…)

Sa formule optique est basée sur 12 éléments assemblés en 9 groupes, dont 2 verres ELD hautes performances. Le piqué, sans atteindre celui des maîtres de la catégorie (Canon 500/4 L IS USM et Nikon 500/4 AF-S II), demeure d’un très bon niveau, ce dès la pleine ouverture (cf chapitre « performances »), et chose surprenante, chute très peu avec l’extender de la marque… si tant est que l’on ferme de deux tiers de diaphragme « seulement » !

Dernier point : son tarif ! Si en neuf, la version actuelle (estampillée DG) se trouve à 3600€ en moyenne, on trouve de manière assez régulière des modèles d’occasion en très bon état entre 2000 et 3000 €. À comparer au tarif neuf du Canon 500/4 L IS USM, affiché à près de 6000 € au moins cher sur le web (et je ne parlerai même pas du Nikon !)

Côté pratique

Le Sigma 500/4.5 offre une ergonomie que je juge exemplaire, de par son gabarit et la disposition de ses accessoires, en particulier son collier de pied, fichtrement bien pensé ! Ce dernier, de taille respectable, permet une tenue en pleine main très confortable, et sa disposition « inversée » offre un confort en terme de manipulations que je n’ai pas retrouvé sur le Canon 500/4 IS (que j’ai assez souvent manipulé et que je prévois toujours d’acquérir un jour !)

La bague de mise au point est confortable, de bon diamètre, et relativement douce (équivalente au 500/4 IS mais avec une meilleure prise en main de par un diamètre de bague légèrement inférieur, mais sans atteindre l’onctuosité de celle d’un Canon 500/4.5 L USM – modèle discontinué qui offrait une mise au point assistée par le moteur AF… ce qui le rendait par contre inutilisable en mise au point manuelle en cas de panne !) ; la mise au point minimale butte à 4 mètres du sujet (contre 4.5 mètres pour le 500/4 IS), ce qui constitue une distance très intéressante pour les passereaux. Le limiteur de course permet d’optimiser de manière relativement sensible la course de l’autofocus, en le limitant entre 4 et 8 mètres, ou au-delà de 8 mètres (en plus du range total possible).

Le pare-soleil, fort bien conçu, se fixe par rotation puis vissage. Très rigide, il demeure néanmoins un peu court, ce qui peut être gênant en cas de soleil en 3/4 face par exemple (perte de contraste en cas de lumière sur la lentille frontale).

Montage du pare-soleil du Sigma 500/4.5 EX HSM

Je connais plusieurs utilisateurs du Sigma 500/4.5 qui ont rallongé leur pare-soleil, en utilisant un tube PVC de bon diamètre 😉

Sur trépied ou monopode

Rotule Manfrotto 393, le top avec une longue focale fixe sur monopode comme sur trépied

Couplé à une rotule pendulaire (j’utilise une Manfrotto 393 avec plateau rapide 357), le Sigma 500/4.5 procure un équilibre naturel avec le boîtier utilisé (que ce soit un boîtier « expert » sans grip ou un lourd boîtier pro) et une facilité d’utilisation déconcertante ! Bien que démuni de stabilisateur optique, il permettra au photographe un peu entraîné, des photos nettes sur monopode au 1/125ème de secondes… Voire beaucoup moins si l’on trouve un arbuste pour se caler (j’ai déjà réalisé des photos parfaitement nettes au 1/30ème dans ces conditions !)

Avec une rotule plus classique (j’aime beaucoup la Manfrotto 503), il convient d’opter pour un modèle costaud supportant bien le poids total de l’ensemble optique + boîtier et plutôt de type Rotule-ball ou vidéo (exit les rotules 3D et/ou d’entrée de gamme genre Manfrotto 141RC !)

À main levée

Malgré son poids respectable (3.3 kg avec le pare-soleil), l’optique autorise une utilisation relativement efficace à main levée grâce notamment à sa poignée (collier de pied) très ergonomique, si tant est que la lumière soit de la partie (le flou de bouger est impardonnable à 500mm, il faut donc garantir au minimum une vitesse de 1/500ème de secondes même si avec un peu d’entraînement on peut descendre à 1/320ème voire 1/250ème avec un très bon taux de réussite !). Seule la fatigue musculaire viendra limiter le photographe dans son action. J’ai personnellement déjà utilisé le 500/4.5 à main levée (monté sur 5D+grip) durant plus de deux heures d’affilée à photographier des oiseaux en vol 😉

Côté performances

Sans atteindre les niveaux exceptionnels de performances offerts par le Canon 500mm f/4.0 L IS USM (qui reste certainement à l’heure actuelle, la meilleure longue focale toutes marques confondues du marché), le Sigma 500mm f/4.5 EX HSM offre des prestations très honorables, que ce soit en terme de qualité d’image ou d’autofocus. Petit tour d’horizon…

