[Astuces] Protection contre le froid en photographie nature

30/12/2007 6 commentaires par Cédric G. +
Givre et froid en hiver

Le photographe naturaliste aime généralement l’hiver : sa lumière, ses ambiances givrées, les animaux rencontrés au détour d’un chemin ou près d’une mangeoire… Mais qui dit hiver, dit froid et températures très basses ! Sous nos contrées, il n’est pas rare de voir le thermomètre descendre sous la barre des -10°C en plaine… Si nous sommes encore très éloignés des conditions extrêmes que rencontrent nos amis québécois ou finlandais, il n’en demeure pas moins que quelques précautions sont à prendre, notamment au niveau vestimentaire !

Voici quelques conseils pour vous protéger du froid et éviter quelques déconvenues désagréables qui pourraient en résulter !

Tout d’abord, je tiens à préciser que le contenu de cet article ne concerne que nos latitudes « tempérées » et n’est pas destiné à la préparation d’un voyage dans les régions polaires où les températures descendent couramment sous les -30°C ! Les conseils donnés ici seront par exemple applicables lors d’une journée aux affûts LPO à la Ferme aux grues, près du Lac du Der ;-)

La technique des « trois couches »

Le B-A-BA de la protection contre le froid passe par une technique bien connue des randonneurs : celle des « trois couches ». Il ne s’agit pas de se revêtir de trois gros pulls bien épais, mais plus simplement de respecter trois principes fondamentaux :

  • évacuer l’humidité dégagée par le corps
  • préserver la chaleur corporelle
  • se protéger contre le vent et les courants d’air

À chaque principe, correspond un type de vêtement (que l’on choisira dans les magasins spécialisés en rayon grande randonnée ou nature puisqu’il s’agit de vêtements « techniques », c’est-à-dire assemblés à partir de tissus et matières spéciaux) :

  • Un sous-vêtement respirant et évacuant l’humidité corporelle (tee-shirt manches longues de grande randonnée, généralement – éviter absolument le coton !)
  • Un ou plusieurs polaires (on les préfèrera relativement près du corps, pour plus de confort au niveau des mouvements), qui ont la particularité de part leur structure très spécifique, d’entretenir un espace rempli d’air qui est réchauffé par la chaleur corporelle et isole efficacement notre peau contre le froid extérieur, tout en évitant de retenir l’humidité
  • Un vêtement de surface coupe-vent (on le préfèrera déperlant et si possible RESPIRANT de manière à ce que l’humidité évacuée par les deux couches précédentes puisse sortir de manière naturelle et efficace ! S’il est silencieux ce sera tout aussi bien car le bruit fait aussi parti des éléments à ne pas négliger lorsque l’on pratique la photographie naturaliste…) ; sans effet coupe-vent, l’air chaud accumulé au niveau des vêtements polaires sera « soufflé » progressivement, et vous attraperez froid.

Ainsi paré, vous verrez que le confort acquis est énorme et qu’il n’est pas nécessaire d’opter pour 50 pulls et de s’emmitoufler inutilement dans des habits peu adaptés aux contraintes réelles du terrain ! À titre d’exemple, pour une billebaude par -8°C sans intempéries ni humidité, j’utilise un tee-shirt manche longue de rando, un polaire fin « près du corps » (type Chemise F1 de l’armée française pour ceux qui connaissent) avec un polaire plus épais par-dessus, et une veste camo Décathlon « Advantage » temps sec. De quoi être très confortable dans ses mouvements sans avoir froid (ni trop chaud : je déteste cela), même lors de pauses répétées et parfois de plusieurs minutes sans bouger ;-)

Au niveau des membres inférieurs, en cas de grand froid (-10°C ou pire) on pourra utiliser un caleçon long de randonnée (respirant et évacuant l’humidité corporelle – absolument éviter le coton) éventuellement couplé à un caleçon polaire le cas échéant (dans l’hypothèse d’un affût prolongé sans mouvements), sous un pantalon aux mêmes propriétés que la veste utilisée sur le haut du corps (déperlant, silencieux et si possible respirant). Si vous prévoyez de bouger beaucoup, le caleçon long de randonnée sera amplement suffisant.

Les extrémités et le visage

Les extrémités du corps sont celles le plus soumises aux problèmes de refroidissements (je ne parlerai pas du nez… qui s’il peut poser de réels problèmes dans les contrées polaires, ne doit pas sous nos lattitudes avoir le risque de geler !) ; qui n’a jamais eu l’onglée ou ne sentait plus ses pieds à cause d’un froid intense lors d’un hiver rude ?…

Se protéger les mains : J’utilise pour ma part des sous-gants en soie (que l’on trouve facilement dans les magasins spécialisés), sur lesquels je place de traditionnels gants « picot » en laine à petites mailles (se trouvent pour 3€ dans tous les magasins Décathlon, rayon chasse !) ; l’ensemble constitue une solution parfaitement suffisante jusqu’à -5/6°C sans vent. En cas de brise ou de froid plus intense, il faut envisager l’utilisation de gants plus adaptés par-dessus les sous-gants (donc avec des propriétés coupe-vent). Une problématique subsiste : conserver assez de précision dans ses mouvements (au niveau du bout des doigts) pour continuer à pouvoir manipuler son boîtier photo ! Reste à en trouver un modèle parfaitement adapté… On pourra donc se tourner, pour les cas extrêmes, vers des gants en néoprène (rayon pêche ou plongée de votre magasin de sport préféré), extrêmement efficaces pour se protéger du froid et du vent, en surveillant les possibilités de maniabilité d’un appareil photo avec ces derniers… et en les camouflant un peu car de manière générale ils sont peu discrets !

