Concours photo Terre Sauvage 2011 : blocage en règle !

13/05/2011 23 commentaires par Cédric G. +

Depuis près d’un mois, une vague de protestation s’est élevée contre le magazine Terre Sauvage et son concours photo annuel, dont la nouvelle mouture, renommée Nature Images Awards, induit la cession des droits d’auteurs de tous les nominés pour une durée de 2 ans au magazine, et dans une moindre mesure à ses partenaires (soit au bas mot… un minimum de 1590 photos !)

Fort de ce constat, nous avons été près de 600 à ce jour à nous joindre au mouvement de contestation, demandant simplement que le règlement du concours soit revu, à l’image des plus grands concours actuels : Montier-en-Der, GDT, Wildlife Photographer of the Year, AVES, etc.

Suite au dernier courrier envoyé par les représentants des photographes de nature, le directeur du magazine nous communique sa réponse :

Bonjour,

Parmi les inexactitudes et les incohérences –assez nombreuses- que recèle votre message, il en est une qui me flatte beaucoup : en affirmant que j’aurais « rompu toute négociation », vous me prêtez des pouvoirs que je n’ai pas ! Comment peut-on « rompre » ce qui n’a jamais existé ?

Que faut-il, en règle générale, pour qu’une négociation se noue ?

  • la présence de deux (au moins) interlocuteurs identifiés, légitimes, représentatifs et habilités à conclure ;
  • une capacité d’écoute et de proposition ;
  • une volonté partagée de trouver une issue convenable à une situation de désaccord, ou au moins d’essayer.

Il est clair qu’à ce jour, aucune de ces conditions n’est remplie :

  • s’il y a bien d’un côté un interlocuteur repéré (BNT) et des représentants qui s’expriment à visage découvert, il y a de l’autre « un » nébuleux « collectif » autoproclamé, à la représentativité discutable, dont l’identité, le nombre et la qualité des membres qui le composent n’est connue que d’eux-mêmes, et en tout cas ni des interlocuteurs avec lesquels il prétend « négocier », ni même des photographes dont il prétend « canaliser » le propos. La négociation requiert la confiance et la transparence, celles-ci ne s’accommodent ni de la clandestinité, ni de l’anonymat !
  • Pour tenter de comprendre les raisons de votre irritation, je vous ai demandé dans mon précédent message un certain nombre de précisions, d’explications, auxquelles je ne trouve aucune piste de réponse dans votre mail. Comment avancer dans ces conditions ? Nous essayons d’être à l’écoute de vos préoccupations, il est clair que la réciproque n’est pas vérifiée…
  • Nous avons dit notre disponibilité pour préciser les usages qui seront faits des images par les différents protagonistes du concours, via une Foire aux questions. Cette proposition ne semble pas vous convenir, mais vous n’en formulez aucune autre. A l’inverse, vous restez bloqués sur une position clairement inacceptable, prétendant dicter par l’intimidation et la contrainte votre propre loi quelles que soient par ailleurs les dispositions légales. Convenez que votre volonté de trouver une issue puisse être légitimement questionnée !

Au terme de ce constat, deux options sont ouvertes :

  • poursuivre indéfiniment cet affrontement stérile qui ne sert les intérêts de personne ;
  • saisir enfin les opportunités de rapprocher des points de vue divergents, et renouer la confiance dans une perspective constructive.

Ce choix vous appartient. Pour notre part, notre disponibilité reste totale.

Bien à vous

JJF

Notre position « clairement inacceptable » (je cite) ne consiste qu’à calquer le règlement du concours photo Terre Sauvage, à celui des principaux concours photo nature actuels : est-ce là une chose inacceptable pour Terre Sauvage et ses partenaires ?…

Je me pose donc des questions quant aux préoccupations de Mr Fresko, puisqu’il s’interroge sur les notre, pourtant claires : nous ne voulons pas céder nos droits d’auteur, sous le coup d’un concours photo (chose très clairement réprouvée par la charte des concours photo proposée par l’UPP, charte que je trouve par ailleurs extrêmement bien faite !) fut-il chichement doté !

