[Photo Nature] Part I : Les facteurs de réussite

30/04/2006 19 commentaires par Cédric G. +

Suite à de nombreuses discussions avec des amis photographes à propos des facteurs faisant la réussite d’une photo animalière, j’ai décidé d’écrire une petite série d’articles sur lesquels je vous invite à bien évidemment réagir et apporter vos remarques ou expériences. Le premier d’entre eux est tout simplement axé sur les critères de réussite d’une photo animalière : qu’est-ce qui fait qu’une photo va être réalisable, et in extenso réussie ?


Je ne parlerai ici bien évidemment que des photographies réalisées sur des sujets sauvages (la photo d’animaux domestiques, familiers ou en captivité n’ayant pas les mêmes contraintes ni même les mêmes buts en soi !)

Facteurs techniques

La technique, si elle n’est pas indispensable en soi, est une nécessité en photographie animalière : elle englobe aussi bien l’aspect photographique (maîtrise du matériel employé, qualité du matériel, focale utilisée, ouverture des objectifs…) que l’aspect pratique (affût, matériels de camouflage, matériels pour le repérage…)

Le type de boîtier tout d’abord : un boîtier argentique peut apporter certains avantages (silence au déclenchement – comme les EOS RT – mais aussi et surtout, fonctionnement en conditions extrêmes puisque certains modèles sont 100% mécaniques et n’ont pas les contraintes des reflex numériques qui se mettent à ne plus fonctionner au-delà de certains critères tels que les températures extrêmement basses) ; d’un autre côté le numérique apporte d’autres avantages (changement de sensibilité à la volée, performances à haute sensibilité, « autonomie » de déclenchements permise par l’utilisation de cartes mémoires de grande capacité, etc…) ; n’ayant jamais utilisé d’argentique, il m’est personnellement inconcevable d’y passer tellement le numérique offre de souplesse ;-)

Les optiques : inéluctablement, les longues focales font parti du « paysage » de la photographie animalière, et ce depuis des années. Les dernières technologies (autofocus à motorisation ultrasonique, apportant silence et rapidité ; stabilisation optique permettant de gommer les bougers du photographe, etc…) apportent un confort d’utilisation et font in finé augmenter le pourcentage de réussite de manière sensible. Mais tout celà au détriment du prix (une longue focale lumineuse et stabilisée coûte au bas mot entre 4500 € et 10000 € !). Ces optiques, mariée avec l’utilisation à haute sensibilité des boîtiers numériques récents, permettent des photographies qu’il était « autrefois » impossible à réaliser, sauf à utiliser des systèmes d’éclairage complémentaires (flashs…), par exemple pour la photographie d’animaux crépusculaires (blaireaux, grands mammifères, et photographie en sous-bois plus généralement)

Bien évidemment tout cela nécessite une maîtrise parfaite du matériel et des techniques de base de la photographie. À côté de celà viennent s’ajouter les côtés pratiques de la technique :

Les matériels de camouflage : actuellement, avec l’avènement des loisirs « verts » grand public (pêche, chasse, chasse à l’arc…) il est de plus en plus facile de trouver du matériel spécialisé pour le camouflage et à des prix de plus en plus abordables. Là où il y a quelques années, on se contentait d’habits neutres ou des surplus de l’armée, on trouve désormais des tenues camo extrêmement efficaces avec des tissus dernière génération (imperrespirants et surtout silencieux) permettant de « travailler » dans des conditions extrêmes avec un confort… fortement amélioré dira-t-on (on est encore loin de la perfection sauf à y mettre un certain prix, pour ne pas dire un prix certain !!!)

En tenue camo pour l'approche en sous-bois : tissu silencieux, imper-respirant et s'intégrant parfaitement dans le décor environnant !
Votre serviteur en tenue d’approche en sous-bois (camouflage parfaitement adapté, tissu silencieux, chaud, imperrespirant !)

Les accessoires venant complémenter le matériel photographique se trouvent aussi désormais facilement : tentes d’affût, filets, bâches, mais aussi systèmes de déclenchement automatique (piégeage photo), etc… Qui s’ils sont encore un peu onéreux, sont désormais en vente sur les sites et magasins spécialisés (là où les « anciens » devaient tout bricoler eux-même !)

Au-delà de tout cet attirail technique, son utilisation adapté contribue fortement à la réussite de la photo visée ! Chaque technique ayant son « équipement » (tenue camo « légère » pour la billebaude, camouflage poussé pour l’affût, piégeage photo pour les animaux en vol, longues focales pour les oiseaux, objectifs macro pour les insectes, etc…)

Enfin, dernier élément : la documentation ! Outre les livres qui se trouve de plus en plus nombreux sur des sujets pointus relatifs à la nature (et la photographie), l’Internet permet d’augmenter sensiblement la vitesse d’apprentissage de la nature et de la technique proprement dite (même si rien ne vient remplacer l’expérience de terrain !).