Se protéger les pieds : là aussi, l’utilisation de vêtements « techniques » est indispensable. Selon le type de terrain, j’opte soit pour des chaussures de marche de type Goretex (imperrespirantes) avec chaussettes spécial grand froid (ne pas lésiner sur la qualité), soit lorsque le sol s’y prête (neige épaisse…) pour des bottes néoprène, malheureusement fort onéreuses (compter au grand minimum 100€ la paire pour un modèle de base) et ce toujours avec des chaussettes adaptées : le confort obtenu est excellent ! On pourra rajouter des chaussons polaires pour les jours de très grand froid (attention à choisir des chaussures assez amples dans ce cas de figure).

Se protéger le visage et la tête : si l’utilisation d’une chéchia ou d’une écharpe couplée avec un bonnet peut suffire, je préfère pour ma part la bonne vieille cagoule camo. En laine doublée sur le pourtour, la face est en polaire avec ouvertures pour les yeux, la bouche et possède une ouverture ergonomique pour le nez, accessoirement appréciable pour éviter les remontées de buée sur le verre de visée par les trous des yeux (les porteurs de lunette me comprendront aussi très bien !) ; attention, les modèles « ergonomiques » ne se trouvent qu’au prix fort, dans les magasins hyper spécialisés (rayon chasse à l’arc généralement). Il est impératif dans tous les cas de bien se protéger la tête (bonnet, cagoule, etc…) car l’essentiel de la chaleur corporelle s’échappe par le crâne : ne pas hésiter à utiliser un bonnet polaire fin sous sa cagoule en cas de grand froid !

Cagoule camo polaire
En tenue hivernale avec ma cagoule polaire (photo Remy Courseaux)

Petites astuces pour l’affût

Lorsque l’on se poste en affût, il n’est pas rare de devoir rester sans bouger parfois de longues heures, aussi la protection contre le froid devient indispensable, et il faut alors pouvoir s’isoler littéralement de son environnement. Les deux règles à respecter sont donc :

  • se protéger du vent : pour cela, l’utilisation de vêtements coupe-vent parfaitement joints les uns aux autres ou se chevauchant est indispensable, ou le cas échéant une tente ou un affût isolé des courants d’air
  • s’isoler du sol : aussi bien pour les pieds que pour le reste (cas des affûts assis ou… couché !), j’utilise pour ma part des plaques de polystyrène extrudé de 30mm (couleur beige, très rigide, très léger, ne s’effritant pas) que l’on trouve au rayon isolation de tout magasin de bricolage qui se respecte ! Par exemple, un rectangle de 20x30cm suffira pour s’asseoir et protéger sa partie charnue de la fraîcheur du sol gelé, et restera facilement transportable. Pour les affûts couché, on pourra envisager les tapis de randonnée à rouler, mais la protection contre le froid au niveau du sol restera relative (sauf à utiliser un modèle autogonflable : très confortable et très efficace, mais aussi très grand une fois installé et relativement fragile !)

L’utilisation d’accessoires complémentaires comme les chaufferettes charbon ou mieux, les chauffes-main réutilisables (moins de 10€ en magasin spécialisé) apporteront un confort supplémentaire durant les longues minutes (ou heures) d’attente. On les placera habituellement dans les gants ou dans les chaussures. Prévoir une boisson chaude (petite thermos de rando) si possible non alcoolisée (pour ça préférer une petite fiole de poche, mais à utiliser avec grande parcimonie !) et de quoi grignotter (barres de céréales, chocolat… tout ce qui peut renouveler vos calories !), tout en faisant bien attention au bruit et aux odeurs, évidemment.

Pour les affûts de longue durée où vous ne pourrez pas forcément sortir pour prendre une pause, comme lors des journées aux affûts de la Ferme aux grues (exemple typique), pensez à emmener une bouteille d’eau minérale vide pour vos besoins naturels (désolé mesdames, mais je ne connais pas d’astuce valable pour vous :-| ) et évitez de boire 3 litres de tisane dans la journée… au risque de devoir quitter l’affût prématurément !

Enfin, si vous prévoyez un affût très long dans des conditions précaires au niveau température, enfilez partiellement (jusque sous les bras) un duvet grand froid : pratique, relativement aisé à transporter, et extrêmement efficace pour se préserver du froid (même si cela reste assez onéreux à l’achat et pas très pratique dans les milieux où la propreté est très relative !)