En date du 17/05/2011, on peut affirmer qu’aucune concession ne sera faite : j’invite tous les lecteurs de ce blog à communiquer à l’ensemble de leurs contacts (photographes, naturalistes ou plus généralement amoureux de la nature) sur les méthodes du magazine Terre Sauvage pour obtenir gratuitement des photos, et de ne pas participer au concours Nature Images Awards 2011 !
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L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature

23 réponses sur Concours photo Terre Sauvage 2011 : blocage en règle !

  1. Cédric G. a écrit

    Voilà, le courrier qu’a reçu Mr Fresko (puisqu’il manquait dans l’article, que je ne veux pas modifier car déjà long) :

    Monsieur Fresko,

    Un collectif s’est créé de manière spontanée pour canaliser les réactions légitimes à un concours dont aucun photographe ne peut accepter les clauses. L’une des actions du collectif a été de canaliser les réactions, lutter contre tout dénigrement, et protéger l’image du magazine Terre Sauvage, afin de préserver un avenir serein une fois les clauses modifiées.
    Le collectif représente 600 photographes dont beaucoup de professionnels parmi les meilleurs, qui tous demandent la modification des clauses du concours.
    Nous ne demandons rien que d’usage, à savoir limiter strictement l’utilisation des photos à la promotion du concours, comme le font les concours de référence : BBC Wildlife, GDT, Montier, ou d’autres concours comme AVES et International Canon Awards.
    Dans la mesure où nous signons avec une personne morale, aucun autre acte que la modification dans ce sens des clauses du concours ne saurait nous satisfaire.
    D’une manière plus générale, les autres concours qui ne suivraient pas ces exemples sont déjà ou seront boycottés par les photographes et dénoncés en temps utile. Signalons au passage qu’aucun à notre connaissance n’a perduré plus d’un an ou deux sinon celui de Terre Sauvage, et aucun n’a eu de retentissement.
    Il est clair qu’aujourd’hui, retentissement et bonne image sont indissolublement liés au respect des photographes.
    Le GDT, partenaire-phare qui donnait de la crédibilité à votre concours, l’a bien compris et vous a écrit qu’il estime le point 7 du règlement abusif et à l’encontre de l’éthique. Au vu de votre réponse, que nous n’avons pas, il se retire des partenaires et exige que ni son nom ni son image ne puissent être associés au concours.
    Delachaux-Niestlé a émis des réserves, pour le moins, et ne s’associe pas à une possibilité d’utilisation en dehors du cadre de la promotion du concours, en évoquant cependant une publication avec vous dont les termes nous semblent discutables (nous attendons des précisions de votre part).
    Vous n’avez cependant pas cru bon de profiter du temps qui vous était donné et de divers courriers pour changer de position. Pire, le GDT se retire du fait de votre refus de modifier les clauses. Il est donc clair que vous avez rompu toute négociation, tant avec votre ex partenaire qu’avec nous.
    Si vous et le partenaire qui vous soutient encore pleinement, l’UICN, souhaitez récolter des droits d’utilisation à bon compte, sous couverture d’un pseudo-concours, le public a lui aussi le droit de le savoir et d’y voir un manque éthique, un pas vers une baisse générale de qualité, et l’aggravation de la situation précaire d’une profession pour laquelle il a de l’estime. Par conséquent, il peut s’orienter vers d’autres magazines, en son âme et conscience.
    600 photographes et beaucoup de naturalistes attendent une simple modification de clauses dans l’intérêt de tous, y compris le vôtre et celui de vos partenaires restants. Dans le cas contraire, il est clair que le collectif ne suffira pas à endiguer la colère des photographes et que ces derniers intensifieront leurs actions de communication.

    Bien à vous

    Les représentants des photographes de nature

    Copie à vos partenaires

    Note : ce courrier sera publié sur internet

  2. Raf a écrit

    C’est du pilonnage. Va t-il réagir ?

    Au fait, pour les non utilisateurs de Twitter et Facebook, y a t-il moyen de signer contre ces pratiques ?

  3. pyrros a écrit

    Il est entêté le monsieur …

  4. Régis M. a écrit

    Bon déjà, bravo Cédric la photo de cet article est rudement bien choisie !