Connaissances naturalistes

Je pense que cet élément est essentiel dans la réalisation d’une photographie animalière. Toute la technique du monde ne saura remplacer la connaissance de son sujet !

La photographie nature implique de s’approprier un certain nombre d’informations sur les sujets que l’on désire traiter :

  • les moeurs de l’animal (heures de sorties, habitudes, régularité de passage, alimentation…)
  • les facteurs de dérangement (périmètre de sécurité, acuité des sens, conséquences des dérangements sur les individus ou leur progéniture…)
  • les critères d’identification

Tout ceci de manière à maîtriser les conséquences de ses actes sur les sujets étudiés : il est en effet impensable de mettre en danger un animal (ou ses petits) pour la réalisation d’une photo ! Il faut savoir que certaines espèces d’oiseaux, en cas de dérangement au nid, abandonnent purement et simplement leur progéniture. Qu’un jeune (chez les chevreuils par exemple) touché par un humain est de toute façon condamné car abandonné par sa mère. Qu’il est dangereux pour un batracien d’être manipulé sans s’être mouillé les mains auparavant (car sans cela on lui prélève involontairement le mucus protecteur qu’il a sur son épiderme). Etc…

Les connaissances de ses sujets passent aussi par le repérage (à la jumelle généralement, et sur carte IGN), l’étude topologique du terrain (pouvant favoriser l’approche), le sens du vent (pour les mammifères), l’orientation de la lumière aux heures potentiellement intéressantes, le suivi de la météo, voire même le chronométrage des allées-venues (cas de nourrissages au nid par exemple) de manière à pouvoir s’installer sans dérangement.

Facteur « chance »

Enfin, dernier volet à mon sens contribuant à la réussite d’une photo de nature à orientation animalière, et non des moindres : le facteur « chance » !

À celà j’assimile plusieurs choses qui sont tout simplement indispensables à la réussite d’une photographie animalière :

  • Le sujet (!)
  • L’instant (la présence du photographe est disons… indéniablement un critère de réussite ! mais faut-il déclencher au bon moment !!!)
  • La lumière

La photographie animalière est une discipline demandant un capital temps énorme : très souvent (trop souvent) un des trois éléments cités ci-dessus manque à l’appel. Que d’heures passées sur le terrain sans voir « son » sujet ! Que de photographies rendues impossibles par une lumière médiocre (il suffit parfois d’un gros nuage au mauvais moment :-( ) ! Que de photographies ratées car prises une fraction de seconde trop tard (ou trop tôt) ou avec des paramètres de prise de vue inadaptés à l’instant du déclenchement alors qu’ils l’auraient été 3 secondes plus tôt ou plus tard !

Tout ceci contribue à la frustration du photographe animalier, et nombreux sont ceux qui abandonnent. Mais nombreux sont ceux aussi qui, sachant quelle émotion, quel plaisir intense on ressent lorsqu’un cliché est réussi, remettent inlassablement le coeur à l’ouvrage !

Et c’est cela, je crois, qui fait tout le charme de la photo de nature !

Facteur humain

Petit point mais ayant son importance : la possibilité d’évolution du photographe sur le territoire de son sujet ! Si accessoire que cela puisse paraître, il faut savoir qu’en France (par exemple) toute terre appartient à quelqu’un ou quelque chose (commune, entreprise…) et est donc régie par un droit d’accès particulier.

Les possibilités d’accès aux territoires intéressants sont donc un des facteurs essentiels à la réalisation d’une photographie de nature. Bien souvent, les endroits les plus intéressants sont situés dans des parcelles privées, ou des réserves naturelles (théoriquement inaccessibles au grand public). Il est donc intéressant pour le photographe de pouvoir établir un réseau de connaissances lui permettant de s’acquitter des droits d’accès aux endroits les plus propices pour la réalisation de ses photographies ! Et par là passe une entente cordiale avec les autres usagers de la nature et avec les décideurs, quels qu’ils soient (agriculteurs, chasseurs, particuliers, associations de préservation de la nature, etc…), chose parfois rendue difficile par les antagonismes inhérents aux sujets traités (par exemple, sur les « chasses » : le renard ou le blaireau ne sont généralement pas les bienvenus !)

