Photo nature et retouche photo : où sont les limites ?

27/04/2017 Aucun commentaire par Cédric G. +

En matière d’éthique, la photographie animalière a été mise à rude épreuve ces derniers mois : la recrudescence des concours photo richement dotés, l’envie de reconnaissance, l’égocentrisme de certains artistes, et surtout l’avènement des réseaux sociaux font que les images « extraordinaires » sont diffusées à large échelle, en un temps record. De quoi rapidement soulever des lièvres aussi gros que les photographes qui ont cru ne serait-ce qu’un instant ne pas se faire prendre !

Pour autant, si de nombreux cas de triche se sont avérés être des manipulations d’animaux (parfois au funeste destin pour ces derniers !) ou l’utilisation de bêtes dressées, il n’est pas rare que les photos d’animaux subissent des retouches en post-traitement.

Quelles sont les limites en la matière, entre « photo naturelle » et « photo retouchée » ? Voici mon avis sur la question…

Retouches globales et retouches locales

Personnellement, je fais un premier distinguo entre la notion de retouche globale (typiquement des réglages appliqués à l’ensemble de l’image, par un algorithme touchant l’ensemble des pixels constituant la photographie : balance des blancs, contraste, luminosité, etc.) et celle de retouche locale (par exemple un filtre gradué post prise de vue, le tamponnage d’éléments gênants comme une tâche formée par une poussière sur le capteur… ou un insecte en vol, ou bien encore la suppression d’un fil de clôture ou d’une branche disgracieuse !)

À mon sens, la retouche globale, dans la très grande majorité des cas :

  • est susceptible d’être réalisée directement à la prise de vue (lorsqu’il s’agit de réglages possibles sur l’appareil)
  • ne dénature pas la photo originale… la plupart du temps (évidemment un traitement HDR ultra poussé n’entrera pas dans cette catégorie)

À contrario, une retouche locale requiert une action qui va modifier le contenu du cliché original : on va enlever (ou déplacer !) un élément, ou retoucher de manière trop précise pour être possible à la prise de vue, une ou plusieurs zones de l’image, de manière à par exemple équilibrer les ombres et hautes lumières, ou uniformiser le contraste dans un paysage.

À partir de quand entre-t-on dans la retouche pure et dure ?

Car il est tout-à-fait possible de dépasser certaines limites dans un cas comme dans un autre ! Plutôt que de faire de longs discours, voici quelques exemples :

Ma « célèbre » huppe fasciée, en cadrage horizontal… Seule la balance des blancs (de 5600 à 9400K) et la saturation ont été légèrement modifiées

Cerfs en captivité. Ici des éléments (oiseaux en arrière-plan) ont été supprimés avant publication, malgré une quasi absence de retouche par ailleurs

Lièvre d’Europe dans la rosée. Ici quasiment aucune retouche (contraste, et un tiers de point d’exposition)

Quelles limites se donner, pour quels usages ?

Je connais personnellement des « ayatolas » de la photographie, pour qui un simple recadrage (!) constitue un crime de lèse-majesté. Et d’autres qui, au nom de la créativité, s’autorisent à peu près toutes les manipulations logicielles possibles et imaginables pour agrémenter leurs photographies, bien souvent avec d’extraordinaires résultats.

Je considère pour ma part que la seule limite que l’on doit se fixer, est régie par 3 choses :

  1. Le type d’image réalisé
  2. La destination de l’image finale
  3. L’honnêteté intellectuelle dont on doit faire preuve concernant les manipulations opérées (au même titre que les photos d’animaux captifs ou manipulés !)

Le type d’image : savoir à quoi on s’expose !

Sans m’étendre indéfiniment sur le sujet, je considère qu’une photographie documentaire d’animal sauvage n’a pas à faire l’objet de manipulations lourdes en post-traitement, destinées à dénaturer la scène initiale.

Si l’on peut effectivement recadrer une image pour en améliorer la lisibilité (ou « rapprocher » le sujet via ce recadrage), ou bien récupérer des hautes lumières ou des zones d’ombres sur des scènes fortement contrastées (les capteurs si bons soient-ils de nos jours ne font pas de miracles !) il est pour ma part exclu de – par exemple – détourer un sujet pour le recoller dans une autre image, de modifier les couleurs ou retoucher l’environnement en ajoutant ou supprimant des feuilles, ou encore en rajoutant du flou autour de son sujet…

À contrario, une photographie aérienne nécessite très souvent un post-traitement relativement lourd, si les conditions météorologiques ne sont pas parfaites (fort voile atmosphérique impliquant une très forte baisse du contraste général et souvent l’usage de filtre gradué pour uniformiser les couleurs et les tonalités, remise à niveau de l’horizon, etc.)