Piqué / contraste

Le Sigma 500/4.5 offre un excellent piqué, et ce dès la pleine ouverture. Il gagne très légèrement en fermant à f/5.6 et ce jusqu’à f/8.0 (différence entre f/5.6 et f/8.0 « mesurable » uniquement sur mire) ; par contre en terme de micro-contraste, la différence est un peu plus marquée : c’est essentiellement pour cette raison que je l’utilise à 90% à f/5.6 ! Ceci étant dit, j’ai déjà obtenu à pleine ouverture, des images terriblement piquées 😉 surtout lorsque la lumière s’y prêtait et favorisait justement, un contraste maximal lors de la prise de vue. D’expérience, on obtient de manière générale les meilleurs résultats en fermant à f/5.6 (ce qui limite la perte de luminosité induite par ce choix, tout personnel, à 2/3 de diaphragme, même s’il m’arrive de l’utiliser à pleine ouverture de plus en plus fréquemment !)


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Bien entendu, il ne fait pas le poids face au Ténor de chez Canon, qui l’écrase dès la pleine ouverture et ce dans toutes les conditions de luminosité, notamment grâce à un micro-contraste sensiblement plus présent (la différence s’amenuise en suivant que l’on ferme le diaphragme, puisque le Canon n’a quasiment « rien » à gagner, étant déjà au maximum !) ; une différence qui coûte 2500€, ne l’oublions pas !!!

Aberrations chromatiques / vignettage

Sur ce point, le Sigma 500/4.5 reste très performant, ou en tout cas du niveau de ses concurrents (dixit les mesures lues ici ou là dans la presse spécialisée, car je n’ai pas la prétention de pouvoir mesurer quoi que ce soit !).

Les aberrations chromatiques sont très bien contenues, même s’il m’est arrivé de constater la présence de franges colorées sur certains sujets précis (franges restant très discrètes et simples à éliminer en post-traitement). Le vignettage, légèrement visible sur un ciel unis, reste d’un niveau très acceptable à pleine ouverture (donné pour 0.5 IL dans les mesures Chasseur d’Images, par exemple, soit la même valeur que pour un 500/4 L IS USM) et n’est pas gênant. En diaphragmant un poil à f/5.6, il disparaît. Il me semble de niveau tout-à-fait normal pour une longue focale de ce type (ndlr : sur les boîtiers à capteur APS-H ou APS-C, il n’y a pas lieu de parler de vignettage bien entendu !). Enfin, le rendu colorimétrique est parfaitement neutre, sans dominante particulière (en tout cas jamais constaté !)

Rapidité / précision

L’autofocus est d’une rapidité très satisfaisante, même si elle reste bien évidemment en deça d’un 500/4 L IS USM (qui bénéficie, outre de sa mécanique plus performante, d’un « cran » de performances supplémentaire sur les boîtiers Canon puisqu’ouvert à f/4.0, et donc qui permet l’utilisation des collimateurs d’assistance ce qui n’est pas le cas des objectifs moins lumineux). En complément d’information, l’AF est au moins aussi rapide que celui d’un Canon EF 300/4 L IS USM (nb : doté d’une ancienne génération de motorisation par rapport à son grand frère 500mm, ce qui explique certainement la différence en terme de performances). Sur EOS 5D, sur un chien labrador lancé à la course de face, le taux de réussite dépend fortement de la capacité du photographe à suivre le sujet sur le collimateur central sans le « lâcher » : si c’est le cas, le taux d’images nettes reste élevé (avec parfois des décalages de mise au point sur les sujets « vivants » puisque le point se fait là où il peut : yeux, museau, oreilles, poitrail !)

Sa précision est excellente dans la grande majorité des cas, surtout sur EOS 5D (il faut dire que ce boîtier offre une précision de mise au point démoniaque, comparé aux modèles APS-C de la marque…) même si j’ai constaté très récemment que dans certains cas précis de mise au point très proche, j’obtenais parfois de meilleurs résultats en mise au point manuelle notamment à pleine ouverture ! Je n’ai pas encore pu confirmer ou infirmer cette constatation, mais je l’ai reproduite plusieurs fois…Très léger back ou front focus ? Je n’avais rien décelé lors de mes tests à réception de mon boîtier et ce petit bémol est de toute évidence lié au couple boîtier/objectif et non à l’optique seule…

Modelé / bokeh

On touche là à une notion plus subjective, qui concerne le rendu de l’image produite. Il n’est d’ailleurs pas seulement le fait de l’objectif, mais aussi du boîtier utilisé 😉 ; ceci étant dit, je dois admettre (pour ce que j’en connais) que le Sigma offre un modelé et une gestion des flous (avant et arrière-plan) légèrement en deça de ce que peut produire un Canon 500/4 L IS USM, qui offre des images plus… « veloutées », plus douces dans les transitions net/flou (très subjectif, et n’engage que mon avis personnel ! Ceci est certainement dû au 1/3 de diaphragme à l’avantage du Canon, à la mécanique du diaphragme et à la formule optique employée…)