    Clair qu’il est entêté le monsieur ! Mais tout cela est évidemment calculé. C’est un responsable d’entreprise, avant d’être un amoureux de la nature. Pour lui et ses conseillers ( il est forcément bien entouré ) le calcul est vite fait :

    – coté moins : au mieux 600 personnes ( les photographes signataires) qui n’achèteront plus Terre Sauvage, au pire un petit millier, ce qui doit représenter une goutte d’eau parmi les dizaines de millier de ventes mensuelles. Donc, quelques sous en moins, mais à mon avis, pas grand chose

    – coté moins encore : un déficit d’image ? Aujourd’hui oui, peut-être, mais qui se souviendra de cette histoire dans quelques mois, si ce n’est nous, les photographes nature. Le grand public, lui, ne s’en souviendra.

    – coté plus : les milliers de photos récupérées gratis avec leur concours représentent un gros bénéfice pour eux, puisqu’ils auront autant de droits d’auteurs à ne plus payer.

    C’est clair que pour 100 € de gagné d’un coté ( droits d’auteurs gratis) contre 1 € de perdu à cause de quelques magazines pas vendus, leur choix est évident.

    Que penser de tout ça : il faut évidemment continuer le  » combat  » . Mais ne l’oubliez pas, ce sont des business man, qui ont pour seul moteur professionnel : l’argent.

    • Cédric G. a écrit

      Bonjour et merci pour votre passage 🙂

      Régis, je suis d’accord avec toi pour le calcul, mais tu oublies un petit élément : parmi les signataires, figurent 100% des professionnels habitués à bosser avec eux, et une grande partie des pros susceptibles de leur fournir des images.

      Moi je dis : ils prennent un risque : celui de rompre les relations qu’ils ont avec leurs fournisseurs !

      On va me répondre « ils trouveront ailleurs ». Sauf que là c’est le gratin de la photo animalière en France et en Europe ! Si c’est pour monter un mag à coup de microstock, c’est cassage de gu… assuré car Terre Sauvage, historiquement, c’est d’abord l’image… Il y avait sur ce point une baisse de qualité ces dernières années et m’est avis que c’est pas prêt de s’arrêter.

      En ce qui concerne le concours, ils prennent également un (gros) risque, celui d’évincer un grand nombre de participations chez les photographes francophones. Et ailleurs ! Car nous n’allons bien évidemment pas nous arrêter à la Francophonie (des traductions sont déjà faites ou en cours dans nombre de langues : anglais, allemand, espagnol, portugais, russe, et très prochainement d’autres…) : ils sous-estiment la grandeur du réseau relationnel dont disposent les photographes animaliers !

      On ne demande pas la Lune : juste le RESPECT. C’est quand même pas sorcier d’aligner un règlement de concours, et le cas échéant de rémunérer les photos, non ?

      C’est toujours la même rengaine :
      – le rédacteur est payé
      – le maquettiste est payé
      – l’imprimeur est payé
      – le transporteur est payé
      – le distributeur est payé

      Pourquoi c’est TOUJOURS le photographe qui se ferait entuber ?

    • Raf a écrit

      Plop Régis,

      Je n’ai rien signé à ce jour mais y réfléchirais par 2 fois avant d’acheter leur magazine une prochaine fois. Les signataires ne sont que la surface de l’iceberg.

      C’est dommage car historiquement, c’était une référence de la photo nature. Mail la qualité de leurs articles à baissée en effet…

  5. Stéohane.e a écrit

    Formulaire rempli.
    Bravo pour l’initiative.

    Stéphane.

  6. Darth a écrit

    Je trouve cette histoire plus triste qu’autre chose.

    Heureusement que certains sont prêt à relever les manches pour faire savoir ce genre de chose.

    Je suis cette affaire de très près depuis que tu en parles, et je pensais peut-être naïvement qu’au vu du bruit que cela à fait sur la toile, de la perte de certain sponsor qu’ils allaient revoir leur copie.

    Au passage, je ne sais pas si je suis plus bête que les autres, mais pas moyen de donner mon avis sur le lien facebook que tu as donné 🙁

    • Cédric G. a écrit

      Salut Darth

      Pour donner son avis sur le lien Facebook, il faut… « aimer » Terre Sauvage (je sais : c’est le comble de l’ironie 😉 )

      Bon week-end à vous, moi je lâche un peu prise, j’en ai bien besoin !