Inutile de préciser qu’il est (à mon avis) indispensable d’avoir l’autorisation du propriétaire avant de pénétrer dans un lieu privé :-)

En résumé

Les facteurs clés de réussite en matière de photographie animalière sont à mon sens :

  1. la technique (à hauteur de 20%) : indispensable pour certains types de sujets, mais globalement secondaire (on peut réaliser de très belles photos avec du matériel « basique » même si l’utilisation de matériel haut de gamme permet d’améliorer sensiblement son taux de réussite)
  2. les connaissances de terrain (à hauteur de 50%) : la photo animalière sans approche naturaliste me semble impossible. Et je n’aime personnellement pas aborder des sujets dont j’ignore tout ;-)
  3. la chance (à hauteur de 30%) : cumuler présence du sujet, lumière et réussite technique à un instant donné n’est pas une chose donnée !
  4. le facteur humain (négligeable ou indispensable, selon cas !)

Je concluerais en disant que finalement, le facteur « chance » s’améliore lorsque les deux premiers points sont acquis : on « provoque la chance » en maîtrisant l’aspect technique (photographique et pratique) et en utilisant ses connaissance sur le sujet et l’environnement dans lequel il vit (choix de l’instant et de l’endroit) !

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L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature

19 réponses sur [Photo Nature] Part I : Les facteurs de réussite

  1. Squirrel a écrit

    Je crois que ta conclusion résume bien mon sentiment général sur ce sujet après m’être "gentillement" essayé à ce type de photo dans le Bois de Vincennes, aux portes de Paris, qui recèle des trésors insoupsonnés pour la région.

    Excellent article (hormis peut-être ta photo qui peut VRAIMENT effrayer le non-initié :D ) qui évitera sûrement certaines désillusions à de nombreux amateurs: vous voilà prévenus ! ;)

  2. Jimmy a écrit

    Excellent article! Pour ma part, même si je ne suis pas un spécialiste de ce genre de prise de vue, je pense que la patience, la connaissance du milieur doit jouer en plus de la technique propre à la photographie ;)

    A propos excellent et très sympa tes essais de studios avec ton chaton.

  3. Jimmy a écrit

    Juste une précision… tu n’a jamais utilisé l’argentique…. ouhh c’te honte ;) :)

  4. Cédric Lemoigne a écrit

    Bel article. Bien écrit et expliqué. Y’a que la photo qui fait peur :)

  5. Cédric Girard a écrit

    Merci :-)

    Après avoir posé la question sur deux forums photo (où je sais que certains membres sont amateurs de ce genre de photographie) il en est ressorti un certain nombre d’oublis de ma part, et plus particulièrement en ce qui concerne le côté émotionnel du photographe !

    Il m’est effectivement arrivé de rater une photo quand un sujet inespéré déambulait devant mon objectif : perte de mes moyens, emmêlage des boutons et finalement, ratage du cliché ! Mais avec l’expérience on arrive tout de même à se maîtriser ;-)

    L’autre facteur (et non des moindres) : le temps ! La photo animalière demande énormément de temps. Temps d’apprentissage (connaissances naturalistes, connaissances photographiques, maîtrise des matériels) et temps sur le terrain (repérage, sorties avec des associations naturalistes, attente des sujets, de la lumière, etc…)

  6. Cédric Lemoigne a écrit

    Et dire que je n’y ai pas pensé. Au moins pour le temps. Ma femme est formidable. Rien que sur les 5 derniers jours j’y ai passé 95h soit 19h/24h …:)

    Quand au coté émotionnel, j’ai moins de problème. Un self contrôle de naissance on va dire :) Et puis la nature rend zen non ? ;)

  7. Cédric Girard a écrit

    KWWWOOOAAA ???

    95 heures en 5 jours ??? Mais c’est à peu près le temps que j’y consacre… par trimestre (je me trompe peut-être mais pas de beaucoup !)

    Faut vraiment que je change… de métier ;-)

  8. Cédric Lemoigne a écrit

    Bah quand je prend 5 jours c’est 5 jours rien qu’à ça hein après je fais d’autres photos pour le travail mais c’est pas de l’animalier :( (pour l’instant ;) )

  9. Cédric Chassagne a écrit

    Salut Cédric,

    Trés bons conseils pour un qui débute un peu comme moi, et ce temps … toujours trop rare … Ca fait deux matins d’affilée que je suis sur le terrain de 5h45 à 7h30, je n’ai pour l’instant réussi qu’à faire fuir deux chevreuils, qui ont râlé qui plus est …

    Du coup, je revoit ma tenue camouflage aujourd’hui, et j’ajoute une cagoule qui me semble en fait impérative !!!

    Voilà, merci de ces conseils, et amitiés, Cédric.