Bokeh Sigma 500/4.5

Ceci étant dit, le Sigma 500/4.5 reste un 500mm et par ce fait, offre tout de même un modelé d’image fort appréciable et fort apprécié chez les photographes animaliers ! Personnellement j’adore le flou dans l’image naturaliste, et je n’hésite pas à user et abuser du 500mm pour photographier mes propres chats : le rendu est inimitable 😀


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Extenders et bagues-allonges

Comme je l’ai assez souvent utilisé muni de son extender, ou affublé d’une bague-allonge pour les sujets proches, il était normal d’en parler ici 😉 d’autant que les résultats sont plutôt bons !

Utilisation avec l’extender Sigma x1.4 EX Apo

J’oserais dire « à ma grande surprise », les résultats s’avèrent très bons ! Si la pleine ouverture (à t/6.3) reste mollassonne – soyons honnêtes – du fait que l’on perd tout de même de manière visible en piqué ET en micro-contrastes, en fermant seulement de 2/3 de diaphragme (soit à t/8.0), les résultats deviennent quasi comparables à l’optique seule !!! Le bémol : sur les séries Expert des boîtiers de marque Canon, on perd l’autofocus. Le viseur large et lumineux de mon EOS 5D me permet dans ces conditions de l’utiliser assez facilement, même s’il faut souligner la perte logique de luminosité à la visée, induite par la présence du multiplicateur. Ceci n’était pas le cas sur l’EOS 20D (viseur plus étriqué et moins lumineux… d’où une mise au point manuelle des plus hasardeuse !)

Il existe une astuce, pour préserver l’autofocus dans toutes les conditions, consistant à scotcher certains contacteurs sur l’extender. Si la manipulation fonctionne dans l’absolu, la détectivité procurée est à mon sens assez peu utilisable sur le terrain. J’ai très vite renoncé à utiliser cet artifice car j’avais plus vite fait de refaire la mise au point manuellement !

Utilisation avec une bague-allonge 25mm

Coupler le Sigma 500/4.5 EX HSM à une bague-allonge permet de réduire simplement la distance minimale de mise au point. Dans le cas présent, elle passe de 4 mètres à 2.90 mètres environ, ce qui procure un « grossissement » complémentaire d’environ 20% sur les images, mais surtout permet de faire de la quasi « proxy photographie », bien pratique sur les petits passereaux ! Inconvénient (et de taille) : on perd la mise au point à l’infini !!! Le range de mise au point utilisable est donc approximativement de 2.90m à une petite dizaine de mètres (je ne l’ai jamais mesuré outre mesure et très sincèrement, son utilité se limite surtout aux distances les plus courtes !)

L’utilisation d’une bague de 25mm (mon cas : j’utilise une bague Kenko EF25, préservant les contacts électriques) n’engendre pas la perte de l’autofocus, mais assombrit la visée puisque l’on perd en luminosité du fait du tirage augmenté artificiellement. Il n’y a donc aucune incidence (du fait de l’absence de lentille !) sur la qualité d’image résultante, mais la précision de mise au point requiert une importance capitale à la réussite des images : en réduisant la distance de travail, on amenuise la taille de la zone de netteté !

Les images

Je vous propose quelques images réalisées avec le Sigma 500mm ces dernières années, qui pourront je l’espère vous montrer ses possibilités.

Conclusion : un bon choix… pour patienter !

Je ne regrette en rien l’acquisition que j’ai fait il y a bientôt 2 ans, en attendant l’objectif de mes rêves : le fabuleux Canon EF 500mm f/4.0 L IS USM…

Choix plus économique et solution d’attente « de luxe », le Sigma 500mm f/4.5 EX HSM m’a permis de réaliser des images, que je n’aurais certainement jamais pu réaliser autrement. Il allie maniabilité, qualité d’image et compacité, et s’il est moins percutant que son célèbre concurrent, il permettra aux photographes moins « fortunés » de réaliser un rêve : celui de posséder une longue focale d’exception 😉

  • Performances optiques très honorables
  • Légèreté et maniabilité (pour un 500mm)
  • Prix très modéré face à la concurrence
  • Construction très correcte
  • Revente facile et à bon prix
  • Absence de stabilisation optique
  • Pare-soleil un peu court
  • Autofocus un peu moins incisif que les Canon ou Nikon

Il faudra noter aujourd’hui la présence sur le marché du Sigma 500/4 OS (version stabilisée) qui est venu remplacer le « vieux » 500/4.5 dont il était objet dans cet article. Toujours sensiblement moins onéreux que les modèles de marque, et offrant des performances optiques vraiment proches, et en tout points supérieures à son ancêtre !

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