Le camouflage 3D

Avant toute chose, il convient de rappeler ce qu'est le camouflage dit "3D" : comme son nom l'indique, il s'agit ni plus ni moins d'utiliser des tissus et matières textiles ou assimilées, de manière à reproduire de la "matière", de l'épaisseur et du mouvement aux vêtements. Il en existe différentes formes, les plus simples étant constituées de simples encoches faites dans le tissu (alors en double-épaisseur), simulant le rendu d'un feuillage. Leur efficacité est honorable mais l'effet 3D très limité et ne permet donc pas leur utilisation dans n'importe quel milieu. Les plus extrêmes (appelés "sneaky leaf") reproduisent quasi à la perfection feuilles et branchages, transformant leur porteur en véritable reconstitution vivante de l'arbuste dont les feuilles sont imitées ! De ce fait, ces tenues à l'efficacité éprouvée (les feuilles artificielles sont silencieuses), ne sont pas adaptables aisément à tous les milieux.

Camouflage hyper-réaliste Sneaky Leaf
Camo 3D hyperréaliste
Tenue de camouflage 3D simple de chez Geologic
Camo 3D simple


Il existe entre ces deux formes, une version intermédiaire au niveau du réalisme et basée sur la longueur des éléments physiques constituant le "3D" : ce que l'on appelle les ghillie suits. Elles reproduisent non pas un détail particulier de végétation, mais les formes globales, les couleurs et surtout les mouvements (sensibilité au vent par exemple) des végétaux rencontrés le plus généralement dans la nature, avec de longs morceaux de bandelettes ou de fils plus ou moins épais pendant partout autour du porteur de la tenue.

Modèle de ghillie suit
Ghillie suit


Le terme Ghillie vient de la langue gaélique écossaise et fait référence au terme anglais brownie qui est un petit être comparable aux lutins, et qui a la faculté de se changer en feuille ou en plante pour se cacher.


Le camouflage dit 3D est donc à opposer au camouflage classique, qui se contente de reproduire les motifs par impression sur les tissus utilisés dans leur conception. Si le camouflage classique permet de casser efficacement les formes en reproduisant des formes déstructurées se confondant dans l'environnement, il ne permet pas de reproduire le mouvement ni les ombres de la végétation, et c'est ce qui fait la différence ;-)

Quels sont les avantages du camo 3D par rapport au camouflage classique "2D" ?
  • il reproduit le mouvement de la végétation (lorsqu'on bouge, ou en cas de brise)
  • il casse très bien la forme humaine, nous rendant totalement méconnaissable et grâce aux ombres générées naturellement par la lumière
  • il s'adapte beaucoup mieux aux différents milieux, sans avoir à changer de tenue d'un environnement à l'autre (grâce aux ombres générées par la structure en relief du camo, ce que ne permet pas le camo classique !)
  • dans une certaine mesure et sur certains sujets, il est utilisable en milieu quasi ouvert (on ressemble à un arbuste !) et peut être parfois utilisé sur des animaux à la vision très performante (oiseaux notamment)
  • extrême discrétion (personnellement je déteste être vu par mes congénères humains...)


Mais il n'est pas exempt d'inconvénients :
  • difficile à porter (lourdeur relative, encombrement, peut rendre la visée ou la manipulation de l'appareil difficiles)
  • peu utilisable sous la pluie car pas du tout imperméable (et fera à la longue office d'éponge)
  • sensibilité à l'accrochage (ronces, épineux, branches d'arbres) donc pas utilisable dans n'importe quel milieu pour l'approche, ni en rampant
  • coût ! (compter au grand minimum 130€ pour une tenue complète assemblée)



Conception d'une ghillie suit

La ghillie suit est en fait composée d'une sorte d'habit en filet à large maille, affublé de longues bandelettes de tissus ou de fils de couleurs variées et naturelles, et devant reproduire les nuances observées dans la nature. Il est possible de se confectionner soi-même un tel camouflage, mais au prix d'un temps passé considérable (je le sais pour avoir essayé de me fabriquer un mini-filet pour mon matériel, voir 2 paragraphes plus loin !!!)

On trouve différentes sortes de ghillie suit : sous forme de bandelettes de tissus, de reproductions de végétation artificielle, de fils plus ou moins fins... C'est cette dernière forme que je désirais acquérir car à mon avis, la plus efficace au niveau visuel et s'accomodant le plus facilement à divers milieux. La tenue se décompose généralement en 3 parties :
  • le gilet (avec fermeture éclair sur le devant... pas bien pratique à attacher avec tout ce qui "pend" devant !!!)
  • la capuche, généralement désolidarisée du gilet
  • le pantalon (avec cordon de serrage à la taille)

Au niveau pratique, il conviendra d'utiliser "sous" la ghillie, une tenue légère de couleur neutre ou camo (le tout étant d'éviter les tenues blanches, noires ou fortement colorées !), et de complémenter le tout par une paire de gants pour masquer les mains du photographe, et éventuellement (mon choix) d'une cagoule en filet pour achever de camoufler le visage (certes peu visible sous la capuche...) tout en conservant une "respirabilité" confortable.