  10. planeur44 a écrit

    tout à fait d’accord sur ce que tu exprimes sur les factuers chances; lorsque que je suis en chasse, je constate plusieurs choses d’abord oublié l’aspect technique de son appareil on doit le conduire d’instinct comme sa voiture, mais il faut faire osmose avec l’environnement, l’animal ou le milieu ressent votre comportement votre nervosité, mais d’autres facteurs déranges aussi (parfum, déodorant, sueur etc…), il m’arrive de passer plusieurs heures dans l’eau des marais lorsque j’en sort je pue autant la vase et autres….Mais l’osmose est là je vis en la regardant cette nature, je deviens comme ces aborigènes qui suivent leurs proies en pensant comme leur proie, je me fatigue comme elle, je sens comme elle, je crains le danger comme elle c’est celà l’osmose d’un photographe animalier, parfois je ne ramène aucune photos, même en ayant aperçu ce que je voulais voir, parfois entouré de centaines d’oiseaux de différentes variétés(vanneaux, hérons, ibis, grande aigrette, au milieu de froissement d’ailes, de cris grégaires, je suis en osmose et ne veux pas bouger trop magique.
    Bravo pour ton site et dieu sait que j’en visite, tes pensées sont communicatives, et te souhaite bon voyage dans ce domaine que j’aime tant….

  11. Nicolas a écrit

    Bonjour,
    C’est sympa de faire profiter les autres des conseils et des photos. Certaines sont vraiment, vraiment remarquables !

    Moi j’ai débuté la chasse-photo en amateur au printemps, et je ne sais pas trop quoi penser des tenues camouflées. J’ai acheté un "chèche" filet de camouflage de l’armée française. Ca en revanche , avec une cagoule, c’est super utile pour improviser un affût où se couvrir partiellement en approche.

    Cédric, je t’envie bcp d’avoir du matos numérique pareil. Il faut en vendre des photos pour rentabiliser ça !
    Pour les amateurs pas toujours fortunés, l’argentique d’occasion reste plus abordable. Au moins pour commencer…

    merci pour les conseils en ligne et bonne continuation !

    PS : si tu as des adresses de sites traitant des moeurs et habitudes du chevreuil, je suis preneur…

  12. Pelomar a écrit

    Bonjour,

    Excellent article, je voulais juste corriger un point qui est une légende tellement bien ancré dans l’esprit de tous qu’on ne se demande meme pas si elle est vrai…

    Une femelle chevreuil n’abandonnera PAS son petit parce qu’un humain l’a touché ! Au pire, elle lui donnera un bon coup de langue sur le pelage et c’est réglé.
    Bien sur, ca ne veut pas dire qu’il faut s’amuser a toucher des faons, mais tout de meme…

  13. Cédric Girard a écrit

    Merci Pelomar pour cette précision ;-)

    J’ai eu un moment quelques doutes car une amie avait effectivement trouvé un faon de chevreuil dans son jardin il y a 3/4 ans, fait quelques photos et l’avait redonné à sa mère quand elle a pointé le bout de son museau, sans problèmes apparemment !

    • Guillaume E a écrit

      Comment elle l’a rendu ?

      • Cédric G. a écrit

        Ah ça je ne sais pas, je n’ai vu que les photos. Je pense que ça a du se faire le plus simplement du monde.

        Note qui a (peut-être) son importance : ça s’est passé dans un centre équestre assez excentré. La présence de chevaux a-t-elle joué un rôle ? Je n’en sais rien.

  14. Pelomar a écrit

    Sinon, je tiens a dire que je parcours ta galerie depuis une grosse demi heure et que tes photos sont tout simplement magnifiques, j’espere arriver un jour a un tel niveau.

    Continue :)

  15. Rémi D. a écrit

    Bonjour,
    Je découvre ton site (grâce à un lien sympa sur le forum C.I.) et suis époustouflé par sa qualité pédagogique et, « l’esprit » qui s’en dégage. Que ce soit pour gérer son odeur en affût ou pour des scripts hautement pointus de Photoqhop, on retrouve toujours le souci de transmettre, dans l’humilité et le respect, une GRANDE compétence, basée d’abord sur l’EXPÉRIENCE ! MERCI Cédric !
    Sinon – et juste histoire de souligner d’un sourire, EN PLUS, la qualité graphique ET RÉDACTIONNELLE de ton site (il y a donc des informaticiens qui savent écrire, sis si !) –, je pense que, dans ton premier paragraphe « supra », l’expression « in fine » aurait été plus pertinente que « in extenso » (clin d’oeil de latiniste).
    PS : Ai-je dit que je trouve tes photos particulièrement empreintes de l’évident amour que tu porte à la nature et à ses hôtes ? Alors, pour cela aussi (et surtout !)… re-MERCI !!
    RD

    • Cédric G. a écrit

      Bonjour Rémi

      Merci pour ton message :)

      Il est vrai que j’apporte une importance toute particulière à la qualité de mes textes : des erreurs subsistent parfois, mais j’y travaille ;)

  16. ZINT Aurelien a écrit

    Très bien expliqué, merci !

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