Pratique : Comment photographier son chien ?

03/06/2018 Aucun commentaire par Cédric G. +

J’ai régulièrement des demandes sur une éventuelle réédition de mon livre sur la photographie animalière. J’ai le plaisir de vous annoncer que le manuscrit est finalisé ainsi que le montage ! Et pour fêter cela, voici un extrait de l’ouvrage, dédié à un sujet concernant nombre de familles : comment photographier son chien ?

La diversité des races fait du chien l’animal domestique offrant le plus de possibilités en matière de photographie. Petits, grands, sportifs, utiles, à poil long, à poil ras : autant d’occasions de réaliser des clichés aussi variés que le sont ces animaux attachants.

Chiots bergers allemands photographiés en studio

Chiots bergers allemands photographiés en studio

De la simple photo souvenir du chien de la famille à la manifestation sportive ou d’utilité (dressage canin, concours de beauté, chiens de berger avec le troupeau, etc.) mais aussi aux photographies destinées à sensibiliser le public à la cause animale, il existe une multitude de situations qu’il serait bien vain de vouloir détailler de manière exhaustive.

Le regard implorant de ce chien enfermé dans une fourrière espagnole est mis en exergue par le cadrage vertical.

Le regard implorant de ce chien enfermé dans une fourrière espagnole est mis en exergue par le cadrage vertical.

Si les chiens adultes se prêtent volontiers à de belles parties de jeux ou d’obéissance, les chiots, avec leurs gestes patauds, offriront de jolies occasions de scènes touchantes d’espièglerie et de tendresse. N’hésitez pas à les mettre en présence d’accessoires improbables pour obtenir des situations cocasses, tout en préservant l’harmonie du décor. Évitez les jouets en plastique aux couleurs flashy dans un jardin enherbé, et les bouts de bois ou les bûches en intérieur !

Partie de jeu entre deux chiots labradors.

Partie de jeu entre deux chiots labradors.

Attitudes et particularités du sujet

L’erreur la plus courante lorsque l’on photographie un animal domestique, et plus particulièrement un chien, est de se focaliser sur la technique photographique en oubliant le sujet et ses spécificités. Tout comme pour la faune sauvage, il est important de connaître les bonnes attitudes de son sujet mais aussi les particularités de la race, le cas échéant.

La première chose à observer chez le chien (comme chez beaucoup d’animaux d’ailleurs) est la position des oreilles : typiquement, un chien soumis à l’ordre de son maître pour maintenir une position aura les oreilles tombant vers l’arrière, lui conférant un air apeuré ou triste. Pour remédier à cela, émettez un petit bruit ou sifflement pour le rappeler à l’ordre. Intéressé et curieux, celui-ci redressera les oreilles, le temps d’un cliché. Évitez cependant de l’appeler s’il vous est familier car il n’hésitera pas une seconde à venir vous voir !

Les bergers des Shetland ont les oreilles naturellement cassées, mais doivent comme ici les porter hautes et orientées vers l’avant quand ils sont attentifs.

Les bergers des Shetland ont les oreilles naturellement cassées, mais doivent comme ici les porter hautes et orientées vers l’avant quand ils sont attentifs.

 

Info

Certaines races de chien ont des oreilles tombant naturellement vers l’arrière, à l’exemple des lévriers espagnols, appelés galgos, ou des lévriers irlandais, nommés greyhounds. Ces chiens, utilisés autrefois par les rois pour la chasse au lièvre à la course, ont été sélectionnés au fil des siècles pour leur capacité à courir à très haute vitesse, ce qui en fait aujourd’hui les carnivores parmi les plus rapides au monde, derrière le guépard.

Leur morphologie longiligne, notamment au niveau de la tête, fait que leurs oreilles sont en permanence rabaissées vers l’arrière pour favoriser une meilleure pénétration dans l’air.

Le chien en mouvement constitue également un excellent sujet. Quand la course est rapide, il faut prendre soin de déclencher judicieusement de manière à capturer la bonne position. On préférera généralement le corps allongé et les pattes tendues vers l’avant, afin de suggérer puissance et vitesse, plutôt que le temps de suspension avec les membres regroupés, attitude beaucoup moins photogénique. Une astuce consiste simplement à déclencher justement au moment où les pattes sont regroupées sous le chien : votre temps de réaction, couplé à celui de l’appareil, permettra de figer le mouvement une fraction de seconde plus tard, avec la position attendue !