Dans les milieux herbeux (prairies non fauchées par exemple) où l'on évoluera le plus souvent accroupi, on peut se passer du pantalon, ce qui permet des déplacements bien plus aisés et peut le cas échéant autoriser des passages dans des milieux un peu "épineux", en faisant attention. On pourra aussi l'utiliser de cette manière, assis à terre, en affût de courte durée ;-)


Sur le terrain...

L'objet de ce test : les essais sur le terrain ! Je vais donc procéder par ordre, avec tout d'abord l'utilisation pratique de la chose, mes sentiments sur le camouflage apporté, quelques photographies "en situation" et enfin, mes sentiments sur l'approche des animaux avec la tenue (pas eu énormément de tests réels étant donné la fréquence de mes sorties, même si je m'y remets très sérieusement désormais, mais ça donnera une idée de son potentiel !)


Dernier ajustement de ma ghillie suit...
Dernier ajustement de ma ghillie, avant la séance photo


En pratique :
Je dois avouer avoir été charmé par l'utilisation de ce type de camouflage : outre l'efficacité réelle qu'il apporte (voir paragraphe suivant), son utilisation n'est pas aussi compliquée que ce que j'aurais pensé au départ, même s'il est un peu fastidieux d'enfiler la tenue (on se prend assez vite dans les "fils" !) et que les risques d'accrochage sur le terrain sont réels si l'on passe en milieu boisé. Par ailleurs, ayant les cheveux très courts (tondeuse sabot de 2mm tous les 10/12 jours 8-) ), il m'a été au départ assez difficile de supporter les "cheveux dans les yeux", ces fils qui vous pendent devant le visage ! L'astuce est de légèrement tourner la capuche de manière à avoir votre oeil directeur parfaitement à jour (la présence des fils pendouilleurs ne gêne réellement qu'à la visée, concernant la vision naturelle on s'y accomode vite même si l'on perd inévitablement de manière sensible au niveau du champs de vision pratique). Sans le pantalon (qui demeure pratique à l'affût, mais beaucoup moins à l'approche), j'ai même pu ramper sans trop de soucis, devant toutefois écarter un peu les coudes pour éviter de m'appuyer sur les fils ^_^, mais ça se fait très bien !

Dégager l'oeil directeur pour la visée...
Utilisant une cagoule en filet sous ma ghillie, je tâche toujours de dégager proprement mon oeil directeur


Le seul petit point de détail au niveau mécanique réside dans les petits risques d'accrochage avec son matériel (systèmes de verrouillage de trépied ou monopode notamment) et au niveau des manipulations de son boîtier, quand on n'a pas trop l'habitude (les fils peuvent venir perturber les manipulations manuelles). Accessoirement, la tenue est relativement lourde (3 kg environ), élément à ne pas négliger.

En terme de discrétion : la tenue est parfaitement silencieuse et inodore (la mienne en tout cas) ! Les fils étant constitués de matière synthétique imputrescible et le filet constituant la combinaison étant en nylon ou assimilé, ils ne sont pas sensibles à l'humidité. Par temps très chaud, je ne cache pas qu'au terme de deux heures en plein soleil, on attend vivement le moment où l'on pourra se débarrasser de son accoutrement ;-) mais cela reste supportable, en tout cas bien plus (puisque c'est aéré) que les tenues "imperméables" que l'on trouve parfois dans le commerce ! Par temps froid l'isolation est réelle mais reste relative, il faudra prévoir en-dessous une tenue à base de polaire pas trop épais et coupe-vent, éventuellement.

En situation en sous-bois : invisible je suis !...
En sous-bois derrière des feuillages : il est bien difficile de me voir quand on ne me "cherche" pas !


Enfin, comme je l'écrivais plus haut, pour l'approche, ou dans les milieux herbeux (prés non fauchés, etc...) l'utilisation du pantalon est facultative, ce qui rend la tenue beaucoup plus pratique à porter et toujours aussi efficace puisque les jambes demeurent camouflées de manière naturelle.


Efficacité sur les animaux :
Je n'ai pu très longuement tester ma tenue, faute de temps à consacrer aux sorties de terrain "adaptées" à son utilisation. Mais les quelques expériences que j'ai eu m'ont convaincu de son intérêt (passé l'aspect ludique de porter un tel accoutrement et de voir parfois passer des promeneurs à quelques mètres sans se faire repérer !!!)

Sur les grands mammifères (testé sur chevreuil) : la vision n'étant pas leur point fort, ils axent la reconnaissance de leurs prédateurs sur les formes et les contrastes (concernant l'homme : stature debout, membres inférieurs en "V" inversé, face claire avec les deux yeux positionnés à l'avant comme la majorité des prédateurs). Inutile de préciser que la ghillie suit offre un camouflage parfaitement adapté pour leur approche !!! J'ai ainsi par 3 fois pu faire des approches "conséquentes" (milieu herbeux donc sans le pantalon ; distance d'approche > 250m et au final une distance de moins de 20 mètres... uniquement trahi par le bruit de mes pas et de l'obturateur !). Par temps venteux, les mouvements des fils couplés aux ombres générées par la structure en relief de la tenue, procurent un aspect totalement végétal au porteur de ghillie suit.