Et le matériel ?

S’il est important de se protéger physiquement du froid pour éviter l’accident, il n’en demeure pas qu’il faut aussi respecter quelques petites règles pour préserver son coûteux matériel, contre le froid en lui-même mais aussi contre les fortes variations de température dont il peut faire l’objet !

Il existe généralement deux problématiques liées au matériel photo lorsqu’il est utilisé dans des conditions de température difficiles (je dirais même dès que l’on descend sous les 5/6°C !) :

  • la durée de vie des batteries (le froid limite fortement leur longévité)
  • quand vous revenez chez vous, les variations subites de températures, qui peuvent engendrer en quelques secondes une condensation rapide et catastrophique (de la buée sur votre capteur, dans votre viseur ou DANS les optiques, par exemple !)

Le premier point reste relativement simple à solutionner : en cas d’utilisation prolongée de votre matériel par temps très froid, il suffit de conserver durant les périodes d’inactivité photographique vos batteries au chaud dans une poche intérieure de votre veste, ou d’alterner l’utilisation de deux batteries (l’une étant conservée au chaud, l’autre dans l’appareil). À noter que ce problème reste tout relatif sous nos latitudes : je n’ai personnellement jamais eu de soucis particuliers de ce type, même lors d’affûts de plus de 10 heures d’affilée sous des températures négatives (à la Ferme aux grues par exemple).

Le second point a par contre une importance capitale pour la préservation de votre matériel dans le temps. En effet, un passage « froid-chaud » brutal avec une variation de température de plus de 15°C engendrera l’apparition quasi immédiate de condensation sur toutes les parties « froides » de votre matériel, mais aussi à l’intérieur, inévitablement, de ce dernier (même sur les matériels tropicalisés, qui ne sont jamais totalement étanches). Il existe donc une solution très simple pour remédier à cela : en fin de sortie, placer votre matériel dans votre sac photo (après avoir préalablement récupéré vos cartes mémoires si vous désirez les exploiter immédiatement), dans lequel vous aurez placé du silicagel (précaution utile à mon avis). Bien refermer votre sac, et seulement alors, envisager de le rentrer au chaud ! Vous le laisserez alors AU MOINS 2 ou 3 heures à température ambiante, sans y toucher, de manière à ce que votre matériel reprenne tout doucement une température normale sans à-coup thermique.

Lorsque la différence de température est très élevée (par exemple -10°C dehors et 20°C à l’intérieur de la maison), je procède généralement en deux étapes : je place d’abord pendant une heure environ, mon sac au sous-sol (température moyenne en hiver tournant entre 6°C et 12°C). Ceci permet de créer un palier supplémentaire pour la réacclimatation du matériel et évite tout risque de condensation ;-)

Une fois cette phase de réchauffement progressif effectuée, vous pouvez alors sortir votre matériel et le bichonner (chiffon optique…) ! Pensez à laisser votre sac bien ouvert jusqu’au lendemain, de manière à en évacuer l’humidité inévitablement accumulée (on pourra le placer à proximité d’une source de chaleur douce pour accélérer le processus).

Conclusion

Vous voilà prêts à aller affronter le froid glacial de l’hiver, avec pour mémoire les grandes idées suivantes :

  • utiliser la technique des trois couches (sous-vêtement évacuant la transpiration, polaire pour la chaleur et coupe-vent déperlant et respirant pour la partie externe)
  • s’isoler au maximum du sol quand vous êtes à l’affût (au niveau des pieds notamment)
  • bien se protéger les pieds, les mains et la tête
  • ne JAMAIS occasionner de grandes variations thermiques à votre matériel en passant du froid au chaud et toujours penser à l’enfermer dans votre sac photo et à attendre plusieurs heures avant d’ouvrir ce dernier une fois rentré au chaud
Rouge-gorge photographié dans le givre par -9°C
Rouge-gorge photographié par -9°C dans le givre hivernal

En vous souhaitant d’excellentes photos dans ces ambiances glaciaires, qui font la joie des photographes de nature :-)

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L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature

6 réponses sur [Astuces] Protection contre le froid en photographie nature

  1. sajoo a écrit

    merci c’est vrai qu’avoir froid ca aide pas a faire de belles photos :D

  2. Benoit Jauffrion a écrit

    Rhooo, tu fous les boules sur la photo :)

  3. pierre-yves a écrit

    Un article fort utile et intéressant surtout en cette période !

    (et dire que c’est ptete chez nous en Bretagne, qu’il fait le moins froid en ce moment, AHAHAHAHA )

  4. Guillaume a écrit

    Bonjour Cédric,

    Impressionnant article, merci de tes conseils. Si le 3 couches est un grand classique, la protection du sol via des plaques de polystyrène est très malin !

    A+
    Guillaume

  5. Lolo a écrit

    Bonjour,

    Bien vu le systeme de sur-couche vêtements. Ce procédé de vêtements multi-couche est tres utilisé dans le monde du travail. (batiment, travaux publics…..)

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