Très rapide et longiligne, le lévrier espagnol Galgo est l'exemple typique du chien dont on doit anticiper le pas de course pour le photographier dans la bonne attitude !

Très rapide et longiligne, le lévrier espagnol Galgo est l’exemple typique du chien dont on doit anticiper le pas de course pour le photographier dans la bonne attitude !

À l’arrêt, il est toujours intéressant de connaître la race que l’on photographie car chaque race canine possède son standard et ses attitudes et aptitudes. Ainsi, par exemple, chez le berger allemand, la position d’arrêt, dite « du statique », le fait apparaître les deux pattes avant parallèles et tendues, et les deux pattes arrière comme en mouvement de marche, légèrement pliées. La croupe doit être basse, le haut du dos former une ligne horizontale. La tête, haut dressée au-dessus du buste, doit regarder droit devant, gueule légèrement ouverte et langue visible. Cette position évoque le chien prêt à partir rassembler son troupeau, gardant un œil attentif à ce qui se passe devant lui.

Chien Boxer photographié en position dite du statique, mettant en valeur ses points forts.

Chien Boxer photographié en position dite du statique, mettant en valeur ses points forts.

Au contraire, chez le labrador, chien d’eau utilisé pour la chasse, la même position le montre légèrement penché vers l’avant, les quatre pattes parallèles avec la queue tendue vers l’arrière et le regard droit devant, gueule fermée. Cela correspond à la position d’arrêt, quand le chien attend de voir tomber dans le plan d’eau, face à lui, le canard que son maître vient de tirer.

La position du statique est censée représenter la race dans sa plus belle attitude, et il convient donc de la connaître lorsque l’on photographie un chien avec pedigree, de manière à le mettre au mieux en valeur lorsqu’il est à l’arrêt.

Le portrait répond approximativement aux mêmes règles, puisque d’une race à l’autre certains éléments seront exigés et d’autres occultés. Le berger allemand aura par exemple toujours la gueule légèrement ouverte et la langue un peu pendante, et la prise de vue se fera avec la tête légèrement tournée. Bien évidemment, cette règle est aussi faite pour être enfreinte et il ne faut pas tomber dans l’excès en limitant sa créativité.

Portrait de chiot cocker anglais réalisé en studio. Le diaphragme fermé à f/8 a permis d’obtenir une profondeur de champ suffisante pour avoir de la netteté sur toute la tête.

Portrait de chiot cocker anglais réalisé en studio. Le diaphragme fermé à f/8 a permis d’obtenir une profondeur de champ suffisante pour avoir de la netteté sur toute la tête.

Le tout est de prendre en considération l’ensemble des paramètres pour chaque chien et de les marier au mieux pour obtenir des photographies esthétiques et représentatives de sa race.

Prise de vue

Comme pour les animaux en général, la principale règle à respecter en matière de prise de vue est la hauteur à laquelle vous allez vous placer. Restituer le comportement et l’environnement d’un chien ne se fait jamais mieux qu’au travers de ses propres yeux ! Il convient donc de systématiquement vous placer à hauteur de l’animal.

Astuce

La bonne hauteur chez le chien se trouve généralement être celle qui correspond à la partie inférieure de la gueule de ce dernier. Cela implique notamment, pour les petites races ou les chiots, de vous coucher au sol, alors que l’usage d’un monopode, utilisé à sa hauteur minimale et un genou au sol, se révélera idéal pour photographier les grandes races.

Basset hound derrière sa barrière. L’utilisation d’une très grande ouverture de diaphragme avec l’absence de flash a permis de limiter la profondeur de champ en préservant l’ambiance feutrée de la scène.

Basset hound derrière sa barrière. L’utilisation d’une très grande ouverture de diaphragme avec l’absence de flash a permis de limiter la profondeur de champ en préservant l’ambiance feutrée de la scène.

La seconde règle applicable aux chiens touche à l’utilisation de lumière artificielle : comme pour l’animal sauvage, il ne faut jamais utiliser le flash directement orienté sur un animal domestique. Outre la lumière dure et l’ombre portée inévitable que cela va produire, vous obtiendrez un effet « flashy » dans les yeux pour le moins surnaturel et inesthétique, l’éclair se reflétant simplement dans le fond de l’œil du chien. Le flash s’utilisera donc soit très décentré (avec nécessité de pouvoir le déclencher à distance et/ou de le diffuser suffisamment à l’instar des flashes de studio), soit de manière indirecte, typiquement au plafond ou sur un mur de couleur neutre (idéalement blanc).