Sur les petits mammifères (testé sur lièvres et lapins) : efficacité totale... tout en sachant qu'une simple tenue camo permet déjà de faire des photos de manière relativement aisée (couché au sol notamment) ! Aucune difficulté donc à se poster et attendre nos lagomorphes préférés : ça marche !

Sur les prédateurs (vaguement testé sur chat haret et renard) : cas beaucoup plus difficile car les chats sont dotés d'une vision sensiblement plus performante que celle des ongulés ;-) , et pourtant ! Succès total, avec une approche certes dans des conditions extrêmement favorables, à moins de 10 mètres du félin. J'ai une autre fois entrepris une approche sur un renard, que je n'ai pu mener à terme faute d'avoir été dérangé par un promeneur qui passait "évidemment" au même moment (il ne m'a pas vu mais a fait fuir mon sujet). Le peu que j'avais pu entreprendre m'avait semblé toutefois corroborer mes impressions initiales.

Enfin, sur les oiseaux (testé à l'affût - sans filet - sur des pies-grièches écorcheur) : efficacité excellente, si tant est qu'il ne faille pas ou très peu bouger ! Il faut toutefois veiller à bien s'intégrer "dans" le décor (par exemple entre deux arbustes bien touffus) car les oiseaux, en tout cas les pies-grièches, sont relativement sensibles à la présence d'éléments imposants nouveaux (ils ne sont par contre pas du tout sensibles à un appareil sur trépied disposé en plein milieu de leur territoire, puisqu'ils viennent se poser à 20 cm de ce dernier !). Je n'ai pas encore eu l'occasion de tester sur des oiseaux plus sensibles, comme des rapaces ou des hérons, mais je pense que je tenterai le coup (si j'arrive à rester immobile assez longtemps !)

Utilisation couchée le long d'un arbre...
Utilisation contre un arbre, couché au sol... On me devine, mais imaginez alors à la belle saison !


De plus près : le camouflage offert par la ghillie suit me rend invisible
De plus près : bien difficile de ne pas me confondre avec une souche, le camouflage est parfait !


Accessoirement, vous l'aurez compris, avec l'homme l'efficacité est totale dès lors que l'environnement demeure dans les mêmes teintes :-D


Camoufler son matériel

Un dernier aspect dans l'utilisation d'une ghillie suit, est le fait que son matériel, même affublé d'un joli filet camo, fait très vite "tâche" par rapport à soi !!! J'ai donc décidé d'offrir à mon couple boîtier+500mm un mini-shaggie (un shaggie étant à la ghillie suit, ce que le poncho est à l'uniforme) de confection "maison". Pour cela, j'ai donc utilisé un petit filet camo de chez Arcadis-TOE à larges mailles, et du fil à broderie pour reproduire les fils pendants. Mais très vite ça a été la déconvenue : le nombre de bobines de fils à utiliser était considérable et la difficulté à les attacher non moins importante !!! Je me suis donc rabattu sur une solution alternative, consistant à fixer avec mes fils (regroupés par couleurs) des bouts de filets camo découpés à l'arrache pour produire du relief autour de mon matériel ;-)

Ne s'agissant pas d'art, je me suis contenté de découper grossièrement mon filet, de réaliser les encoches pour passer les groupes de fils (car les mailles ne sont jamais assez grosses et je n'avais rien d'autre que mes doigts pour les passer aisément à l'intérieur) et d'assembler des bandelettes de filet prédécoupées en languettes de différentes longueurs, à l'envers par rapport au sens d'utilisation du filet de manière à ce qu'une fois en place, elles pendent de part et d'autre du matériel avec un peu de relief.

On commence à trouver sur le net des petits filets présentant le même camouflage que la ghillie suit, mais malheureusement ces produits ne semblent pour le moment en tout cas disponibles qu'aux USA, et les frais de port sont exhorbitants (compter 50$ pour un article qui en coûte 20 !). Quand je suis certain de ne pas mettre le pantalon, je l'utilise enroulé autour de mon téléobjectif : pas très pratique quand on doit triturer les boutons de l'objectif, mais quelle efficacité !


Conclusion

Un achat osé puisqu'il n'y avait aucune possibilité de l'essayer avant acquisition, mais je ne regrette en rien mon geste : le camouflage obtenu est "extrême", réaliste, efficace, silencieux. Qui plus est, il s'adapte naturellement aux différents milieu, du fait que les ombres générées par le relief donnent un aspect plus ou moins "sombre" à la tenue selon que l'on est à découvert, en lisière ou à couvert : génial !

Malgré les petits défauts (encombrement, accrochages, liberté de mouvement un peu amoindrie...) ce type de tenue, très en vogue chez les chasseurs à l'arc et les amateurs d'airsoft et de paintball, et déjà très usitée aux USA, arrive petit à petit en Europe de part son efficacité, au plus grand bonheur des photographes naturalistes ;-)