    • Darth a écrit

      C’est en effet un comble!

      Mais c’est bon, j’ai écrit sur leur page que « j’aime » 😆

  7. Cédric G. a écrit

    J’en profite pour faire un petit aparté sur la photo : elle a été réalisée lors d’un reportage en 2008, en « immersion » dans une association de sauvetage des lévriers espagnols, les galgos.

    Nous avons pu approcher une « perrera », une fourrière espagnole privée qui est rémunérée par le gouvernement espagnol au kilo de chien mort… Et cette photo illustre le triste sort des chiens dans ces « entreprises » dont la mort est le fond de commerce.

    Le site de l’association : http://galgosespoir.com/ (le logo est issu d’une des photos que j’ai réalisé en 2008 🙂 )

    Je dois (un jour) y retourner pour terminer le reportage…

  8. Mach a écrit

    Donc dans ce foutoir sans nom, il a fallu creer un collectif pour faire entendre une voix !. L’UPP ne sert donc a rien, visiblement. C’est dommage d’avoir a se substituer a une organisation professionnelle qui devrait defendre les droits des photographes. Mais doit-on leur demander d’intervenir ? Voila toute la question. Personnellement, je pense que si on leur en parle, ils vont nous écouter. Quelqu’un a un concours photo dans le coin ? Si vous voulez je vous transmet les conditions generales photo imposees par la societe EntreCom qui fait de la com et la promo de la photo. je devrais dire la foto. C’est plus juste. ca fait moins photo…!

    • Cédric G. a écrit

      Pour information l’UPP relaye régulièrement (et l’a fait concernant celui de Terre Sauvage) les concours aux règlements douteux.

      Après, tout le monde n’est pas adhérent à l’UPP, et le concours est international, ce qui complique la donne.

  9. Cédric G. a écrit

    (commentaire modifié par moi-même)

    Terre Sauvage semble, sur sa page Facebook, disposé à dialoguer… par email avec chacun des photographes (!)

    Aussi pourquoi ne pas utiliser les moyens mis à disposition – autrement dit les forums – pour ce faire ? Le dialogue, dès le début du « conflit », aurait peut-être permis d’éviter tout ce bruit inutile !

  10. Nico a écrit

    de la part d’un grand magazine c’est étonnant mais, de nos jours (comme avant, certainement) le profit prend le dessus et les considérations éthiques sont négligées voir improbables.

  11. Ducry Michèle a écrit

    Au sujet de la photo du chien et du sort des galgos en Espagne, j’avais déja lu des articles.
    Entendu cet après midi une personne qui expliquait cette horreur,
    Comment expliquer une telle cruauté???
    J’avoue que ça me dépasse, en Europe et en 2011 …… c’est vrai que pleins de gens font ce qu’ils peuvent pour le bien, mais si les autres ne faisaient pas le mal, ça serait tellement + simple. Il ne faut hélas pas trop réver….mais quand même, c’est ignoble.

  12. Sophie.b a écrit

    bravo pour l’initiative

  13. xinomavro a écrit

    il est magnifique ce chien derrière ces barreaux rouges

  14. Linh_Hanoi a écrit

    C’est malheureux… Ce concours promettait de belles choses.

  15. RATATOSK a écrit

    Je ne suis pas sur qu’un boycott se traduise en une perte de chiffre d’affaire par le magasine… et donc que ce soit une méthode efficace.

    Ne serait il pas plus vicieux de spammer le concours avec de fausses candidatures apportant leur lot de photos bidons et inexploitables ? L’objectif étant de saturer les moyens informatiques et humains de la cible. Concernant le mode opératoire, je pense que Cédric, informaticien, sait surement comment passer du simple envoi individuel au bombardement de candidatures automatisé (ou semi automatisé au cas où il y aurait du captcha).

    • Cédric G. a écrit

      Hé hé

      Une excellente idée, au détail que l’entrée au concours est… payante !

      Quoi qu’il en soit, il semblerait que notre action ait porté ses fruits, du fait de la date de fin de concours sans cesse reculée et de l’absence des principaux organisateurs de certains grands évènements sur la photo nature où ils étaient historiquement présents…

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