Info

Le phénomène des yeux rouges chez l’homme vient du reflet de la lumière sur le fond de l’œil appelé macula, qui est tapissé de vaisseaux sanguins. Contrairement aux animaux, l’œil humain reflète partiellement la lumière et renvoie donc cette couleur rouge, ce qui donne cet effet bien connu des utilisateurs de compacts numériques !

Si nos plus fidèles compagnons se prêtent généralement bien au jeu du photographe, il est souvent difficile d’en obtenir malgré tout de bons clichés en environnement naturel. La principale problématique en photographie d’animaux sauvages est la distance de prise de vue souvent trop élevée ; avec les chiens la promiscuité s’avère au contraire souvent trop importante et il convient alors de… prendre ses distances !

La participation d’un complice de jeu sera donc indispensable si vous envisagez de photographier un chien qui vous est familier. Dans les autres cas, les canidés ne prêteront la plupart du temps que peu d’attention à votre présence, ne voyant que leur maître et exécutant ce qu’ils leur ordonnent quand il s’agit d’activités sportives ou de dressage.

La réalisation de cette photo de labradors demanda l’aide de l’éleveur, qui plaça les chiens là où le photographe le voulait, dans la position souhaitée

La réalisation de cette photo de labradors demanda l’aide de l’éleveur, qui plaça les chiens là où le photographe le voulait, dans la position souhaitée

Astuce

On peut trouver des idées de prise de vue sur certains sites dédiés aux animaux de compagnie proposant à la fois des galeries photo thématiques, et des photos d’illustration plus « professionnelles », à l’image de Woopets qui est un exemple concret d’inspiration.

Certaines situations permettront l’utilisation d’un grand-angle afin d’obtenir des photographies surprenantes. Toutefois, soyez prudent, car un chien de 30 kg lancé à pleine vitesse peut sans problème faire tomber un homme en le bousculant : danger pour le matériel photo, qui résiste rarement à une chute !

De manière générale, on préférera les focales supérieures ou égales à 200 mm, l’idée étant comme toujours de détacher le sujet de son environnement en jouant avec la zone de netteté. L’idéal est un mariage entre zoom 70-200 mm pour les portraits et gros plans, et longue focale de type 300 ou 400 mm lumineux pour les prises de vue plus lointaines.

Les paramètres de prise de vue mettront en évidence le regard et plus généralement la tête. Attention avec les races à long museau comme les chiens de berger ou les lévriers : à grande ouverture (f/4 ou plus lumineux), il deviendra bien difficile de préserver la netteté à la fois sur les yeux et sur la truffe si vous n’êtes pas en profil parfait lorsque vous réalisez des plans serrés.

Le podenco ibicenco, de la famille des lévriers, est typiquement un chien sur lequel il est difficile de réaliser des portraits serrés en raison de la longueur de son museau

Le podenco ibicenco, de la famille des lévriers, est typiquement un chien sur lequel il est difficile de réaliser des portraits serrés en raison de la longueur de son museau

Sur les chiens en mouvement, l’utilisation de la rafale sera de mise même s’il est souvent préférable de ne pas en abuser et de déclencher au coup par coup mais au bon moment pour capter la meilleure position. Les appareils les plus réactifs permettent de déclencher au-delà de 8 images par seconde, ce qui augmente considérablement les chances d’obtenir la bonne position dans la série de vues. Le tout est de bien suivre l’animal pour que la mise au point se fasse convenablement, ce qui n’est pas non plus une mince affaire !

Labrador à la course dans une rivière. L’utilisation d’une vitesse très élevée a permis de figer le mouvement et les gerbes d’eau.

Labrador à la course dans une rivière. L’utilisation d’une vitesse très élevée a permis de figer le mouvement et les gerbes d’eau.

En résumé

Le matériel idéal…

  • Téléobjectif de type 70-200 mm, éventuellement une longue focale lumineuse (300 mm ou plus)

Pour le photographier…

  • Se placer à hauteur du sujet (couché pour les petites races, ou en utilisant un monopode pour les grandes races)
  • Contrôler la profondeur de champ pour les portraits, surtout avec les races à long museau
  • Ne jamais utiliser le flash en direct !

Attitudes à connaître…

  • Poses dites statiques des races photographiées
  • Faire attention à la position des oreilles
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L'auteur : Cédric G.

Auteur photographe animalier, informaticien et passionné d'animaux et de nature. Administrateur du blog Aube Nature
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