Exemple de photographie aérienne ayant fait l’objet d’une retouche globale + filtre gradué sur le ciel

Sur les photographies d’animaux domestiques, je m’autorise à peu près tout ce qu’il est possible de faire pour rendre meilleures les images : point d’intérêt naturaliste, seule la beauté du cliché final importe. C’est l’une des rares « spécialités » où je suis en roue libre de A à Z (mais bien souvent, je n’en fais pas plus que pour les autres images… Sauf en studio peut-être)

Dans tous les cas, j’essaie toujours de prévoir quelles seront les éventuelles opérations à réaliser en post-traitement, si les conditions de prise de vue ne sont pas optimales et ne permettent pas (ce que je préfère bien évidemment) de réaliser des images quasiment « parfaites ». L’une des retouches que je m’autorise systématiquement est le recadrage / redressage de l’image. En effet, dans le feu de l’action il n’est pas rare, malgré la présence de repères dans les viseurs modernes, de « shooter » bancal 🙂 d’autant que je cadre quasi toujours un peu plus large, justement dans l’optique de pouvoir éventuellement procéder à un ajustement des niveaux d’horizon !

La destination de l’image : du « tout permis » aux règles strictes

Le second point est la destination de l’image finale. À ce sujet, je tiens d’ailleurs à préciser qu’étant utilisateur d’Adobe Lightroom pour gérer ma photothèque, il n’est pas rare que je dispose de plusieurs versions d’une même image (via les fameuses « copies virtuelles ») !

En effet, lorsque l’on participe (par exemple) à un concours photo international, régit par des règles précises en matière de retouche / optimisation des clichés, il faut respecter certaines limites qu’une image destinée à l’illustration (via une agence ou en direct) peut allègrement franchir.

Par ailleurs, il est possible, à partir d’une même photographie initiale, de générer plusieurs images finalisées (exemple : une version en noir et blanc très contrastée, l’autre recadrée en panoramique parce qu’un client désirait ce type de format, une troisième retranscrivant une ambiance particulière, etc.) avec chacune une destination précise !

On sort donc du cadre même de la retouche, puisque d’une photographie originale, on obtient potentiellement plusieurs images finales 🙂

Rester honnête !

Sur ce point précis, on touche directement à l’égo du photographe. Les réseaux sociaux aidant, nous sommes (malgré nous) à la recherche de reconnaissance, alimentés d’abord par ce besoin de partager, mais aussi parce qu’il est humain de vouloir être reconnu dans une activité artistique comme la photographie.

La seule limite que l’on s’impose donc est celle de son honnêteté. De manière générale, mes contacts et amis photographes jouent le jeu, et précisent toujours comment sont réalisées les images, et s’il y a eu post-traitement (s’ils ne le précisent pas, ils ne s’en cachent pas en tout cas !)

Retouche ? Pas retouche ?… Ici non : il s’agit bien de deux images différentes, sans AUCUNE retouche d’ailleurs ^_^

Pour ma part j’aime être clair à ce sujet. J’ai par exemple, concernant les conditions de prise de vue de mes photographies, apposé le mot-clé « Captivité » sur toutes les images réalisées en parc de vision. De la même manière, lorsqu’un client me demande une image ayant fait l’objet d’un lourd post-traitement (ça arrive rarement, mais ça arrive), je le précise.

Quels outils pour retoucher les images ?

Je connais de nombreux photographes qui sont d’excellents techniciens de terrain, mais de piètres retoucheurs (car quoi qu’on dise, il ne suffit pas d’avoir un logiciel de retouche pour réussir son post-traitement, même si les outils actuels de gestion de flux de production offrent moult possibilités répondant à 90% des besoins en la matière !)

Adobe Lightroom, logiciel de gestion de flux de production, reste à mon sens la pierre angulaire du photographe : outre le module photothèque qui permet une gestion efficiente de son fond photographique, il intègre un merveilleux « moteur » de développement numérique, offrant les réglages essentiels pour obtenir, depuis vos fichiers RAW, toutes les variantes possibles et imaginables de vos images.

Adobe Photoshop, célébrissime logiciel de retouche et création graphique, est son logique compagnon… pour qui sait le manipuler, tant il peut s’avérer complexe pour les tâches parfois basiques !

Si je possède ces deux logiciels (via un abonnement chez l’éditeur), il n’est pas rare que j’utilise d’autres logiciels, gratuits, pour les retouches rapides ou légères sur mes photographies (nb : travaillant dans le milieu du web, il m’arrive souvent de devoir éditer des photographies pour les intégrer sur les sites que je gère)

Je me suis dernièrement arrêté sur l’éditeur photo Movavi (payant mais à tout petit prix, et en « one shot ») car il offre, de manière très simple et ergonomique, l’essentiel des petites choses dont on peut avoir besoin quand on veut réaliser des retouches rapides sans devoir sortir la machine de guerre Photoshop. C’est un choix parmi tant d’autres, mais qui a le mérite d’apporter des réponses rapides que la plupart des gratuits n’offrent pas.

Le gros avantage de ce petit logiciel est qu’il est abordable par le commun des mortels, de manière simple : idéal pour la retouche rapide d’image à petit prix pour les entreprises ou les particuliers qui n’ont pas les moyens d’acquérir un Photoshop, et ne veulent pas de l’ergonomie « relative » d’un Elements !

L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature
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